Il était une fois...

Il était une fois… 2012, quand l’exploit était au bout de la raquette de Paul-Henri Mathieu

Le jeudi 31 mai 2012, il y a bientôt dix ans, le Français Paul-Henri Mathieu (alors 261ème joueur mondial) écrivait l’histoire sur les courts du stade Roland-Garros. Après 5h41 de jeu, il éliminait l’Américain John Isner, tête de série n°10, au deuxième tour du Grand Chelem parisien. Avec un score qu’on ne verra plus à cause des dernières réformes subies par le tennis : 18-16 au cinquième set. Pour vous, nous revenons aujourd’hui sur cet exploit avec un grand E.


Quelques mois avant le début de Roland-Garros, personne n’aurait cru cette affiche possible. Opéré du genou gauche et éloigné des courts pendant plus d’un an, le Français Paul-Henri Mathieu ne savait pas s’il pourrait rejouer au tennis un jour. Modèle de courage, le Strasbourgeois était alors passé par mille et une épreuves pour revenir au plus haut niveau. Quelque part, sa présence du côté de la Porte d’Auteuil, au cours de cette saison 2012, était déjà une belle récompense. Retombé à la 261ème place mondiale, présent dans le tableau principal grâce à une invitation, le joueur tricolore remontait un handicap de deux sets contre l’Allemand Björn Phau, au premier tour. Mais il s’en sortait finalement en cinq sets 2-6, 4-6, 6-4, 6-3, 6-0. Au tour suivant, il devait ainsi affronter un gros morceau : l’Américain John Isner, tête de série n°10 du tournoi. Si le grand serveur n’était pas connu pour son amour immodéré de la terre battue, il était très loin d’être un adversaire facile. Pour preuve, l’année précédente, il était devenu le premier joueur à pousser l’Espagnol Rafael Nadal (déjà multiple vainqueur de Roland-Garros) dans un match en cinq sets.

Tout au long de sa carrière, Paul-Henri Mathieu a tout vécu du côté de la Porte d’Auteuil. Des succès, comme ce titre chez les Juniors en 2000, ou encore deux huitièmes de finale en 2002 et 2008, mais aussi des déceptions et des émotions extraordinaires. Ce duel face à John Isner était sans doute le plus émouvant. « Je ne sais pas quoi dire, c’était un match fou, j’ai du mal à croire que j’ai gagné ce match », déclarait-il d’ailleurs au micro de France Télévisions à la fin de la rencontre. Mais que s’était-il donc passé pour que le Tricolore finisse dans cet état émotionnel ? Sur le Court Central, Paul-Henri Mathieu avait vécu là le plus beau marathon de sa carrière. De son côté, John Isner récitait ses gammes, avec notamment 41 aces, 37 coups droit gagnants et 86% de réussite sur ses 36 montées au filet. De l’autre côté du filet, la couverture de terrain et la précision des revers du Français répondaient à merveille à l’agressivité du géant américain. D’où une bataille indécise, jusqu’au bout. Ainsi, John Isner remportait un premier set très serré au jeu décisif, 7 points à 2, grâce notamment à son service surpuissant. Lors des deux sets suivants, Paul-Henri Mathieu n’allait pas tarder à répondre à la puissance adverse, parvenant à prendre l’engagement de l’Américain une fois dans chacune des manches. Résultat, il menait 6-7 (2), 6-4, 6-4. Le quatrième set était sans grande histoire, le joueur américain parvenant à l’empocher 6 jeux à 3 en breakant à son tour son adversaire.

Le plus intéressant, dans cette rencontre, allait être l’ultime manche, qui allait atteindre une toute autre dimension. Ce match, déjà splendide, atteignait ainsi des sommets lors du cinquième set, où Paul-Henri Mathieu déployait de formidables capacités d’abnégation. Devant un public fasciné, les deux joueurs se rendaient coup pour coup dans un bras de fer étouffant. Parti de loin physiquement, le joueur tricolore allait tenir la baraque, dans une partie qui allait durer 5h41 au total ! Il avait tout de même puisé au plus profond de lui-même pour tenir. Se montrant plus solide sur la fin de match, c’est lui qui allait l’emporter… mais il lui avait tout de même fallu sept balles de match pour pouvoir lever les bras, signe de victoire, à 21 heures passées. Score final : 6-7 (2), 6-4, 6-4, 3-6, 18-16. Notez que pendant ce match, un record allait tomber : celui du nombre de jeux disputés dans une partie à Roland-Garros depuis l’introduction du tie-break en 1973. C’était aussi le deuxième match le plus long de l’histoire du tournoi, après le marathon de 6h33 entre Fabrice Santoro et Arnaud Clément, en 2004. « Je me suis tellement battu pour revenir et vivre des moments comme ça », déclarait Paul-Henri Mathieu après s’être qualifié pour le troisième tour. « J’ai réussi à venger Nico Mahut (battu 70-68 par John Isner à Wimbledon en 2010, ndlr) et j’en suis fier. A la fin, je me mettais un peu de pression car je voyais qu’il poussait moins sur les jambes. J’étais devant sur mes jeux de service et finalement j’ai gagné. J’ai puisé au plus profond de moi-même pour remporter ce match. C’est pour ça qu’on se bat. »

Ce duel titanesque avait forcement laissé des traces et Paul-Henri Mathieu allait s’incliner dès le tour suivant, non sans avoir encore livré une belle bagarre, en cinq manches, face à l’Espagnol Marcel Granollers (défaite 4-6, 4-6, 6-1, 6-4, 1-6). Jusqu’à la fin de sa carrière, en 2017, le Strasbourgeois allait encore participer à cinq éditions de Roland-Garros. Jusqu’à ce baroud d’honneur que nous avions déjà évoqué il y a deux ans, qui l’avait vu passer par les qualifications à défaut de recevoir une nouvelle wild card pour le tableau principal…

Article rédigé par Yannick Giammona
Crédit photos : @rolandgarros, @francetvsports, @FFTennis

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