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Pierre Paganini : « Roger Federer sait que la route sera plus longue qu’en 2016 »

Pierre Paganini, le préparateur physique du Suisse Roger Federer (n°5), a raconté au cours d’une interview comment le joueur helvète va aborder son retour à la compétition, la semaine prochaine lors du tournoi ATP 250 de Doha. Par ailleurs, il évoqué le chemin qu’il reste à parcourir au détenteur de 20 titres en Grand Chelem s’il veut revenir à son meilleur niveau.


Qui est mieux placé que le préparateur physique de Roger Federer (n°5) pour savoir où il en est à l’aube de son grand retour sur le circuit ATP ? Tout au long de sa carrière, même lors de ses deux absences prolongées, le joueur suisse n’a cessé de travailler avec Pierre Paganini, qui le connaît ainsi par cœur. Dans une interview donnée à The Tages Anzeiger, ce proche de la légende helvète a confié plusieurs éléments concernant cette période où le Suisse a dû soigner sa blessure, ainsi que son envie de revenir en compétition et cette retraite à laquelle il n’aurait pas pensé. Concernant ce genou récalcitrant dont Roger Federer a dû se faire opérer, voici ce que le préparateur physique a confié : « Ce genou lui causait des problèmes depuis plusieurs années. Mais il pouvait le maîtriser, avec une planification adaptée et des exercices spécifiques. Lui et toute l’équipe y travaillaient depuis longtemps. Le fait qu’un joueur qui a joué plus de 1 500 jeux, ait subi plusieurs chirurgies sur son corps fait partie de la vie quotidienne. Roger est quelqu’un qui voit toujours les choses de manière positive. Et tant qu’il pouvait jouer et s’entraîner librement, ce n’était pas non plus un gros problème. Mais il a décidé de se faire opérer, et il en a assumé toute la responsabilité. »

Pierre Paganini a ensuite fait le parallèle avec l’absence déjà longue vécue par son poulain en 2016, qu’il juge pourtant différente de celle vécue tout au long de l’année 2020 et en ce début de saison 2021. « Je ne donne jamais d’informations sur les problèmes médicaux », a-t-il tenu à préciser. « Que dire : si un problème existe depuis plusieurs années, il est clair qu’il sera complexe. Et puis, surtout, il est important qu’il progresse lentement, à un rythme d’escargot. Nous avons eu besoin d’une deuxième opération, qui s’est déroulée sur le même site que la première. Cela explique aussi qu’il a pu le faire très peu de temps après et que nous avons eu besoin de beaucoup de temps pour les différentes étapes Le genou était particulièrement fragile après deux opérations, cela nous a fait bouger encore plus lentement. » Mais alors, dans la récupération, quelle est la grande différence avec 2016 ? « La grande différence est que lorsqu’il a fait une pause après Wimbledon en 2016, ses muscles étaient toujours là », a expliqué le préparateur physique de Federer. « Maintenant, nous avons eu une pause totale où les muscles se sont considérablement détériorés. Il s’est écoulé beaucoup de temps entre la première opération et la période de juillet au cours de laquelle nous avons décidé que nous pourrions progressivement recommencer à travailler. Ses muscles n’étaient plus dans le même état, les déséquilibres étaient extrêmes. Ses muscles ne pouvaient plus travailler immédiatement et avaient besoin de plus de temps de récupération. »

Dans quelques jours seulement, le joueur suisse effectuera son grand retour lors du tournoi ATP 250 de Doha, au Qatar. Où en est-il dans son processus de récupération ? « Il s’entraîne pratiquement normalement », a déclaré Pagnini. « Si vous pouviez le voir, vous diriez qu’il n’est pas blessé, que tout va bien. Mais il ne faut pas oublier que ce n’est que lorsque toutes les étapes sont terminées que la réactivité commence à fonctionner. C’est très important au tennis. Voilà où nous en sommes maintenant. C’est bon pour lui, car cela a demandé une patience incroyable pour en arriver à ce point. En ce qui concerne sa force, on en revient là où il était avant sa blessure. Mais ce n’est pas seulement une question de volume musculaire, c’est aussi une question de polyvalence. Nous travaillons dur sur sa vitesse de déplacement, car nous savons très bien que ce sera un point important. » Comme souvent quand il s’agit de Roger Federer, sa retraite a été évoquée, le joueur fêtant ses 40 ans en août prochain. Voici ce que cet homme qui le connaît mieux que personne a répondu : « Lorsque vous décidez de vous arrêter, vous vous arrêterez. Bien sûr, il y a une limite. Il s’entraîne très dur en ce moment parce qu’il veut savoir où est cette limite. Nous parlons de quelqu’un d’extraordinaire. Ce qui est souvent sous-estimé chez lui, c’est sa patience. Sans cette patience, la retraite serait intervenue il y a longtemps. Il faut avoir des qualités personnelles incroyables pour continuer à avoir cette passion. Mentalement aussi. »

Quoiqu’il en soit, l’âge ne semble pas être un frein pour le Suisse, mais il faut tout de même qu’il garde un corps sein pour ne pas être handicapé dans sa vie quotidienne, notamment lorsqu’il aura arrêté le tennis. « Il existe des parallèles entre être passionné par le jeu et être passionné par la victoire », a commenté Pierre Paganini. « Vous pouvez également jouer avec passion sans gagner. Mais alors la question est de savoir combien de temps durera cette passion. Ce que je peux dire, c’est qu’il ne risquera jamais sa santé. Il est extrêmement important pour lui d’être en bonne santé dans la deuxième phase de sa vie. Il a cette intelligence. Il n’en fera pas trop si cela n’a pas de sens. Il n’est pas aveugle. Il est très intelligent et avant-gardiste. Désormais, il travaille spécifiquement sur le renforcement et la musculation du genou et du corps. La vraie planification est d’être en bonne santé. Ce n’est que lorsque vous êtes en parfaite santé que vous pouvez essayer de surmonter les défis auxquels vous voulez faire face. Pour ce faire, il doit être capable de tout, comme avant les opérations. Bien sûr, les objectifs de Roger sont toujours élevés. Mais la route vers ces objectifs est plus longue que certains pourraient l’imaginer. Malgré son énorme potentiel. Et pourtant je crois en lui. » Enfin, le préparateur physique de l’ancien n°1 mondial a évoqué des périodes où le joueur de 39 ans a pu connaître des baisses de moral : « Il peut aussi parfois être déprimé, mais ces images ne lui collent pas. Quand il s’agit de chirurgie, ce n’est pas un sujet agréable. Dans le même temps, il est important de rester objectif et constructif. Parfois, je pensais : ‘Aujourd’hui, il pourrait être déprimé ou fatigué.’ Je me suis également demandé ce que ce serait s’il sentait que la coordination ne se déroulait pas dans son sens, ou que son niveau était encore relativement bas. Mais lorsqu’il se concentre sur quelque chose, il s’y plonge pleinement, à la fois sur le court et dans la vie quotidienne. »

Crédit photos : @toisports, @AustralianOpen

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