Édito

« Cher Roger » : lettre ouverte à Roger Federer

Ce jeudi 15 septembre 2022 restera comme le jour où Roger Federer, âgé de 41 ans, a officiellement annoncé sa retraite. Après 24 années passées sur le circuit ATP, le maître tire ainsi sa révérence, ayant poussé son corps à ses limites, selon ses propres paroles. Il va manquer au monde du tennis. Il va me manquer. Cela valait bien une lettre ouverte à celui que beaucoup considèrent comme le meilleur joueur de tous les temps…


Cher Roger, avant tout, je voulais te dire merci. Si j’aime autant le tennis, c’est grâce à toi. Tout simplement. Bien sûr, je m’étais intéressé au tennis avant que tu deviennes un joueur professionnel. De trois ans ton cadet, je suis tombé dedans en regardant le premier triomphe de Gustavo Kuerten sur les courts de Roland-Garros (1997, j’avais 13 ans). Ce tournoi du Grand Chelem qui t’aura tant fait souffrir… Mais c’est bien avec toi, ta classe et ton élégance que je me suis mis à suivre plus sérieusement le tennis. Et à y jouer, au point de me lancer dans la compétition, ce que je faisais en dilettante avant toi. Grâce à toi – ou à cause de toi, diront mes proches -, j’étais capable de passer des heures devant l’écran de ma télévision. J’ai aussi été capable de me lever en pleine nuit, de me coucher à pas d’heure ou de me lever très tôt pour admirer tes matches. Grâce à toi, j’ai connu des émotions tellement fortes, parfois indescriptibles… Avec toi, j’ai vibré, crié, sauté de joie, rongé mes ongles, pleuré, ri à gorge déployée. Et avec cette lettre ouverte vient l’envie de parcourir ces émotions, au gré des rencontres et des titres remportés. Au gré, aussi, des défaites les plus douloureuses.

Je me souviens de 2001, quand tu battais Pete Sampras en huitièmes de finale à Wimbledon. Je crois que je n’avais vu qu’un résumé de cette rencontre mais déjà, j’étais conquis par ton style de jeu si fluide. Je me souviens avoir attendu, pendant deux ans, ton premier trophée en Grand Chelem, avec une certaine impatience. Parce qu’ils disaient dans la presse que tu en avais les capacités et que tu étais promis à un bel avenir. S’ils avaient su… Je me souviens de 2003, et de ce premier grand titre libérateur. Je m’étais alors dit : « Tu vois, ils ne disent pas que des bêtises dans la presse. Ce mec est très fort, j’adore le regarder jouer. » Et puis, je me souviens de ces années fastes où tu gagnais tout ou presque. Ces années formidables où tu étais un n°1 mondial digne de ce nom. À cette époque, j’étais tellement fier d’être un de tes plus fervents supporters ! Je me souviens encore de la libération quand tu as enfin soulevé la coupe des Mousquetaires à Roland-Garros. Ce jour-là, en juin 2009, je crois bien que j’ai versé quelques larmes avec toi. Et puis il y a eu cette course au G.O.A.T. (le Greatest Of All Time, le plus grand joueur de tous les temps) dans les années 2010, avec cette éternelle question : qui de Rafael Nadal, Novak Djokovic ou Roger Federer est le meilleur joueur de tous les temps ? J’ai toujours eu une seule réponse, unanime : toi, l’artiste suisse. Parce que au-delà du nombre de grands titres, tu as toujours eu cette classe sur et en-dehors du court. Allez, un dernier souvenir : ce retour au premier plan, en 2017, quand tu remportais l’Open d’Australie au terme d’une finale à couper le souffle contre ton éternel rival. Ce jour-là, j’ai découvert que celle qui partageait ma vie depuis peu – et qui la partage encore aujourd’hui – était aussi une fan de toi. Et elle prenait plaisir à te voir jouer ! Aucune jalousie, juste un partage d’émotions fortes.

À présent, je me rappelle de certaines défaites qui m’ont déçues. Ces finales de Roland-GarrosRafael Nadal était simplement trop fort. J’ai voulu y croire avec toi, mais je crois que chaque fois qu’il te battait j’étais aussi dépité que toi. Je t’en ai voulu de ne pas trouver de solutions pour le battre… Cependant, jamais ma passion du tennis et de ton jeu n’en ont pris un coup. Même si ce diable de joueur espagnol, que j’ai parfois détesté parce qu’il te surpassait, t’a encore battu en 2008 après une des plus belles finales que le public de Wimbledon ait pu voir. Je me rappelle encore que je ne savais pas sur quel pied danser quand des joueurs français comme Jo-Wilfried Tsonga jouaient face à toi. Si tu l’emportais, j’étais heureux pour toi mais déçu pour eux. J’ai toujours été un peu chauvin. À l’inverse, si un Français te battait, j’étais heureux pour lui mais il y avait toujours une partie de moi qui regrettait qu’il tait battu. Je me rappelle aussi de la Coupe Davis en 2014. J’étais tellement déçu pour Richard Gasquet et les joueurs français. Tu m’excuseras, j’espère, mais deux jours plus tôt j’avais été tellement heureux pour Gaël Monfils qui avait su se sublimer pour te battre ! Enfin, je me rappelle comme si c’était hier de ta défaite la plus douloureuse pour moi. Parce que c’était ta dernière chance de soulever un dernier trophée en Grand Chelem. Parce que c’était à Wimbledon. Parce que c’était contre un joueur à l’opposé de toi, que je n’aijamais vraiment apprécié. Ce n’est peut-être pas normal, mais je le déteste presque autant que je t’adore. Il est difficile de mettre des mots sur mon désarroi, ce jour-là, quand tu as perdu une finale de haute voltige après etre passé à un tout petit point de la victoire… J’en ai encore des frissons et des regrets quand j’écris ces mots. Le tennis peut parfois être si cruel !

Ce jeudi, quand tu as annoncé ta retraite, tu as remercié tes fans. À notre tour, à mon tour, de te remercier. Merci d’avoir fait entrer le tennis dans ma vie. Merci de m’avoir transmis cette passion qui m’habite toujours au quotidien. Merci pour toutes ces belles images que tu nous laisses et que l’on pourra, magie d’internet, regarder en boucle quand on sera en manque de toi. Merci car c’est grâce à toi, quelque part, que ce blog existe et que j’ai envie de m’y exprimer et d’y parler de ma passion du jeu. Merci d’avoir inspiré tant de jeunes joueurs ; grâce à toi, le tennis a encore de belles années devant lui. Enfin, merci d’avoir toujours été le même, fidèle à tes valeurs. Au plaisir de te revoir sur un court, même si ce ne sera plus sur le circuit officiel. Cher Roger, tu n’es peut-être pas éternel, mais tous les souvenirs évoqués, et bien d’autres encore, le seront.

Yannick Giammona, alias Jeu, Set Et Match
Crédit photos : @UniversTennis, @WeAreTennis, @atptour

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