Analyses

Des courts lents en indoor, des balles plus lourdes : ne nous étonnons plus si les joueurs se blessent !

La fin de saison est souvent synonyme de blessures pour les joueurs, dont les organismes sont usés par de longs mois de compétition. Cependant, cette saison, il apparaît que le physique des plus grandes stars soit encore plus mis à rude épreuve. La raison ? Des surfaces en indoor qui n’ont jamais été aussi lentes et des balles toujours plus lourdes. Jusqu’à quand les joueurs sont-ils prêts à laisser faire cela ?


La saison en indoor a démarré depuis à peine un mois que le constat est sans appel : même en salle, les échanges semblent être de plus en plus longs. Habituellement, les gros serveurs se régalent sur ce type de surface, tout autant que les attaquants de fond de court et les volleyeurs. Cependant, ces dernières années, le dur indoor a suivi la tendance à l’uniformisation des surfaces, à de rares exceptions près (comme les éditions 2010 et 2011 du Masters 1000 de Paris-Bercy). Et en 2022, on a l’impression que l’information n’a jamais été aussi lent. Ce constat a été fait lors de la Laver Cup, disputée à Londres, mais aussi au tournoi ATP 500 de Nur-Sultan. La conséquence de tout cela ? Un risque de blessures accru, qui déplaît de plus en plus aux joueurs.

La semaine dernière, c’est ainsi Novak Djokovic (n°7) qui est monté au créneau, après son premier entraînement en marge du tournoi ATP 500 de Nur-Sultan. « C’est difficile d’avancer dans le court ici », avait expliqué le vainqueur de Wimbledon. « Il faut utiliser le même type de tactique que sur terre battue pour construire les points. Ça va être beaucoup plus physique. » Un avis qui semble partagé par Carlos Alcaraz (n°1), éliminé dès le premier tour au Kazakhstan, qui avait déploré son incapacité à s’adapter à la lenteur de la surface. Un fait direct lié au jeu eqt d’ailleurs venu légitimer les inquiétudes du joueur serbe. En demi-finales, alors qu’il affrontait Daniil Medvedev (n°4), il a vu ce dernier jeter l’éponge, avant le début du troisième set, parce qu’il était touché aux ischio-jambiers. D’autres joueurs ont vu leur physique mis à rude épreuve par ces surfaces ralenties : Nick Kyrgios (n°21) au tournoi ATP 500 de Tokyo (certes disputé en extérieur, mais avec le toit fermé régulièrement à cause de la pluie) et plus récemment Sebastian Baez (n°35) au tournoi ATP 250 de Gijón. Nous vient alors une question : quel est le problème posé par un dur indoor si lent ? Pour nos confrères d’Eurosport, Jean-Bernard Fabre, docteur en physiologie, a répondu à cette interrogation. « Une surface se définit par deux grands paramètres qui sont sa rigidité et son adhérence », a-t-il expliqué. « Le pire du pire physiquement, c’est quand c’est très rigide et ça accroche beaucoup. La terre battue et l’herbe sont beaucoup moins traumatisantes parce que la glissance est très élevée et que ce n’est pas très rigide. » Avant d’ajouter, concernant les parties du corps qui sont très souvent sollicitées : « Quand on se déplace sur ces surfaces, le corps agit comme un système absorbant des chocs et des vibrations : ça commence par le pied, la cheville, le genou et ça va remonter au niveau des hanches et du dos, notamment toute la partie du rachis lombaire. Un dur indoor très abrasif augmente la friction dans la chaussure. Le pied est la dernière interface entre le sol et le reste du corps, il est donc mis à rude épreuve notamment quand la friction augmente. » Les joueurs font ainsi face à des douleurs articulaires, mais aussi à une fatigue musculaire et enfin nerveuse. Et à cela s’ajoute un autre élément, tout aussi important : l’utilisation de balles qui sont plus lourdes, ce qui nest pas sans conséquences sur le physique des joueurs. « Quand le cordage vient taper dans la balle, il y a un système avec deux énergies qui se rencontrent : celle générée par le joueur avec sa raquette et celle de la balle qui arrive », a encore expliqué Jean-Bernard Fabre. « Il y a donc collision. L’énergie de la balle dépend de sa vitesse et de sa masse. Donc plus la balle est lourde, plus il y a d’énergie, plus le joueur va devoir serrer fort sa raquette pour la tenir au moment du choc. Mécaniquement, il va y avoir des contraintes musculaires beaucoup plus fortes. Et ça, c’est un problème, notamment sur les petits muscles du poignet. »

Ce dur indoor ralenti et ces balles plus lourdes semblent poser un problème d’autant plus important aux joueurs qui mettent beaucoup d’effet dans leur balle, notamment du lift. Leur poignet est fortement sollicité, comme celui de Novak Djokovic, qui avait ressenti une douleur après sa défaite face à Félix Auger-Aliassime (n°13) lors de la Laver Cup. « Les conditions ici étaient vraiment lentes et les balles lourdes », avait-il déclaré en conférence de presse. « Il faut donc beaucoup travailler la balle avec le poignet, ce qui pourrait être la cause de la douleur que j’ai ressentie. » En somme, on voit que ce ralentissement du dur indoor dénature le jeu. Lors de cette saison indoor, on ne devrait pas voir d’aussi longs échanges qu’au printemps, sur terre battue. N’en déplaise à ceux qui pensent qu’un hot shot se mesure aux nombres de coups joués durant l’échange. Dans les années 1980 et 1990, certains gros serveurs tiraient leur epingle du jeu sur surfaces rapides, que ce soit à Wimbledon ou lors de la saison en indoor. Aujourd’hui, il y a moins de variété parmi les joueurs et c’est regrettable. D’autant plus qu’on ne fait rien pour préserver leur santé.

Article rédigé par Yannick Giammona
Crédit photos : @TsitsipasCorp, @LaverCup, @GijonOpen

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