Il était une fois...

Il était une fois… 1991, quand Guy Forget et Henri Leconte touchaient le Graal en Coupe Davis

Dans une vie, il y a des moments que l’on a du mal à oublier. Tel doit être le sentiment des joueurs français, et de leur capitaine, qui ont remporté la Coupe Davis, il y a 30 ans, en 1991 à Lyon. Tout un pays entier attendait une nouvelle victoire dans cette compétition que l’on a toujours aimé en France, après plus de ans de disette. Alors qu’aujourd’hui la Coupe Davis n’est plus qu’un fiasco, prenons le temps de nous remémorer ces souvenirs impérissables.


C’est un de ces moments du patrimoine sportif français. Situé quelque part entre Marie-José Perec à Atlanta, l’équipe de France de football en 1998, Yannick Noah à Roland-Garros en 1983, Florence Arthaud en 1990 ou encore la victoire de l’OM en Ligue des Champions en 1993. Au mois de novembre 1991, Guy Forget et Henri Leconte, emmenés par leur capitaine Yannick Noah, battaient les Etats-Unis en finale de la Coupe Davis. Une équipe américaine emmenée par Pete Sampras et Andre Agassi, deux joueurs au talent immense, qui allaient dominer le tennis durant les années 90. Trente ans plus tard, l’émotion reste intacte. Et la trace laissée peut se mesurer, notamment pour un des deux artificiers de ce succès. « C’est vrai qu’avec Guy, Yannick et les autres, on a marqué l’histoire », se souvient notamment Henri Leconte pour nos confrères de Ouest France. « On est fiers de ça, ça a marqué des générations. Ça a été la France qui gagne, aussi. Peut-être que ça a réveillé quelque chose d’inconscient dans le sport français, comme un mal-être. Après, il y a eu l’OM, les Barjots, le basket-ball… » Henri Leconte, sur qui « on ne misait pas un kopeck », selon les propos de l’intéressé, a aussi représenté cette symbolique du David contre Goliath, du petit qui renverse une montagne et rend l’exploit plus fort encore. Au sortir d’une année délicate, où il avait été opéré au mois de juillet, handicapé physiquement et passé du temps au centre de rééducation de Tréboul, à Douarnenez, le formidable gaucher s’était retrouvé sous le feu des projecteurs, malgré un classement qui se situait alors autour du 150ème rang mondial. « J’ai bossé comme un dingue à Douarnenez, avec des gens formidables pour être en forme », a-t-il ajouté. « Yannick a eu cette fougue, a fait ce pari de me faire confiance pour jouer cette finale. Pendant le stage en Suisse, je ne perds pas un set de la semaine ! J’étais bien, confiant. »

À ses côtés, il y avait Guy Forget, avec qui il avait fait la paire dans cette finale. Celui qui est désormais le patron du tournoi de Roland-Garros était alors sur une dynamique inverse et vivait en 1991 « la meilleure année » de sa carrière. Vainqueur des Masters de Cincinnati et de Paris-Bercy (face à Pete Sampras, déjà), c’est lui qui était chargé de mettre la France sur de bons rails pour le premier match face à Andre Agassi. « J’étais numéro un de l’équipe, je jouais mon meilleur tennis », s’est-il souvenu à son tour. « Je me disais que si je gagnais mes deux matches en simple et qu’on gagnait le double, c’était bon… » Oui, mais voilà : le week-end n’allait pas commencer comme prévu, et Guy Forget s’inclinait en quatre manches face à Agassi (6-7 [3], 6-2, 6-1, 6-2). « J’avais failli à ma tâche », a-t-il ajouté. « J’ai douté, forcément, j’ai éprouvé un sentiment de culpabilité. J’étais épuisé physiquement. Mais quand j’ai vu l’exploit d’Henri, ça a été comme la potion magique d’Astérix. On avait une deuxième chance. »

L’exploit, c’était celui d’Henri Leconte face à Pete Sampras, déjà (jeune) vainqueur de Grand Chelem, puisqu’il s’était imposé à l’US Open en 1990 à l’âge de 19 ans. Des retours gagnants donnaient le ton du match, un poing serré et levé après le premier break, le public qui s’emballait et Leconte qui jouait le feu. « Le public sent un truc qui se passe », a commenté l’artificier de cette victoire. « La Coupe Davis donne des moments extraordinaires comme celui-ci. Et avec Guy on a des personnalités très différentes, donc je trouve que ça marchait bien dans cette osmose, ça donnait une sorte de folie. » Ainsi, il battait Pete Sampras en trois sets 6-4, 7-5, 6-4. Et permettait à la France d’égaliser à un point partout au terme de la première journée. Le lendemain, Yannick Noah choisissait d’aligner Guy Forget et Henri Leconte en double. Un vrai pari réussi, puisque les Tricolores arrachaient le troisième point face à la paire référence de l’époque, composée de Ken Flach et Robert Seguso. Une victoire acquise en quatre sets : 6-1, 6-4, 4-6, 6-2. « Sur les matches, Yannick Noah transpire presque plus que nous », se rappelle Forget. « Cette victoire c’est la sienne aussi. C’était notre rock star à nous, face aux Américains. D’une manière il attirait la lumière, et ce n’était pas pour me déplaire. » Les joueurs américains, qui se voyaient déjà vainqueurs, commençaient alors à déchanter. « J’ai appris vingt ans plus tard qu’ils avaient mangé chez Bocuse dans la semaine de la finale en commençant à célébrer leur titre », se souvient Henri Leconte. « Ils avaient reçu des bagues comme les joueurs de basket qui sont champions. Si j’avais su ça en plus sur le coup… »

Le dimanche, il ne restait plus qu’un point pour que la France soulève de nouveau le trophée de la Coupe Davis, qu’elle n’avait plus remporté depuis 1932 et la belle époque des Mousquetaires. Soit 59 ans de disette. Il suffisait d’un exploit de Guy Forget face à Pete Sampras pour que tout soit plus facile… D’ailleurs, en entrant sur le court, Forget tenait une victoire de référence, quelques semaines plus tôt, au Masters de Paris-Bercy, face à son adversaire du jour. Pouvait-il renouveler une telle performance ? « Je n’étais pas tout à fait serein, un peu tendu, forcément », a confié Guy Forget. « Mais je sentais que j’allais faire un bon match. Ce qui n’assurait pas la victoire. La première fois que j’avais joué face à Sampras, j’avais réellement fait un bon match. Mais il m’avait battu en deux sets quand même, 6-3, 6-4. Mais là, il y avait quelque chose en plus… Le public m’a transcendé, et j’ai gagné ! D’un point de vue émotionnel, c’est sûrement le moment le plus fort de ma carrière. Mieux, c’était pas possible. » Ainsi, le joueur français s’imposait en quatre manches (7-6 [6], 3-6, 6-3, 6-4) pour offrir la victoire à son pays. La France l’emportait trois points à un, Guy Forget lançait sa raquette dans les airs et s’écroulait sur le court. Si, comme moi, vous n’avez pas vécu cela en direct (parce que trop jeunes, ou pas encore nés), vous connaissez quand même forcément ces images. L’équipe de France envahissait le terrain, les polos volaient en tribunes. Et Yannick Noah emmenait ses troupes pour un Saga Africa devenu bande-son officieuse de l’événement. « Même aujourd’hui, on sent beaucoup d’émotions quand les gens nous parlent de ces moments-là. Il y a des gens qui ont presque les larmes aux yeux », se remémore Guy Forget. « Quand on se revoit entre nous, il y a un truc, ça a marqué à jamais », glisse de son côté Henri Leconte. « Et le fait que ce soit face aux Américains qui gagnaient dans tous les sports… Pour le tennis français, ça a permis de faire passer le message qu’on pouvait le faire. »

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