Il était une fois...

Il était une fois… 2012, quand la terre battue de Madrid était devenue bleue au grand dam de Rafael Nadal !

Cette semaine aurait dû avoir lieu le Masters 1000 de Madrid, en Espagne, qui a toujours été particulier au cœur de cette saison sur terre battue printanière. Ce n’est pas pour rien si Rafael Nadal (n°2) ne l’a remporté « que » cinq fois, là où il a franchi la barre de la dizaine partout ailleurs. Le propriétaire du tournoi, Ion Tiriac, n’y est pas pour rien non plus dans l’originalité de cette compétition. Souvenez-vous, en 2012, il avait mis en place une terre battue bleue, censée faire mieux voir la balle aux (télé)spectateurs !


Le tournoi de Madrid a toujours eu un caractère particulier. En 2002, il avait gagné le droit de passer dans la catégorie Masters 1000, à la place du tournoi de Hambourg. Mais alors, jusqu’en 2008, il se disputait sur dur au mois d’octobre. Puis, en 2009, il était remonté dans le calendrier, devenant un des tournois les plus importants de la saison sur terre battue pour préparer Roland-Garros, disputé une semaine avant le mythique Masters 1000 de Rome. Depuis, son propriétaire Ion Tiriac rivalise d’imagination pour attirer les fans : un lieu emblématique – la Caja Magica -, des mannequins à la place des ramasseurs de balles traditionnels et, en 2012, un changement de couleur pour la terre battue. Oui, vous lisez bien et vous devez vous en rappeler : la surface ocre était alors devenue bleue et bien plus glissante, à la limite du dangereux.

Ion Tiriac avait alors étonné son monde en changeant la couleur de cette surface légendaire du tennis, mais il avait une excuse toute trouvée pour justifier un tel changement. Selon lui, avec une terre battue bleue, la balle aurait été plus visible pour les spectateurs de la Caja Magica, mais aussi pour les téléspectateurs. Pourquoi pas. Du côté des joueurs, il y avait ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. La terre battue bleue divisait. Des joueurs comme le Britannique Andy Murray ou encore le Français Jo-Wilfried Tsonga ne voulaient pas critiquer avant de l’avoir essayée. Cependant, les joueurs n’avaient pas eu le droit de dire leur mot et l’ATP avait validé cette nouvelle surface sans les consulter. Ce qui n’était pas du goût d’un certain Roger Federer. « Je trouve ça triste qu’un joueur comme Rafa, dans un tournoi de son propre pays, doive se battre contre une surface sur laquelle il ne veut pas jouer« , expliquait alors le joueur suisse. L’Espagnol Rafael Nadal, finaliste sortant, n’était d’ailleurs pas du tout d’accord, bousculé dans ses habitudes. « J’aime les changements quand ils apportent des progrès », déclarait-il à l’époque. « Ce qui fait un grand tournoi, c’est l’histoire du tennis. Donc à mon avis, c’est une erreur. Les joueurs ne comptent pas, ils n’ont rien à y gagner. Une seule personne y gagne quelque chose : le propriétaire du tournoi. » Un avis partagé par le tenant du titre et déjà n°1 mondial de l’époque : le Serbe Novak Djokovic. « Je ne suis pas content, l’ATP a pris une décision sans l’avis des joueurs et ça doit changer », s’agaçait-il à l’encontre des instances du tennis masculin. « On va découvrir quelque chose qu’on ne connaît pas. Ça n’a pas de sens ! »

Bleue ou ocre, la matière était identique mais après les premiers entraînements, cette nouvelle surface allait être encore plus critiquée par les joueurs. C’était finalement à cause du fait que la terre était très glissante qu’ils se plaignaient le plus, ce problème étant apparemment dû à un problème de conception. Mais le mal était fait. Le Français Gaston Cloup, ancien responsable des courts de Roland-Garros et conseiller pour la réalisation des courts bleus de Madrid, expliquait que la réalisation des courts n’avait pas été faite convenablement : « L’argile utilisée est le même produit que pour la brique pilée, mais la réalisation a été ratée : la matière est trop libre, elle n’est pas accrochée. Ils n’ont pas suivi mes conseils. Il y a trop de matière, c’est incroyable. Ça ne sert à rien de mettre trois brouettes de terre au lieu d’une si le premier millimètre de terre n’accroche pas à la dalle.Le court est très sec, il manque d’eau. Est-ce qu’avant de jeter la terre sur la dalle, on a assez roulé le court ? L’a-t-on assez arrosé ? Il y a eu un souci dans la réalisation, c’est évident, et je le leur ai dit en début de semaine. » En attendant, cette innovation faisait parler d’elle et le public était au rendez-vous. De quoi rentabiliser son investissement, car la nouvelle brique pilée coûtait 40 fois plus cher que l’ancienne ! Mais les résultats lors de cette semaine de compétition allaient lui faire perdre toute crédibilité et l’expérience ne serait jamais renouvelée.

En effet, l’enfant du pays Rafael Nadal était éliminé dès les huitièmes de finale par son compatriote Fernando Verdasco (6-3, 3-6, 7-5). Le Majorquin ne parvenait pas à défendre comme il le faisait habituellement sur terre battue, la surface bleue étant trop glissante à son goût. « Si les choses continuent comme ça, ce sera triste. Mais l’an prochain, il y aura un tournoi en moins dans mon calendrier« , déclarait-il en conférence de presse d’après-match, complètement furieux. Et cette élimination prématurée n’était qu’un début. Le lendemain, c’était le tenant du titre, Novak Djokovic, qui se faisait sortir en quarts de finale. Le Serbe échouait face à son compatriote Janko Tipsarevic (7-6 [2], 6-3). Son attitude laissait paraître une lassitude face à cette surface avec laquelle il n’avait aucun atome crochu. « Je ne serai pas là en 2013 s’il y a encore cette terre battue. Le test a échoué« , affirmait-il à l’issue de la rencontre. Dans tout ça, un seul membre du Big 3 tirait son épingle du jeu : le Suisse Roger Federer.

Après une victoire arrachée au tie break du troisième set pour son entrée en lice au deuxième tour face au Canadien Milos Raonic (4-6, 7-5, 7-6 [4]), l’Helvète allait tracer tranquillement sa route. Au troisième tour, il éliminait le Français Richard Gasquet (6-3, 6-2), puis l’Espagnol David Ferrer (6-4, 6-4) en quarts de finale. Rendez-vous manqué avec Novak Djokovic en demies, il n’allait pas faire d’état d’âme pour sortir son compatriote Janko Tipsarevic (6-2, 6-3). Roger Federer était donc en finale, face à un invité surprise : le Tchèque Tomas Berdych. Une finale plus disputée que ses précédents matches, la tête de série n°6 l’obligeant à défendre avec ses coups puissants. La rencontre avait alors duré 2 heures et 38 minutes mais Federer s’en sortait en trois sets 3-6, 7-5, 7-5 sur cette surface bleue tant décriée. « C’était dur de bien bouger sur cette surface, mais il faut s’adapter pour essayer d’en tirer le meilleur parti« , déclarait alors le Suisse après avoir remporté son son 20ème titre en Masters 1000, prenant la place de n°2 mondial à Rafael Nadal. Cette édition 2012 du Masters 1000 de Madrid avait beaucoup fait parler d’elle et elle n’avait pas été une franche réussite. Cependant, Ion Tiriac ne comptait pas céder et il voulait voir l’expérience de la terre battue bleue se renouveler.

Sous pression, l‘ATP et son président de l’époque, Brad Drewett, allait céder et mettre fin à toutes les polémiques autour de la terre battue bleue. « Après une étude minutieuse, j’ai décidé que les courts en terre battue bleue ne seraient pas autorisés la saison prochaine« , indiquait Drewett dans un communiqué. « Si la terre battue bleue a peut-être offert une meilleure visibilité à la télévision, il y a clairement eu des problèmes avec la qualité des courts à Madrid cette année, ce qui n’est pas acceptable sur un Masters 1000, un de nos tournois les plus importants. Quelle que soit la couleur, nous devons d’abord nous assurer que les courts sont sans risque et justes pour les joueurs. » Dès l’année suivante, en 2013, le bleu allait laisser place à l’ocre traditionnel et, comme par enchantement, Rafael Nadal allait ainsi retrouver le chemin de la victoire…

Crédit photos : @laudiSa93, @YahooSports, @nytimes, @MutuaMadridOpen, @freetips

À LIRE AUSSI :

Caroline Garcia : « À la reprise, on sera tous dans le même bateau »

Steve Simon, patron de la WTA, soutient l’idée de Roger Federer d’une fusion avec l’ATP

5 réflexions au sujet de “Il était une fois… 2012, quand la terre battue de Madrid était devenue bleue au grand dam de Rafael Nadal !”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s