Reportages

Pauline Déroulède, un accident tragique et une revanche à prendre sur la vie

Depuis quelques jours, vous entendez peut-être parler de Pauline Déroulède, une de nos championnes de tennis-fauteuil. et pour cause, elle a remporté il y a peu son premier tournoi international, au Portugal, et fait tout pour être prêt à disputer les Jeux Paralympiques de Paris, en 2024. Retour sur le parcours chaotique de cette jeune femme dont la vie a basculé, suite à un accident, il y a environ deux ans et demi.


Le 27 octobre 2018, la vie de Pauline Déroulède, alors professeure de tennis, a basculé. Alors qu’elle se trouve sur son scooter, à l’arrêt sur un trottoir, la jeune femme est renversée par un homme de 92 ans qui perd le contrôle de son véhicule. Cet accident lui a alors sectionné la jambe, changeant à tout jamais la vie de celle qui est depuis devenue une vraie championne de tennis. « Je n’accepterai jamais l’injustice de ce qui m’est arrivé », confessait-elle alors à divers médias. « Je vais vivre avec, mais accepter revient à pardonner à ce monsieur d’avoir pris sa voiture et de m’avoir fauchée, et ça, je ne le ferai jamais. » Depuis, elle a subi de nombreuses opérations. Quelques semaines après l’accident, elle avait déjà interpellé le gouvernement pour que soient mis en place des contrôles pour les conducteurs âgés. Son objectif aujourd’hui est resté le même. Plus que combative, Pauline Déroulède s’entraîne ainsi quatre fois par semaine, dans l’espoir de participer aux Jeux Paralympiques de 2024. Un « refuge » qui lui donne la force de continuer sa lutte. « J’ai maintenant la vie d’une sportive de haut niveau dans le sens où je ne fais que ça », déclarait-elle il y a quelques temps. « Le plus dur, c’est le déplacement en fauteuil, je faisais un blocage psychologique, c’était un truc d’handicapé et diminuant pour moi. J’ai dû évoluer et je ne regrette pas », poursuit celle qui se déplace debout, grâce à une prothèse, dans la vie de tous les jours. Un peu à l’image d’un Stéphane Houdet, fleuron du tennis-fauteuil en France.

Son quotidien est ainsi rythmé par des heures d’entraînement, de préparation physique, les tournois et la recherche de sponsors. Il y a encore du travail, notamment pour le fauteuil dont le maniement est loin d’être évident. « L’ironie de mon sort, c’est que j’ai la vie que je voulais avoir », ironise Pauline Déroulède, aujourd’hui âgée de 30 ans. « En salle de réveil, j’ai dit à ma copine ‘je veux faire les Jeux paralympiques’. A partir de là, je suis entrée en mode machine de guerre. » Repérée par la Fédération française de tennis (FFT), la joueuse de tennis prend son objectif très à cœur et y travaille jour après jour depuis son accident. Elle devient un espoir français du tennis-fauteuil et vient de remporter, il y a une semaine, le tournoi ITF Future Series de Vilamoura, au Portugal. Son premier titre professionnel, qui lui a fait gagner 28 places au classement. 103ème avant le début du tournoi, elle pointe désormais à la 75ème place mondiale et ne compte pas s’arrêter là. « J’étais très en colère, je le suis encore, mais j’essaie de transformer ça en hargne », a-t-elle expliqué. « Sur le terrain, je ne joue plus comme avant, c’est plus qu’un match de tennis, je joue ma vie. » Vainqueur en simple face à sa compatriote et partenaire de double, Charlotte Fairbank (n°38) – avec qui elle a également triomphé en double -, Pauline Déroulède sait qu’il y a une part de chance dans son malheur.

D’ailleurs, la n°3 française a accepté d’être sa partenaire de double pour les Jeux Paralympiques de Paris en 2024. Charlotte Fairbank est d’ailleurs très confiante à propos de sa collaboration avec Pauline Déroulède. « On a déjà le même niveau, elle a tous les atouts », a déclaré la 38ème mondiale concernant sa compatriote. Mais revenons sur le coup de pouce du destin livré à la jeune femme de 30 ans. En effet, elle a eu la chance d’avoir été soignée à l’hôpital militaire à Paris, où elle a « vu des gens beaucoup plus atteints ». La chance aussi d’« être bien entourée » par ses proches et d’avoir déjà un champion olympique dans la famille, son grand cousin Thierry Peponnet, médaillé d’or de voile en 470 en 1988. Sa mère a longtemps repoussé le moment de la voir en fauteuil. Quand la joueuse a démarré ses entraînements, cette dernière a passé une tête lors d’un entraînement. Il y a eu des larmes, en cachette, « mais elle a réussi à voir le côté positif et que j’étais heureuse », a expliqué Pauline Déroulède. La chance lui a aussi souri avec Babolat, sa marque favorite, qui est devenu un de ses sponsors. « On ne s’intéresse pas qu’aux plus beaux, aux plus forts », a assuré Jean-Christophe Verborg, directeur de la compétition de l’équipementier qui lui fournit ses raquettes. « Cette fille a un projet super fort qui vise la performance mais est aussi humain. Il y a ce côté ‘je veux me dépasser et j’ai une deuxième vie qui commence’, c’est ultra-touchant. » Et cette deuxième vie mériterait d’être ornée d’une médaille d’or, dans trois ans, aux Jeux Paralympiques de Paris. Tous les espoirs sont permis.

Crédit photos : @oefpseRTL, @BoulogneSports

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