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Alexander Zverev : une justice à deux vitesses ?

Nous revenons ici sur l’affaire autour du joueur allemand Alexander Zverev (n°3), qui avait eu un comportement à bannir après une défaite en double lors du tournoi ATP 500 d’Acapulco. Sanctionné par l’ATP de manière un peu légère de l’avis de certains, cela pose la question d’une justice à deux vitesses dans le monde du tennis masculin.


En lice cette semaine au Masters 1000 d’Indian Wells, Alexander Zverev (n°3) est à nouveau au cœur d’une polémique qui n’engage que lui et ses tourments intérieurs. Auteur d’un coup de sang intolérable lors du tournoi ATP 500 d’Acapulco, où il a frappé à plusieurs reprises la chaise de l’arbitre avec sa raquette lors d’un match de double, le joueur allemand continue de ternir une image déjà bien écornée par des affaires de violences conjugales envers son ex-compagne, Olga Sharypova, bien qu’il continue de nier les accusations portées à son égard.

Après avoir vécu « le pire moment » de sa carrière, Alexander Zverev semble vouloir se faire aussi petit qu’un grain de sable dans le désert d’Indian Wells, couvert de honte par ses propres démons. « C’était embarrassant pour moi », a-t-il notamment déclaré. « Ça l’est toujours, quand je marche dans le vestiaire. Ce n’est pas un sentiment agréable. Je fais de la méditation pour gérer tout mon stress et ce que j’ai montré sur le court ne reflète pas du tout l’homme que je suis en dehors. » Son attitude a choqué le monde du tennis et ses plus grandes stars comme Serena Williams (ex-numéro 1 mondiale), qui a déclaré que si elle avait fait la même chose elle aurait été « mise en prison », ou encore Rafael Nadal (n°4), qui a appelé les instances à prendres « des sanctions plus lourdes » face à ce genre de coups de sang. Le comportement d’un grand champion comme Alexander Zverev, très populaire chez les jeunes fans de tennis, donne un bien mauvais exemple à la prochaine génération. On pensait légitimement que l’Allemand allait connaître une suspension à effet immédiat, en plus d’une invitation à consulter un psychologue du sport, comme ça avait été le cas pour Nick Kyrgios (n°132) pour son comportement illicite au cours du Masters 1000 de Shanghai en 2016.

Mais les sanctions prises par l’ATP à l’encontre du n°3 mondial sont pour le moins clémentes, puisqu’il écope seulement d’un an de sursis : « en cas de nouveau manquement au code de conduite de l’ATP, Zverev observera huit semaines de suspension et une amende de 25 000$. » Une clémence qui tranche avec le cas de Reilly Opelka (n°17) quelques semaines plus tôt, lorsque le géant américain écopait de 10 000 $ d’amende pour ne pas avoir retiré sa casquette lors de la remise des trophées du tournoi ATP 250 de Dallas, alors que George W. Bush lui remettait son prix. Cela ne va pas améliorer la réputation de l’ATP, déjà remuée pour avoir décidé de maintenir la tournée asiatique malgré l’affaire Peng Shuai et le choix de la WTA d’y renoncer, malgré la manne hyper lucrative que celle-ci rapporte au circuit féminin. L’ATP a aussi cette réputation de protéger ses stars. Lorsque Daniil Medvedev (n°1) insultait l’arbitre en demi-finale de l’Open d’Australie, il n’écopait que d’une amende de 12 000 $ (ce qui ne représente pas grand chose finalement sur les 1 575 000 $ glanés par le finaliste russe sur ce tournoi). On pourrait encore parler des interminables pauses toilettes de Stefanos Tsitsipas (n°5) ou des trop longues secondes prises par Rafael Nadal ou Novak Djokovic (n°2) avant de servir, quand d’autres moins bien classés seraient probablement sanctionnés. Une justice à deux vitesses qui privilégie les meilleurs est-elle nécessaire à la publicité de ce sport, apparemment en crise de public ? L’injustice étant aux antipodes des valeurs de fair-play véhiculées par le sport, cette affaire doit titiller bien des esprits dans le microcosme de la balle jaune.

Article rédigé par Hugo Délen
Crédit photos : @WeAreTennisTR, @AbiertoTelcel, @FirstpostSports

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