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Pourquoi Roland-Garros et Monte-Carlo échappent aux Français, moins à l’aise sur terre battue ?

Dans quelques jours, le tennis français fêtera le 40ème anniversaire du sacre de Yannick Noah à Roland-Garros, en 1983. Depuis, plus aucun joueur français n’a remporté un titre en Grand Chelem, et encore moins du côté de la Porte d’Auteuil. Même au Masters 1000 de Monte-Carlo, comme nous l’avons vu la semaine dernière, le tennis tricolore est rarement à la fête. Preuve que la terre battue n’est pas la surface sur laquelle les Français s’expriment le mieux, alors même que nous avons un Grand Chelem qui se joue sur cette surface.


Cela peut paraître fou, mais le dernier titre d’un joueur français sur terre battue remonte à 2019 il y a bientôt quatre ans. Il avait été remporté par Benoît Paire (n°159), lors du tournoi ATP 250 de Lyon. Tout le paradoxe est là : en France, nous avons Roland-Garros, le seul tournoi du Grand Chelem à se disputer sur terre battue, mais l’ocre n’est pas la meilleure surface sur laquelle nous évoluons. Et pour cause : dans tout le pays, seulement 16% des courts sont en terre battue (contre 75% en Espagne) ! Parmi les joueurs du Top 100, ils sont peu à être vraiment à l’aise sur ocre et à pouvoir dire qu’ils en sont des spécialistes. Éliminé d’entrée au Masters 1000 de Monte-Carlo, Ugo Humbert (n°72) en est un exemple. « Il y avait des courts sur terre battue dans mon club, mais comme il ne faisait jamais beau, on jouait tout le temps dedans sur de la moquette », a reconnu le Messin, clairvoyant, dans des propos relayes par franceinfo. « Je sais que la terre battue ne sera jamais ma meilleure surface. » Pourtant, quand on se penche sur la formation des jeunes, on sait que la terre battue est la meilleure surface pour façonner un joueur complet. « Il faut s’entraîner sur terre battue, il faut faire des tournois gamins sur terre battue », a expliqué Paul-Henri Mathieu, le directeur du haut niveau masculin. « Mieux on joue sur terre battue et plus on est aguerri tactiquement et on trouvera des solutions ensuite sur dur. C’est une certitude. »

On pourrait ainsi se demander quand la Fédération française de tennis va se décider à former des joueurs capables, un jour peut-être, de soulever le trophée à Roland-Garros. Mais avant, il y a une autre erreur qu’il faudrait réparer : il n’y a aucun court en terre battue au Centre national d’entraînement (CNE), à Paris. « On a des courts en dur, effectivement, mais on n’a pas de courts de terre battue couverts », a confié Paul-Henri Mathieu. « Un accord a été trouvé avec le club à Jean-Bouin. Mais c’est sûr, l’idéal serait d’avoir nos courts en terre battue. Ce n’est pas si simple ! » En effet, beaucoup de clubs qui ont des petits moyens refusent rapidement de faire construire des courts en terre battue. Pourquoi ? « La terre battue demande un petit peu plus d’entretien, donc les coûts sont aussi plus importants », a ajouté le directeur du haut niveau masculin. « C’est peut-être une des raisons pour lesquelles des clubs transforment les courts en terre battue en green-set, où il y a moins d’entretien. » Combien de petits clubs, autour de chez vous, n’ont que peu de courts et peu de moyens pour s’offrir des courts en ocre ?

En effet, on parle du coût financier de l’entretien de ce type de court, mais il y a aussi un investissement en temps à prendre en compte. Michel Garcia, chargé de l’entretien des courts au Monte-Carlo Country Club, est le mieux placé pour en parler. « Il faut y aller tous les jours, toute l’année », a-t-il expliqué. « On commence à sept heures du matin et on finit à vingt heures. On prépare les courts, les filets… Balai, arrosage… Il faut que quand quelqu’un vient jouer, le court soit nickel. C’est un métier, il faut savoir le faire et il y en a pas beaucoup qui savent le faire en France. » Si c’est pour construire des courts en terre battue et ensuite les laisser à l’abandon, ce n’est peut-être pas la peine… Cependant il y a un endroit en France où il est possible de jouer tous les jours de l’année sans être vraiment gêné par la météo : le sud du pays. Voilà pourquoi la FFT envisage, à plus ou moins long terme, d’installer un centre d’entraînement dans cette région. Encore quelques année à attendre et nous aurons peut-être un finaliste, voire même un vainqueur français du côté de la Porte d’Auteuil. Nous l’avons bien fait, chez les Juniors, avec Luca Van Assche (n°87) en 2021 et Gabriel Debru (n°507) en 2022. Même chez les filles, nous avons eu Elsa Jacquemot (n°167) qui s’est imposée en 2020. Ne reste plus qu’à reproduire ce type de performances chez les seniors.

Article rédigé par Yannick Giammona
Crédit photos : @Monaco_Info_, @Sport24Team, @FFTennis

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