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Richard Gasquet : « C’était le début de l’expérience en temps de Covid, et on a pris plein fer d’entrée ! »

De retour en France après avoir été confiné à New York au cours de l’US Open, Richard Gasquet (n°51) a partagé sa mauvaise expérience en tant que cas contact de Benoît Paire (n°23). Après avoir renoncé à s’aligner au Masters 1000 de Rome, qui démarrera ce lundi sur terre battue, il s’inquiète pour ce qu’il reste de la saison.


Au cours de l’US Open, le Français Richard Gasquet (n°51) s’est retrouvé empêtré dans une mésaventure dont il se serait bien passé. En effet, cas contact de Benoît Paire (n°23) – contrôlé positif au Coronavirus – il a ensuite été confiné dans sa chambre pendant huit longues journées. De retour en France, il a déjà renoncé à s’aligner sur terre battue, au Masters 1000 de Rome. Il se pose également beaucoup de questions quant à la suite de la saison. Pour nos confrères du quotidien L’Equipe, le joueur tricolore a accepté de revenir sur ce drôle d’US Open. « Tout commence avec un appel le vendredi soir, avant que ne commence l’US Open », a ainsi expliqué le Biterrois. « Je ne savais pas ce qui se passait, le mec de l’ATP te dit : ‘Putain, c’est urgent, rappelle !’ Et il se passe trois quarts d’heure avant que le Skype ne marche, c’est long… Je pensais que c’était moi qui l’avais (la Covid, ndlr). Mais on me dit : ‘Cas contact. Maintenant tu restes dans la chambre, tu signes un nouveau protocole.’ Au club, à Flushing, tu arrives quasiment par l’escalier de service, on te met dans une sorte de vestiaire au-dessus du central, on t’escorte pour aller à l’entraînement. Et je commençais à me douter que, dès que j’allais perdre, j’allais rester dans la chambre. Ça se respirait. Quand tu gagnes Karlovic, tu es content de gagner deux jours de liberté… » La suite, pour les cas contact de Paire, on la connaît : le confinement total dans leur chambre d’hôtel, avec refus de laisser sortir les joueuses et les joueurs. « C’est dur », a poursuivi le Français. « Kiki ne peut plus jouer. C’est burlesque. Elle avait de grandes chances de gagner le tournoi de double. Elle était en colère. Normal, on la comprend. Manna (Adrian Mannarino, ndlr) aussi, avec ses deux heures de palabres avant son match contre Zverev. S’il n’a pas ça, il gagne son match. Il gagne le premier set, il se blesse un peu après mais tu m’étonnes, avec l’avant-match qu’il a eu… »

Richard Gasquet a ensuite raconté comment se sont déroulés les huit jours qu’il a passés seul dans sa chambre. « Je n’ai pas vu une seule femme de chambre et on te prend la clé », a-t-il déclaré. « Au bout de quatre jours, j’ai changé de chambre, avec une petite terrasse et un vélo d’appartement que j’ai demandé. J’ai fait beaucoup de vélo ! J’ai lu le livre de Sarko (Nicolas Sarkozy, ndlr). Cinq cents pages, ça m’a fait trois jours. On ne dort pas très bien. Tu te réveilles le matin, tu te dis que ça va être long. Tu fais room service, avec des Caesar’s salad. J’ai l’impression d’en avoir bouffé 122. Et puis il y avait le petit groupe (des autres cas contacts de Benoît Paire, Greg Barrère, Édouard Roger-Vasselin, Adrian Mannarino, Kristina Mladenovic et son frère, Nicolas Copin, Julien Cassaigne, Tom Jomby, Grégoire Jacq, ndlr). Il y avait une belle équipe. On a passé pas mal de bons moments à rigoler jaune là-dessus. On était sur House Party, où tout le monde peut se voir en même temps. On n’avait plus trop d’heures. Un mec lançait la conversation et on se lançait. » Une fois bloqué dans sa chambre, le Biterrois a eu tout le loisir de suivre les rencontres de l’US Open, même si pour lui ce qui a manqué le plus c’est la présence du public en tribunes. « Je n’ai pas aimé tant que ça », a avoué le Tricolore. « Sans public, c’est un peu dur. Je suis content qu’à Roland il y ait un peu de spectateurs. Je vois que certains joueurs disent qu’ils ont un peu peur qu’il y en ait, mais c’est ridicule de dire ça. Heureusement qu’il y a du public. Sinon c’est horrible. Ça n’a aucun sens de jouer, à la limite. Mais voilà, c’est le business qui marche, je comprends évidemment tout ça. Tout le monde veut jouer, mais ce n’est pas pareil. »

Engagé au départ au Masters 1000 de Rome, cette mise à l’écart et ce retour en France retardé a pour conséquences que le Biterrois ne pourra pas s’aligner la semaine prochaine sur terre battue. « J’intégrais finalement le tableau de Rome mais je n’y vais pas », a ainsi expliqué Richard Gasquet. « Après huit jours sans rien faire dans une chambre, tu n’es pas prêt ! Ça me coupe la saison sur terre battue, cette histoire. Les mecs vont jouer, toi non. » Par conqéquent, il en tire un constat très mitigé. « Joueur de tennis, c’est le métier le plus dur pour ça », a constaté le 51ème joueur mondial. « C’était le début de l’expérience en temps de Covid, et on a pris plein fer d’entrée ! Tous négatifs, et huit jours de confinement à l’hôtel… Question souplesse et loi, on a joué d’entrée contre Federer sur gazon. Aucun joueur n’est serein. On voyage beaucoup, il y a les faux positifs. C’est la loterie, même si on fait attention. C’est ça qui me fait le plus peur pour la suite. Gilles Simon et Raonic en parlent beaucoup, avec tous ces cas qu’il y a eu dans d’autres sports américains. Tu peux être aussi un cas contact plus au moins rapproché. Moi, je l’étais avec la fameuse partie de belote avec Benoît. Il ne s’était rien passé d’incroyable. Benoît, il en a vu d’autres, des gens. Le cas contact peut être sujet à beaucoup d’interprétations. C’est un vrai débat. Et les règles changent. En France maintenant, c’est sept jours de quarantaine. Mais ailleurs ? Tu sens que ce n’est pas clair, qu’il y a beaucoup d’interprétations. »

Finalement, s’il ne regrette pas d’avoir fait le déplacement à Flushing Meadows, Richard Gasquet se veut moins enthousiaste concernant la reprise du tennis après cinq mois d’arrêt. « Non, je ne regrette rien », a-t-il conclu. « J’ai été content de jouer. Maintenant, je fais énormément attention. Il y a Roland qui arrive… Je suis calme, je ne fais plus rien ! Dans tous ces métiers publics comme les nôtres, on risque sinon de ne plus pouvoir travailler. Vous, vous pouvez rester chez vous en télétravail. Nous, non, avec le risque en plus d’être confiné dans une chambre d’hôtel loin de chez soi. Ça m’a cassé un peu. Notre mésaventure va arriver ailleurs, à d’autres, c’est certain. Les bulles, ou les environnements contrôlés, il faudrait que ça s’arrête très vite. Ce n’est pas agréable. À Flushing, c’était triste, même quand j’ai pu jouer. »

Crédit photos : @infosportplus, @tennis_phil, @WeAreTennisFR

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