De nos jours, l’Open d’Australie est devenu un test grandeur nature face au réchauffement climatique. Malgré tout, la chaleur extrême qui règne à Melbourne n’est pas une nouveauté. Depuis des décennies, les organisateurs du tournoi ont appris à trouver des réponses face à ces épisodes éprouvants pour les organismes des joueuses et des joueurs.
Passer le mois de janvier à Melbourne, c’est faire face à cette chaleur qui ne se contente pas seulement d’accompagner le jeu. Elle devient un adversaire à part entière. Disputé en plein été, l’Open d’Australie, premier tournoi du Grand Chelem de la saison, se transforme en une épreuve d’endurance extrême. Malaises, abandons et scènes de détresse se multiplient, tandis que les joueurs tentent de se rafraîchir par tous les moyens. Au-delà de l’enjeu sportif, certaines rencontres prennent des allures de combat pour la survie, sous des températures pouvant dépasser les 40 degrés. Confrontée à cette réalité, Tennis Australia (la fédération australienne) a progressivement mis en place des mesures pour en limiter les effets. Et si la ville est habituée à ces épisodes de forte chaleur, leur fréquence a augmenté au cours du XXIème siècle. Les périodes de canicule sont désormais plus longues, plus intenses et plus répétées, transformant progressivement le cadre du tournoi. On pourrait multiplier les exemples, mais le plus probant reste l’édition 2014, qui avait marqué les esprits par des scènes plus choquantes les unes que les autres. Le Canadien Frank Dancevic s’était écroulé sur le court durant son premier tour, victime de la chaleur. Un ramasseur de balles avait aussi été victime d’un malaise. Chez les femmes, Peng Shuai, éprouvée de crampes et très affectée, avait vomi en plein match. Il faut dire que la chaleur avait été particulièrement accablante, atteignant les 43 degrés en plein après-midi, et 40 degrés à l’ombre. Au total, durant ce deuxième jour du tournoi, neuf joueurs avaient dû jeter l’éponge à cause de la chaleur.

Dès 1988, l’Open d’Australie s’est distingué comme l’un des tournois précurseurs dans la prise en compte de la chaleur extrême. Cette année-là, il met en place l’Extreme Heat Policy (EHP), une politique destinée à protéger les joueurs en cas de canicule sur les courts. L’introduction du toit rétractable sur la Rod Laver Arena, la même année, s’inscrit dans cette logique. À l’époque, celui-ci peut être fermé lorsque la température dépasse les 39 degrés, mais uniquement à partir des quarts de finale, moment où l’ensemble des rencontres est alors programmé sur le court central. Un seuil d’activation sans cesse abaissé. C’est vers la fin des années 90 que l’EHP commence à s’appliquer à l’ensemble du tournoi. En 1998, elle autorise la suspension de tous les matchs en cours lorsque la température atteint les 40 degrés, marquant une première généralisation des mesures de protection. Face à la multiplication des vagues de chaleur, le dispositif évolue encore. En 2002, le seuil de déclenchement est abaissé à 38 degrés. L’année suivante, l’intégration de l’indice WBGT (Wet Bulb Globe Temperature), qui prend en compte l’humidité et le rayonnement solaire, permet d’activer l’EHP dès 37 degrés, renforçant ainsi la prise en compte des conditions réelles ressenties par les joueurs. Pourtant, malgré ce dispositif censé protéger les joueurs, l’Open d’Australie se retrouve au cœur d’une vive polémique lors de la très controversée édition 2014, évoquée précédemment.

Au fil des années, Tennis Australia a affiné son dispositif. Depuis 2023, la suspension des matchs peut intervenir dès 36 degrés, en s’appuyant sur la Heat Stress Scale, un outil interne qui classe les conditions climatiques de 1 à 5 en combinant température, humidité, rayonnement solaire et vitesse du vent. En complément, des mesures d’accompagnement ont été renforcées : pauses médicales facilitées, accès élargi aux soins, serviettes et poches de glace directement accessibles sur les bancs, multiplication des points d’hydratation pour les joueurs comme pour les ramasseurs de balles. Trois courts sont désormais équipés d’un toit rétractable. Sur la Rod Laver Arena, la Margaret Court Arena et la John Cain Arena, les rencontres peuvent ainsi se poursuivre malgré des températures élevées, une fois le toit fermé. À l’inverse, les matchs disputés sur les courts extérieurs restent les plus directement soumis aux contraintes de l’Extreme Heat Policy, et donc les plus exposés aux suspensions en cas de conditions extrêmes. Malgré ces ajustements successifs et un arsenal de mesures toujours plus élaboré, la question de l’efficacité réelle de ces dispositifs continue de se poser. L’Open d’Australie continue de se heurter à une forme d’impasse face au réchauffement climatique. Premier tournoi du Grand Chelem de la saison, le tournoi apparaît difficilement déplaçable dans un calendrier déjà saturé, où les dates des épreuves majeures sont figées. Craig Tiley, directeur du tournoi, s’est retrouvé à plusieurs reprises confronté à la colère des joueurs, certains reprochant à l’organisation de se fier davantage aux indicateurs climatiques qu’aux images de détresse visibles sur les courts. Parmi les pistes envisagées, Melbourne pourrait choisir d’investir dans la construction de nouveaux courts dotés de toits rétractables. La fédération australienne pourrait ainsi investir dans des infrastructures plus modernes et mieux adaptées aux vagues de chaleur extrême.