Reportages

Geoffrey Blancaneaux, l’aboutissement d’une longue reconstruction à Roland-Garros

En 2016, Geoffrey Blancaneaux (n°195) remportait le tournoi Juniors de Roland-Garros. Six ans plus tard, après des doutes, des éliminations précoces et une dépression, le Français va enfin goûter au tableau principal du Grand Chelem parisien. Mais que la route de la reconstruction fut longue pour le joueur de 23 ans !


Vendredi, il a enflammé le Court 14 en validant son billet pour le tableau principal de Roland-Garros. Six ans après s’être imposé chez les Juniors. Drapeau bleu-blanc-rouge sur les épaules, Geoffrey Blancaneaux (n°195) en a profité à fond, prenant des photos avec un public venu en nombre et s’offrant un petit tour d’honneur. Pourtant, ce que l’on ne sait pas, c’est que le jeune joueur français a failli tout arrêter, il y a seulement quelques mois. « J’ai pensé arrêter définitivement », a ansi révélé le Parisien, qui a été secoué par « quelques problèmes personnels » évoqués du bout des lèvres. Bien loin du gamin rempli ‘ambitions qui avait pris le dessus sur Félix Auger-Aliassime (n°9) lors de sa victoire chez les Juniors, Geoffrey Blancaneaux a connu depuis de nombreux doutes et une dépression. « Avec le recul, ce titre à Roland, c’était une malchance », a indiqué le père du joueur, qui a toujours été à ses côtés. « La digestion n’a pas été facile. Il n’a pas été encadré comme il fallait. Il s’est entouré de gens qui n’avaient pas la même vision que lui de son projet. Ils n’ont pas su le faire mûrir. Et il y avait cette pseudo-compétition pas saine avec Moutet, le désigné de la FFT. » Corentin Moutet (n°139), qui selon le père du joueur a été bien plus soutenu par la Fédération française que son propre fils. « Après son titre à Roland, Geoffrey n’a pas eu une seule wild-card tableau sauf à l’US Open », a-t-il déclaré. « D’autres en ont eu quelques-unes sans jamais avoir gagné Roland… »

Né le 8 août 1998 (à la même date qu’un certain Roger Federer), Geoffrey Blancaneaux s’était lancé dans un projet appelé le « Triple Eight (888) ». Il s’agissait d’un pacte, conclu avec son père, selon lequel il devait tout faire pour entrer dans le Top 100 au plus tard le 8 août 2018, jour de ses 20 ans. « Mais mentalement, je n’étais pas assez mature, pas assez stable, que ce soit dans ma vie professionnelle ou personnelle », a admis le 19ème joueur mondial. « Je me suis peut-être mis trop de pression par rapport aux attentes extérieures. J’ai fait des erreurs, des mauvais choix. Je me suis laissé guider par les mauvaises personnes. C’est surtout ça qui m’a freiné et qui a cassé l’élan que j’avais réussi à construire après Roland-Garros. » Par conséquent, le Tricolore a eu du mal à obtenir des résultats probants sur le circuit Challenger, et il est resté longtemps bloqué au-delà de la 250ème place mondiale au classement ATP. Fin 2018, il était même sorti du Top 500. Ses sponsors – Asics en premier lieu – l’ont alors laissé tomber et le doute l’a assailli. En octobre 2020, il a engagé une collaboration avec Xavier Le Gall, qui avait récupéré un joueur en bien mauvais état mental. « Quand il a gagné Roland, il criait ‘Vamos’ dans tous les sens », s’est souvenu le directeur sportif de la fondation Hope and Spirit en Belgique. « Là, on n’avait plus ça. C’était un Geoffrey sans âme, sans passion. » Il faut dire que la pandémie de Coronavirus, et l’arrêt des circuits pendant six mois, l’ont également beaucoup marqué. « Le Covid lui a fait très mal », a ainsi confirmé celui qui le co-entraîne avec Salame Bakfalouni. « L’hiver dernier, c’était vraiment, vraiment mauvais. Pour parler clairement, il ne mettait pas deux balles dans le court. » Est alors venu le moment où le joueur français a pensé tout arrêter. C’était fin mars 2021, alors qu’il était isolé dix jours dans sa chambre d’hôtel au Portugal, suite à un test positif à la Covid-19. « Quand on n’est pas épanoui et qu’on sent qu’on ne progresse plus, on se pose des questions », a expliqué le jeune homme de 23 ans. « Est-ce que 250ème mondial c’est mon maximum ? Est-ce que je n’ai pas fait le tour ? Voyager, me déplacer toutes les semaines, être loin de chez moi tout le temps, ne pas avoir de lien autre qu’avec les joueurs de tennis… J’avais du mal à gérer ma vie personnelle. Il y avait aussi l’aspect financier. »

En pleine dépression, démotivé, Geoffrey Blancaneaux s’est également laissé aller sur la nourriture et son hygiène de vie. Il mangeait tout et n’importe quoi et son retour sur les courts en mai 2021 a été difficile. Cependant, lors d’un stage de préparation à Bodrum, en Turquie, au début du mois de juillet, l’un de ses entraîneurs a haussé le ton. En effet, Xavier Le Gall ne pouvait pas laisser le Parisien s’autodétruire comme il le faisait. « Les trois premiers jours ont été catastrophiques », s’est-il souvenu. « Il y a eu des mots très durs. On l’a un peu secoué. Je lui suis rentré dedans, comme plusieurs fois cette année, avec des choses pas très agréables à entendre mais dont il avait besoin : ‘On est là pour travailler, sinon tu peux reprendre l’avion. Roland-Garros, c’était il y a cinq ans. Aujourd’hui, tu n’es qu’un joueur de Futures. Tu en as gagné dix ou douze, mais en Challengers il ne s’est jamais rien passé. Il va falloir que tu durcisses pas mal de choses, au niveau de ta rigueur, de ton investissement, de ton jeu.’«  Suivi par un psychologue, Geoffrey Blancaneaux a alors décidé d’entamer sa reconstruction. « On a beaucoup travaillé, mais on a surtout beaucoup parlé », a révélé son entraîneur. « Être davantage ouvert dans ma vie personnelle m’a redonné envie d’aller sur le terrain », a pour sa part indiqué le joueur français. Après une préparation digne d’un film de Rocky, effectuée à Namur, en Belgique, cet hiver avec Patrick Meur, ancien coach physique de Justine Henin, Geoffrey Blancaneaux a repris sa marche en avant. Début mars, il a remporté un titre au 25 000 $ de Santo Domingo, avant de progresser également sur le circuit Challenger. Ainsi, il a manqué de peu l’invitation race internationale de la FFT pour Roland-Garros (il devait remporter le Challenger de Prague début mai pour passer devant Manuel Guinard, mais il a échoué en demi-finales). Ce qui ne l’a nullement touché, puisqu’il a passé les trois tours de qualifications d’une main de maître, avec une détermination retrouvée. Nous attendons désormais de voir s’il confirmera, ce lundi, face au Hongrois Marton Fucsovics (n°55) pour sa première apparition dans le tableau principal. Nous sommes convaincus qu’il peut le faire et enfin révéler toute l’étendue de son talent aux yeux du monde entier.

Article rédigé par Yannick Giammona
Crédit photos : @BenoitMaylin, @WeAreTennisFR

À LIRE AUSSI :

Jo-Wilfried Tsonga, complètement détendu avant son dernier Roland-Garros

Le tennis français en difficulté, à quoi s’attendre pour Roland-Garros ?

4 réflexions au sujet de “Geoffrey Blancaneaux, l’aboutissement d’une longue reconstruction à Roland-Garros”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s