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Fuir la guerre et jouer malgré tout : le destin tragique de Dayana Yastremska

Il y a huit jours, la Russie entrait en guerre face à l’Ukraine. Après avoir vécu les premiers jours du conflit dans son pays, Dayana Yastremska (n°140) a pu partir loin des siens, accompagnée par sa sœur Ivanna. Elle dispute actuellement le tournoi WTA 250 de Lyon, qui a forcément une saveur particulière…


Une semaine de pure folie. Voilà ce que vient de vivre l’Ukrainienne Dayana Yastremska (n°140), qui malgré tout doit continuer à exercer son métier de joueuse professionnelle. Le 22 février dernier, lorsque les troupes de l’armée russe ont commencé à bombarder l’Ukraine, elle était encore dans son pays, avec toute sa famille. « Nous étions chez nous à Odessa (dans le sud de l’Ukraine, ndlr)« , a raconté la joueuse de 21 ans. « Nous passions du temps avec notre famille avant de faire ce long voyage vers Lyon avec mon père. La soirée était agréable mais le lendemain matin, nous avons été réveillées par les bombes. Nous n’avons pas réalisé ni ne comprenions ce qu’il se passait. C’était dingue. Ce n’était ni un film, ni un jeu vidéo. Nous étions très choqués. Nous avons quitté l’appartement pour nous abriter dans le parking souterrain pendant que les bombes continuaient d’exploser. » Le père de Dayana Yastremska a alors pris une décision déchirante pour cette famille : laisser ses deux filles et sa femme partir pour la France, alors que lui est resté en Ukraine. « Le trajet a duré quatre heures pour rejoindre le Danube à la frontière roumaine », a raconté la joueuse ukrainienne. « Nous avions peur des bombes ou de croiser des tanks russes. Il y avait une longue file de voitures à la frontière et nous avons fini à pied. C’est là que nous avons dit au revoir à nos parents car notre mère est finalement restée. » Les deux sœurs, Dayana et Ivanna (âgée de seulement 15 ans), ont ensuite pris un vol depuis Bucarest pour rejoindre Lyon pour s’aligner au tournoi WTA 250 qui a lieu cette semaine.

Là, elles ont pu disputer le tournoi en double. Lundi, elles ont perdu au premier tour en deux petits sets, mais ce n’est pas ça le plus important. Elles retiendront qu’elles sont en sécurité, même si elles sont loin de leurs parents. « J’ai 21 ans et j’étais habituée auparavant à voyager avec ma mère ou mon père qui contrôlaient tout, d’une bonne manière », a confié Dayana Yastremska après la défaite en double. « C’était facile mais aujourd’hui, c’est l’inverse et plus compliqué. Pour l’instant, Ivanna va venir avec moi et j’ai une énorme responsabilité. Je suis fière d’elle. Elle débute tout juste dans le tennis professionnel. » Car la vie continue, malgré tout. Invitée par les organisateurs du tournoi WTA 250 de Lyon, l’aînée des deux sœurs est entrée en lice en simple ce mardi, face à la Roumaine Ana Bogdan (n°97). Et c’est peu dire que les deux joueuses ont livré une vraie bataille, de plus de trois heures ! C’est finalement Dayana Yastremska qui l’a emporté en trois sets 3-6, 7-6 (7), 7-6 (7). Une fois la balle de match gagnée, elle s’est effondrée sur le court, comme si elle venait de remporter le trophée. On n’en était pas loin. Depuis les tribunes, Ivanna l’encourageait et on ne pouvait ignorer les quatre drapeaux ukrainiens mis en place par l’organisation du tournoi.

La poignée de main était également belle à voir. La joueuse roumaine a offert à Dayana Yastremska tout le réconfort dont elle était capable grâce à une belle accolade. Elle lui a même transmis un message, quelques heures après, via une story publiée sur son compte Instagram : « C’était écrit qu’aujourd’hui serait ton jour. Tu le mérites totalement ! Je me suis battue car la compétition veut ça, mais je savais que c’était injuste. Que Dieu te protège, toi, ta soeur, ta famille et tous les autres. » De son côté, l’Ukrainienne doit poursuivre son tournoi, malgré le caractère très spécial de cette période de sa vie. « Ce match était tellement stressant. Je n’ai jamais joué de ma vie avec de tels sentiments », a-t-elle déclaré. « J’étais extrêmement nerveuse. Je voulais gagner, bien sûr, mais j’avais tellement de pensées différentes dans ma tête. Franchement, au début du match, je n’arrivais pas à gérer mes émotions. J’ai essayé de rester concentrée, de jouer point après point. C’était difficile, mais je suis fière d’avoir pu gagner ce match. Bien évidemment, tout ce qui se passe ces jours-ci est une source de motivation. » Pour autant, elle n’était pas totalement présente, ses pensées allant bien sûr vers sa famille restée dans un pays où la guerre fait rage depuis maintenant plus d’une semaine. « Mon coeur était en Ukraine et mon esprit en à Lyon », a expliqué la 140ème joueuse mondiale. « Mon coeur était dans mon foyer et mon esprit devait lutter sur un court. C’est très compliqué. C’est difficile à comprendre si on ne le vit pas. Ce que je ressens, ce n’est pas la nervosité habituelle qui peut accompagner un match, c’est bien plus. »

Article rédigé par Yannick Giammona
Crédit photos : D_Yastremska

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