Il était une fois...

Il était une fois… 1985, quand Yannick Noah devenait le seul joueur français au palmarès à Rome

Cette semaine se dispute le Masters 1000 de Rome, l’occasion pour nous de revenir sur la seule victoire française dans la capitale italienne… Trop peu oublié, il s’agit du sacre de Yannick Noah, en 1985, qui est plus connu pour avoir remporté le dernier Grand Chelem tricolore, en 1983, à Roland-Garros. Pourtant, l’ancien joueur français compte un total de 23 titres, et pas des moindres !


Yannick Noah n’a pas triomphé qu’à Roland-Garros au cours de sa riche carrière. Si cela en reste le sommet, atteint en 1983, il a aussi gagné d’autres grands titres, dont le tournoi de Rome, deux ans plus tard. Notez d’ailleurs que sur les 23 trophées soulevés par le joueur tricolore,11 ont été glanés sur terre battue, qui était donc sa meilleure surface. De plus, après son triomphe Porte d’Auteuil le 5 juin 1983, il a remporté neuf autres titres, dont celui que nous évoquons à travers cet article, dans la capitale italienne, en 1985. Présent six saisons d’affilée dans le Top 10 du classement ATP entre 1982 à 1987, Yannick Noah a donné un nouveau souffle à sa carrière en remportant le tournoi de Rome en mai, il y a 36 ans. Sur ce tournoi aussi, il reste le dernier – et le seul – joueur français à s’être imposé. Depuis, c’est la disette, et ce n’est pas en cette année 2021, avec aucun Tricolore qui a franchi le premier tour, que les choses allaient s’améliorer.

Mais revenons sur la carrière de Yannick Noah, qui a connu un gros coup de mou – quoi de plus normal ? – après son sacre à Roland-Garros en 1983. Il était loin de se sentir bien avec sa notoriété grandissante et avait du mal à se trouver de nouveaux objectifs après avoir remporté un titre en Grand Chelem. En décembre 1983, il avait d’ailleurs confié sa détresse face à la presse, en ayant les mots suivants : « Je marche la nuit dans les rues de Paris et, à cinq heures du matin, je me retrouve sur un pont à regarder la flotte, en train de me demander si je ne vais pas sauter. » Des mots forts qui avaient choqué à l’époque. Le problème était mental, à l’image d’un Gaël Monfils qui peine à retrouver son meilleur niveau après le break forcé dû à la pandémie de Coronavirus. En 1984, quand il était revenu à Roland-Garros défendre son trophée, il avait perdu en quarts de finale, abandon dans la foulée pour le tournoi du Queen’s, sur gazon, à cause d’une pubalgie qui allait le mettre sur le banc de touche pendant environ six mois. Un mal pour un bien car, au début de la saison 1985, le mental semble aller mieux. « Faire un come-back, c’est ce qu’il y a de plus difficile pour un sportif », avait-il déclaré au printemps cette année-là. « En restant inactif, on perd beaucoup au niveau des sensations, de l’organisation et de la motivation sur chaque point. Lorsqu’on reprend, les automatismes n’existent plus, il faut penser à tout. Il y a six mois, j’ai dû reprendre le tennis par l’ABC : préparation, bien regarder la balle, placement, etc. J’ai dû refaire toutes mes gammes. J’ai vraiment repris très bas, mais, quand je gagne un match aujourd’hui, cela me fait autant plaisir que quand j’avais dix-huit ou dix-neuf ans. »

Cependant, le début de saison de Yannick Noah n’est pas à la hauteur de ses attentes. Par conséquent, il est sorti du Top 20 mondial, pour la première fois depuis quatre ans, au moment d’aborder le tournoi de Rome. Physiquement, pourtant, il se sent fin prêt. Le déclic sur vient en huitièmes de finale, quand le joueur tricolore l’emporte en deux sets 6-1, 7-5 contre le Suédois Anders Jarryd, alors n°6 mondial au classement ATP. Il bat ensuite l’Argentin José Luis Clerc sur le même score en quarts de finale, puis l’Allemand Boris Becker, alors âgé de 17 ans et 53ème joueur mondial, en deux sets 6-3, 6-3 en demies. Du haut de ses 25 ans, Yannick Noah parvient ainsi à se qualifier pour sa deuxième finale au tournoi de Rome. Car oui, il l’avait déjà jouée et perdue en 1980 face à Guillermo Vilas (6-0, 6-4, 6-4). Le 19 mai 1985, l’histoire sera différente. Yannick Noah affronte, en finale, le Tchécoslovaque Miloslav Mecir, âgé de 21 ans. Il s’agit d’un vrai client, qui vient de remporter son tout premier titre à Hambourg, deux semaines plus tôt, et reste sur 13 victoires en 14 matches. Il a notamment battu Mats Wilander deux fois lors de cette formidable série. Notez que le Tchécoslovaque se déplace à merveille sur terre battue et possède un toucher de balle exceptionnel. Le Français ne l’a d’ailleurs encore jamais affronté et il débute la rencontre dans le flou total.

Ainsi, Yannick Noah applique une tactique qui paiera dès le début de la rencontre : il casse le rythme avec son slice de revers. Il fait le break d’entrée et enchaîne les passings, domaine de son jeu qu’il a amélioré les mois précédents. Yannick Noah va donc remporter le premier set 6 jeux à 3 grâce à ce plan tactique. Mais Miloslav Mecir ne compte pas se laisser faire. Il prend ses marques et prend conscience de la géométrie du court, qu’il utilise à merveille. Il renverse ainsi la dynamique et remporte la seconde manche sur le même score (6-3, 3-6). Un set partout. Si le joueur français veut aller chercher le titre, il doit changer de tactique et trouver un plan B. Au moment où le score affiche 2 jeux partout dans le troisième set, il retourne long et bombé pour agresser le Tchécoslovaque dès la deuxième frappe de balle, puis utilise le chip-and-charge pour le prendre à la gorge. Une nouvelle tactique qui porte ses fruits, puisque Yannick Noah enchaîne quatre jeux d’affilée pour reprendre les commandes du match (6-3, 3-6, 6-2). Cependant, la finale se disputant au meilleur des cinq sets, ce n’est pas encore terminé ! Grâce à ses qualités athlétiques, le joueur tricolore prend le plus souvent le dessus lors d’échanges spectaculaires au filet et il n’hésite pas à plonger, ce qui plaît au public italien. Il fait le break à 4 jeux partout dans la quatrième manche et sert pour le titre. Mais Miloslav Mecir s’accroche et revient à hauteur du Français. 6-6, jeu décisif. Yannick Noah fait un dernier effort pour l’emporter 7 points à 4 après 3h05 de jeu. Il est récompensé et s’impose donc en quatre sets 6-3, 3-6, 6-2, 7-6 (4). Il tombe à genoux et retrouve ainsi les bonnes qu’il avait eues quasiment deux ans auparavant du côté de la Porte d’Auteuil.

Il se montre ensuite impatient de retourner à Roland-Garros jouer contre les meilleurs joueurs mondiaux. « Il faudra, bien sûr, compter sur McEnroe et Lendl, sur les Suédois ou sur le Tchécoslovaque Mecir, qui accumule les bons résultats depuis le début de l’année, mais il faudra aussi compter sur moi », déclarait-il ainsi après son sacre à Rome. Cependant, il sera sorti en cinq sets dès les huitièmes de finale par son compatriote Henri Leconte (6-3, 6-4, 6-7, 4-6, 6-1). Ce qui ne l’empêchera pas de remporter deux autres titres en cette saison 1985, à Washington et Toulouse, atteignant par ailleurs les quarts de finale à l’US Open. Il reviendra dans le Top 10 mondial et terminera l’année à la 7ème place au classement ATP. Depuis, les joueurs français n’ont pas connu beaucoup de succès au tournoi de Rome, qui est un Masters 1000 depuis plusieurs années désormais. La terre battue italienne ne leur réussit plus, même si plusieurs fois ils ont atteint les demi-finales (Gaël Monfils en 2006, Richard Gasquet en 2011, Benoît Paire en 2013 et Lucas Pouille en 2016).

Crédit photos : @YCochennec, @GalleryJDWalter, @lequipe

À LIRE AUSSI :

Le gel du classement ATP, une décision incompréhensible pour des joueurs comme Arthur Rinderknech et Benjamin Bonzi

À trois semaines du début de Roland-Garros, qui peut en être le réel favori ?

3 réflexions au sujet de “Il était une fois… 1985, quand Yannick Noah devenait le seul joueur français au palmarès à Rome”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s