Reportages

Irina Ramialison et Vincent Stouff, deux professionnels français coincés en Australie à cause du Coronavirus…

Ils ne sont pas les plus connus dans le paysage du tennis français. Pourtant, son nom à elle vous évoque peut-être quelques souvenirs… Âgée de 28 ans, Irina Ramialison, accompagnée de son compagnon Vincent Stouff, 33 ans, sont partis en Australie depuis le début d’année pour jouer pendant trois mois sur le circuit ITF, en vivant dans un van aménagé. Toute une aventure, qui se solde actuellement par un confinement à des milliers de kilomètres de leur pays natal…


La crise liée au Coronavirus est mondiale. Le virus a pris son temps pour arriver en Australie, mais il y est bien, dans un pays déjà ravagé par des incendies interminables au mois de janvier. Deux joueurs français, Irina Ramialison (n°383) et son compagnon Vincent Stouff (n°983), se retrouvent actuellement coincés à l’autre bout du monde, si loin de leur pays natal. « On avait déjà fait cette tournée australienne l’an dernier », a raconté Vincent Stouff dans des propos recueillis par nos confrères du quotidien L’Equipe. « En fait, on était venus une première fois en septembre-octobre 2018, on était rentrés disputer les interclubs en France pour revenir en Australie de décembre 2018 à mars 2019. On avait tout de suite acheté un van aménagé. Il nous permet de limiter les frais d’hébergement et même de nourriture, parce qu’on a un petit réchaud et qu’on peut cuisiner. En fait, ça nous coûte moins cher que de tourner un peu partout en Europe, par exemple. » Loin de la routine habituelle des joueurs de tennis professionnels, ils se sont achetés un van pour aller de ville en ville par la route. Ils sont ainsi tombés amoureux de ce pays et de ses paysages à vous couper le souffle. Cette vie différente leur permet également, quand ils ont un ou deux jours sans match, de jouer les touristes. « On vient vraiment ici en priorité pour le tennis et si, une semaine, on perd tous les deux tôt dans nos tournois et qu’on a quatre-cinq jours avant le suivant, ce fonctionnement nous offre la possibilité de prendre 48 heures pour visiter, avant de reprendre l’entraînement », a jouté le 983ème joueur mondial au classement ATP. « Ça permet de voir d’autres choses. C’est une routine moins habituelle. La première fois, Irina avait adoré la vie en van, on s’était fait pas mal d’amis. Beaucoup de rencontres. Et puis le climat, le pays… »

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En 2020, ils ont chacun lancé leur saison le 4 janvier dernier, sur les circuits Futures et ITF, dans une Australie ravagée par des incendies hors du commun. « On n’a jamais été inquiets au point de se demander où garer le van à cause des feux », s’est rappelé Vincent Stouff. « On en a juste ressenti l’effet lors de notre premier jour de compétition, le 7 ou 8 janvier. Il devait faire 35-36°C, on avait deux matchs à jouer le même jour et on avait énormément de mal à récupérer entre les points ; on avait mis ça sur le compte de la chaleur mais on a appris qu’il y avait beaucoup de fumée dans l’air ce jour-là. Après, il y a aussi eu le premier jour des qualifs à l’Australian Open… » On se souvient de la polémique qui avait grandi durant les premiers jours des qualifications de l’Australian Open, quand certains joueurs avaient décrit des conditions peu favorables au jeu, allant jusqu’à provoquer des malaises à cause de la fumée. En revanche, Irina Ramialison et Vincent Stouff n’avaient pas le classement requis pour participer aux qualifications du premier Grand Chelem de la saison. Pourtant, ils se sont bien rendu à Melbourne, Stouff étant le sparring partner de l’Américaine Madison Keys (n°13). Rien que ça ! Un travail qui a duré dix jours et qui a fait du bien au budget du couple, qui est calculé au centime près. « Si Irina dispute principalement les tournois internationaux, je joue aussi pas mal d’épreuves qu’on appelle en Australie les Money Tournament (AMT), l’équivalent des CNGT (le circuit français) chez nous », a-t-il expliqué. « Le niveau est moins fort qu’en Futures, même s’il y a toujours un ou deux très bons Australiens, et on peut gagner un peu plus de dollars. »

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Ainsi, tout se passait bien depuis le début de la saison pour ce couple heureux. Traralgon, Burnie, Launceston, Perth, Mildura, Geelong : ils ont enchaîné les tournois, sur dur pour Ramialison et principalement sur gazon pour Stouff. Avec une belle part de succès, comme l’a pointé le Tricolore. « Je jouais mon meilleur tennis et Irina avait atteint une finale et deux quarts. En un mois et demi, elle était passée de 500ème à 350ème. Elle avait encore cinq-six semaines de tournois devant elle pour continuer sur cette lancée. » Seulement, le Coronavirus a fait son apparition, comme dans le monde entier. « Ça a été hyper vite », a raconté Vincent Stouff. « Jusqu’au 10 mars, on n’en entendait presque pas parler du tout. On n’avait aucune idée des proportions que ça allait prendre et on ne pouvait pas imaginer que tout allait être annulé. Il n’y avait presque aucun cas en Australie, aucune raison d’arrêter les tournois. On se disait même que si ça s’arrêtait en Europe, ça pourrait peut-être continuer ici. En deux-trois jours, tout s’est accéléré. Le 12 mars, je devais jouer mon 2ème tour au tournoi Futures de Geelong et la rumeur d’un arrêt commençait à monter. J’ai gagné, j’étais en quarts, avec une jolie occasion d’atteindre les demies à ce niveau pour la première fois, et le lendemain au réveil, on a appris que tout était stoppé, annulé. »

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À des dizaines de milliers de kilomètres de chez eux, ils ont bien sûr hésité entre rentrer en France ou rester en Australie. « On s’est demandé si on rentrait mais à ce moment-là, la situation était encore vraiment tranquille, il n’y avait pas encore eu de morts (en Australie). On s’est dit qu’on se prenait déjà une semaine de vacances, après six-sept semaines de tournois d’affilée, et on s’est mis à visiter, c’était top ; mais au fur et à mesure, on s’est rendu compte combien ça se compliquait en France. Et en Australie, c’est devenu vraiment sérieux depuis samedi. Ils ont eu des soucis avec la grande plage de Sydney, Bondi Beach. Ils ont dû la fermer parce qu’il y a plein de gens qui n’ont pas respecté la distance de sécurité de 1,50 m. Ils ne parlent plus que du corona aux infos. Il y a eu une panique au début, ils ont dévalisé les magasins mais c’est vite rentré dans l’ordre. Ils ont mis en place un contrôle aux caisses. Tu n’avais droit qu’à un pack de papier toilettes et un paquet de pâtes… » Finalement, lundi midi, le confinement a également été mis en place pour le peuple australien. « Plein de clubs de tennis vont rester ouverts. On va pouvoir continuer à s’entraîner. C’est un confinement assez light, pour l’instant », a avoué Vincent Stouff. Jusqu’à quand ? Impossible de savoir. En revanche, ce qu’ils ne peuvent d’ores et déjà plus faire, c’est vivre dans leur van aménagé. « Le van n’était pas considéré comme un confinement, mais on a de la chance, on est dans la maison d’amis, au sud de Melbourne, avec la mer en face. Avec l’argent qu’on a gagné dans les tournois d’avant, on devrait pouvoir tenir deux-trois mois, on rentrera quand il faudra rentrer, mais on est bien ici. » Qu’ils en profitent, le confinement risquant de se prolonger en France. Et même si leur visa ne court que jusqu’au 4 avril, ils ont déjà fait une demande de renouvellement et ne devraient pas pouvoir rentrer tout de suite.

Crédit photos : @snuctennis, @traralgontennis

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