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Super tie-break au set décisif : quand le tennis change d’ère…

Une semaine après cette grande annonce conjointe des quatre tournois du Grand Chelem, voici un petit historique de ce qui a pu se passer pour en arriver à cette uniformisation qui a grandement fait réagir tous les fans de tennis.


Au grand dam des puristes du tennis, les quatre tournois du Grand Chelem ont unanimement décidé d’harmoniser leur système de scoring du set décisif. Il a été décidé pour la première fois depuis longtemps (quelle année et par qui ?) qu’il y aurait dorénavant un super tie-break en 10 points gagnants en cas d’égalité à 6 jeux partout dans la manche ultime. Il y a évidemment des côtés positifs à cette mesure comme celle qu’on va enfin s’y retrouver à travers un système unique et que pour les moins téméraires, les matchs ne dureront plus jusqu’au bout de la nuit. Mais cette décision visant aussi à satisfaire les chaînes de télévision, ne pèsent pas lourd face à la colère des fans, exaspérés que les instances du tennis décident de délaisser une plume qui a pourtant écrit la légende du sport en général et les plus belles lignes du tennis, pour prendre un nouveau stylo à l’encre plus fade. Cela ne nous empêchera pas de voir de futurs matchs mémorables, mais ils seront parfois teintés de la frustration des fans de ne pas voir le match aller plus loin, de ne pas voir les tennismen puiser dans leur réservoir.

Ceci dit, il ne restait plus que Roland-Garros qui résistait aux sirènes des impatients, qui ne trouvaient sans doute pas assez d’intérêt à l’insoutenable dramaturgie des fins de match épiques, peut-être trop rares mais pourtant si mémorables. L’Open d’Australie avait choisi le super tie-break à 6-6, Wimbledon le tie-break à 12-12 et l’US Open le tie-break à 6-6, alors que Roland-Garros conservait le format sans tie-break, obligeant l’un des deux joueurs à prendre le service de l’autre sous une pression folle, qui faisait basculer certains matchs dans l’irrationnel. Un vrai bordel, donc, qui nécessitait de prendre position commune pour la première fois depuis 1979. Il est dommage de choisir ce format, mais ce n’est pas surprenant, devant la volonté des instances à attirer un public plus jeune et les avis de Novak Djokovic (n°1), qui voudrait même supprimer les matchs en cinq sets. Pas sûr, toutefois, que ce soit la solution, surtout quand on empêche les joueurs de s’exprimer plus librement sur le court et qu’on pourrait, par exemple, théâtraliser ce sport davantage, comme Patrick Mouratoglou l’avait fait avec son tournoi UTS, où il y avait peut-être de bonnes idées, comme donner des surnoms aux joueurs, dans un univers plus moderne, par exemple.

Quoi qu’il en soit, nous ne connaîtrons donc plus de thrillers dignes d’un Mathieu – Isner de 2012 (6-7, 6-4, 6-4, 3-6, 18-16) ou encore d’un Santoro – Clément de 2004 (6-4, 6-3, 6-7, 3-6, 16-14) dont la terre de la Porte d’Auteuil se souvient encore. Même Wimbledon, qui avait opté pour un tie-break à partir de 12 jeux partout a flanché, alors que Londres avait été témoin en 2010 du plus long match de l’histoire, entre John Isner et Nicolas Mahut, qui avait duré 11h05, étalé sur trois jours (6/4, 3/6, 6/7, 7/6, 70/68). Ce n’étaient certes pas les matchs les plus spectaculaires en termes de jeu, puisqu’il y avait souvent au moins un super serveur qui refusait de se faire breaker, rendant la chose redondante, mais ce sont ce genre de matchs qui restent gravés dans les mémoires. C’est ce qui faisait l’essence de ces tournois du Grand Chelem. Un match pouvait durer indéfiniment, dans l’absolu, et cela rendait ce sport unique pour se finir dans une dramaturgie folle, tenant en haleine les téléspectateurs devant leur poste tant le suspense était à son comble. Ils n’étaient pas nombreux, pourtant, ces matchs qui dépassaient 7-7 dans le cinquième, puisque depuis 1990, à peine 3% des matchs allaient au-delà. Pourquoi, alors, limiter les émotions pour si peu ?

Article rédigé par Hugo Délen
Crédit photo : @Wimbledon

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