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Adrian Mannarino, un envol (trop) tardif ?

Bien que survolé au tournoi ATP 250 de Montpellier par l’Allemand Alexander Zverev (n°3) en deux sets 6-1, 6-0, Adrian Mannarino (n°57) possède des arguments pour réaliser de belles choses cette année. Le Francilien puise sa singularité dans quelques habitudes peu communes qui font de lui une exception sur un court parfois jugé trop « carré. »


Inscrit cette semaine au tournoi ATP 250 de Dallas, où il affrontera l’Américain Steve Johnson (n°100) au premier tour, le gaucher de 33 ans est l’une des belles surprises de ce début de saison 2022. Pour rappel, Adrian Mannarino (n°57) a atteint les huitièmes de finale de l’Open d’Australie, en éliminant sèchement le Polonais Hubert Hurkacz (n°11) en trois sets 6-4, 6-2, 6-3 puis le Russe Aslan Karatsev (n°15) en quatre sets 7-6 (4), 6-7 (4), 7-5, 6-4, tous deux respectivement demi-finalistes des précédents Wimbledon et Open d’Australie. Deux performances plutôt inattendues, puisque le Français n’avait pas gagné le moindre match sur les deux tournois de préparation à Melbourne et Sydney. Il s’est ensuite incliné contre le futur vainqueur, Rafael Nadal (n°5) en deux sets 7-6 (14), 6-2, 6-2 après un tie break d’anthologie dans le premier set qui a eu raison de lui, aussi bien physiquement que mentalement.

Adrian Mannarino, c’est ce gars discret qu’on aime bien mais qu’on ne remarquait pas plus que ça. Un mec simple qui aime être dans sa bulle et qui a longtemps attendu son premier titre glané au tournoi ATP 250 de ‘s-Hertogenbosch en 2018, le seul encore à ce jour, alors qu’il totalise neuf finales perdues (huit en ATP 250 et une en ATP 500). En Grand Chelem, c’est donc logiquement à Wimbledon qu’il a le plus brillé, atteignant les huitièmes de finale à trois reprises, en 2013, 2017 et 2018.  Un revers à deux mains à plat, pour une balle qui fuse, dangereuse sur surface rapide (ce qui explique d’ailleurs que son seul titre a été obtenu sur gazon). La particularité de son jeu réside surtout dans sa raquette comparable à une épuisette. Encore tendue à seulement 11kg à Melbourne, elle l’oblige à avoir constamment un timing parfait et peut avoir un effet dévastateur contre les joueurs puissants, lorsque la balle repart au moins aussi fort qu’elle n’arrive. Un style de jeu qui demande de la confiance et de la patience pour le maîtriser totalement. Pour le quotidien L’Équipe, Laurent Lucas, son cordeur à Roland-Garros, résumait : « C’est un peu moins qu’une raquette de badminton ou de squash, que l’on tend entre 11 et 13. C’est très rare mais Filippo Volandri (ex-25ème mondial en 2007) tendait déjà à 9 kg. De plus en plus de joueurs ont baissé les tensions pour gagner un peu plus de puissance et limiter les blessures au bras. Plus une raquette est tendue, plus il faut frapper fort et c’est l’épaule, le coude ou le poignet qui souffrent. » A titre de comparaison, Rafael Nadal (n°5) tend habituellement à 25kg et Novak Djokovic (n°1) peut parfois aller jusqu’à 28kg.

Adrian Mannarino trouve aussi son originalité dans le fait qu’il ne veut jamais savoir qui il affrontera au prochain match et ne veut l’apprendre que quelques minutes avant. Une habitude que les joueurs et les journalistes respectent. « Pratiquement tous les joueurs français savent que je fonctionne de cette manière et ne me parlent pas des tableaux », explique-t-il. « Je ne parle pas trop avec les étrangers donc le sujet ne vient pas sur la table. Quand on est entre potes, on parle d’autre chose. Ils sont aussi vachement respectueux. Une fois j’avais joué Gilles Simon et je ne le savais pas. On avait pris le petit déjeuner pendant une heure ensemble et lui savait qu’on s’affrontait deux heures plus tard, mais pas moi ! » Cette habitude permet à l’ex-22ème mondial de ne pas trop cogiter avant un match et de bien dormir. « Quand je regarde le nom de mon futur adversaire, j’ai l’impression qu’il y a 95% des joueurs qui me battent et je me dis que c’est foutu », a-t-il ajouté. « J’ai tendance à prendre un gros coup sur la tête, à réfléchir beaucoup. Quand j’ai la chance de ne pas savoir contre qui je joue, je prépare le match dans de meilleures conditions, ça me donne plus d’énergie. J’ai su que je jouais Hurkacz très peu de temps avant le match. Je n’ai même pas besoin de discuter avec mon coach. En 30 secondes, je sais ce que je vais faire, et je ne me pose pas trop de questions. Ça me permet d’arriver frais dans la tête. Le classement du joueur en face, je m’en fous un peu. » Si Adrian Mannarino continue sur sa lancée australienne, il pourrait bien aller chercher le deuxième titre de sa carrière cette saison ! Et pourquoi pas dès cette semaine, au tournoi ATP 250 de Dallas ?

Article rédigé par Hugo Délen
Crédit photos : @WeAreTennisFR, @FFTennis, @AustralianOpen

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