Reportages

Julie Gervais, Alexandre Müller, Grégoire Barrère : ces Français réagissent à la crise liée au Coronavirus

Cette crise sanitaire, liée au Coronavirus, est mondiale. Elle touche tout le monde, dans tous les secteurs de l’économie. En France, le confinement est général et les sportifs ne sont pas privilégiés puisque, comme tout le monde, ils sont obligés de rester chez eux. Seulement, pour un blog consacré au tennis, il n’est pas question de parler d’autre chose que de ce sport qui nous passionne tant. Voilà pourquoi nous sommes allés en quête de témoignages, auprès de joueuses et de joueurs français, pas parmi les plus connus (il faut le reconnaître). Cependant, si nous les avons contactés, c’est que vous les avez déjà découverts à travers des interviews ou leurs résultats sur les circuits secondaires. Et il nous semblait intéressant de recueillir leur témoignage pour savoir comment ils vivent l’instant présent, mais aussi comment ils voient un futur qui s’écrit d’ores et déjà avec un gros point d’interrogation.


Il faut savoir que les joueuses et les joueurs que nous avons contactés ne nous ont pas tous répondu au même moment. Certains ont été très réactifs et ont livré leurs impressions avant le confinement général, proclamé par le Président de la République ce lundi 16 mars. Ainsi, Julie Gervais (n°409) s’attendait à ce confinement, avec quelques craintes dues à certaines rumeurs qui circulaient sur internet. « On attend déjà les nouvelles mesures qui doivent être prises dans les heures à venir où il s’agirait d’un confinement total de 45 jours avec l’armée dans les rues pour faire respecter les mesures », nous a-t-elle expliqué. « Je suis bien sûr embêtée comme le pays tout entier, au-delà du tennis, mais je pense qu’aujourd’hui le problème est bien plus grave que d’aller faire un tennis, un entraînement ou une séance de gym… » La joueuse du team Artengo a ensuite fait la part des choses, quand elle a ajouté : « Dans notre cas c’est embêtant car c’est la base de notre métier et on ne vit pas tous dans une maison équipée d’une salle de sport pour s’entretenir. Mais il y a des choses plus importantes que de sortir faire du sport aujourd’hui et l’objectif est de maintenir nos proches en bonne santé et faire en sorte que tout rentre dans l’ordre le plus rapidement possible. » Enfin, elle a fait le point sur les annonces de la WTA (c’était avant que l’annulation du circuit soit repoussée jusqu’au 8 juin) et sur l’aspect financier de cette pause forcée. « J’ai appris dans l’après-midi que le circuit WTA a déjà repoussé la reprise au 2 mai et nous n’avons aucune nouvelle concernant le classement, bien qu’aujourd’hui il n’y a pas eu de modification », a-t-elle conclu. « Financièrement je ne suis pas la plus à plaindre je vis encore chez mes parents, je n’ai pas de coach ni de structure à payer, mais je pense à ceux qui ont un loyer, des entraîneurs et des structures à payer c’est compliqué. Si le confinement total se confirme, ça va être compliqué de garder une forme physique de base donc pour la reprise ça va prendre encore un peu de temps une fois que tout sera terminé. Mais encore une fois, je pense qu’aujourd’hui ce n’est pas le plus important. On doit tout simplement attendre, rester chez nous et faire en sorte de rester en bonne santé pour nous et nos proches. »

De son côté, Alexandre Müller (n°245), qui nous avait également répondu lundi, est confiné avec la joueuse Sara Cakarevic (n°431). Il a également tenu à nous livrer ses sentiments par rapport à cette trêve subie, lui qui a déjà été éloigné des courts pendant plusieurs semaines pour cause de blessure. « Pour ma part, l’annonce d’arrêt de six semaines de l’ATP a été un peu dure, sachant que cela faisait huit semaines que j’étais en dehors des courts à cause d’une blessure », a-t-il déclaré. « Sur le plan du jeu, je ne me fais pas trop de soucis pour mon tennis, il ne va pas partir mais j’espère que les tournois ne seront pas annulés pendant plus de six semaines. On ne peut plus s’entraîner, donc ça par contre c’est assez embêtant car tous les clubs de tennis et même la fédération à Paris a fermé à cause du Coronavirus. Financièrement, on n’a pas de salaire, donc on va faire six semaines avec aucune rentrée d’argent, pas d’indemnités donc c’est pas ce qu’il y a de mieux, c’est sûr. Mais bon, c’est pour beaucoup de monde pareil donc on ne va pas se plaindre. » Loin de se plaindre, il est même plutôt actif sur les réseaux sociaux, prenant les choses avec humour, comme il a pu le partager dès le début du confinement sur son compte Twitter

 

Mardi, le tournoi de Roland-Garros a ensuite annoncé son report au mois de septembre. Le lendemain, un joueur français présent dans le Top 100, qui est parvenu à louer une maison dans le sud de la France avec son ami Lucas Pouille (n°58), a également témoigné pour nous sur cette situation inédite pour tout le monde. Il s’agit de Grégoire Barrere (n°95), qui a pu témoigner de ce qu’il s’est passé aux États-Unis, lui qui était présent à Indian Wells au moment de l’annulation du tournoi. « Pour moi, cette situation a été un peu compliquée à gérer au début, car on était totalement dans le flou », a-t-il notamment expliqué. « On ne se savait pas si on devait rentrer en France, continuer à s’entraîner pour Miami ou aller à Phoenix. Mais une fois que tout a été supprimé, tout a été plus simple, nous sommes rentrés chez nous et à partir de ce moment-là, je fais comme tout le monde. Je patiente, je vais m’entretenir physiquement le mieux que je peux. » Il a également souhaité transmettre un message responsable en lien avec cette pandémie exceptionnelle. « Mais de mon point de vue, le confinement est nécessaire donc si je ne joue pas de tournois pendant deux mois, c’est la vie mais c’est secondaire en ce moment », a-t-il ajouté. « C’est plus important de rester chez soi. Pour l’instant, l’avenir est flou. Il faut attendre de voir quand on pourra reprendre la compétition mais je n’ai pas de doute sur le fait que j’arrive à jouer, même après un mois sans tennis (rires). Financièrement, c’est sur que ça va entrer en compte à un moment donné. Heureusement, avec mes résultats de l’an dernier, j’ai pu mettre une peu d’argent de côté mais on va dire que je suis nouveau à ce classement-là. Il y a peu de temps, j’étais encore en Futures et en Challenger et j’ai toujours ma structure à payer, donc c’est sûr que si on ne joue plus pendant deux mois, cela va commencer à être compliqué. Il faudra trouver des solutions mais on est tous dans ce cas-là, il faut relativiser et prendre du recul sur la situation. »

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Plus tard dans la semaine, l’information a été confirmée concernant le gel des points sur les circuits ATP et WTA. Personne ne perdra de points pendant cette période d’arrêt forcé et les classements ne bougeront plus jusqu’à la reprise. Ce qui fait émerger de nouvelles questions, notamment pour des joueurs comme Arthur Reymond (n°588), qui n’avait pas joué sur cette période l’année dernière et n’avait donc aucun point à défendre. Dans le flou, il ne s’en est pas caché à l’heure de témoigner : « Je vous avoue que je ne sais pas trop quoi dire, à part que je ne sais pas comment l’ATP va fonctionner pour ceux comme moi qui n’avaient aucun point à défendre en cette période. Quand je vais reprendre, j’aurais tout mes points à défendre. Du coup, j’espère qu’ils vont trouver une solution. Après c’est sûr que c’est pas évident, cette situation, mais il faut l’accepter et faire avec les moyens du bord. » Joueur classé au-delà de la 500ème place mondiale, il fera certainement face à de très grosses difficultés financières au terme de ces longues semaines sans compétition. « On perd de l’argent, puisqu’on en gagne que sur les tournois », a-t-il ajouté. « Mais il faut faire avec, ce n’est qu’une période. Il faut en profiter pour s’entraîner dur et régler les petits problèmes physiques, techniques etc… »

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Enfin, Jade Suvrijn (n°760), la joueuse qui se trouve la plus loin au classement WTA parmi celles qui ont apporté leur témoignage,  a écrit une véritable lettre à cœur ouvert. Elle y fait part de ses craintes en tant que personne, de ses inquiétudes et de cette situation qui est nouvelle pour tout le monde. Voici son témoignage, sans filtre et sans censure : « Je m’exprime ici en tant que joueuse de tennis mais surtout en tant que personne. C’est une période anxiogène et incertaine pour l’ensemble de la population. Particulièrement difficile pour les personnes infectées, les proches de victimes, le personnel de santé, les personnes vivant dans de mauvaises conditions… Malgré nos inquiétudes légitimes, je pense que l’on se doit de prendre du recul quant à nos intérêts de joueurs/ses car les enjeux nous dépassent. L’essentiel en ce moment est de respecter les mesures d’hygiène pour rester en bonne santé et ralentir la propagation du virus. Faire preuve d’empathie, de solidarité, de créativité. De respect et de compassion. Concernant les répercussions sur les joueurs/ses de tennis, nous savons déjà que tous les tournois sont annulés jusqu’au 7 juin minimum. Nous avons généralement l’habitude d’être centrés quotidiennement sur un but précis, la performance. Privés de notre dose d’entraînement, de notre shot d’adrénaline et de notre principale source de motivation, nous allons être face à une belle leçon d’humilité et de résilience. En période de confinement, je pense que nous faisons tous de notre mieux avec nos moyens. C’est humain de ressentir pendant quelques jours une baisse de motivation. Ça m’est aussi arrivé. Il n’y a pas de honte, il faut aussi relâcher la pression. Nous avons ensuite la possibilité, chez nous ou à l’extérieur (en respectant les mesures de sécurité), de nous entraîner physiquement, de faire des exercices de prévention, par exemple. Il y a aussi beaucoup de choses que l’on peut redécouvrir, à commencer par réellement avoir du temps pour soi. C’est un peu troublant car nous avons un mode de vie nomade. Cela laisse de la place à d’autres centres d’intérêts, et à la curiosité. Pour le côté financier, les pertes ne sont bien sûr pas du tout les mêmes en fonction de notre classement et du circuit sur lequel nous jouons. Nous gagnons de l’argent uniquement quand nous participons aux tournois ATP, WTA, ITF, tournois nationaux, compétitions par équipe. Nous n’aurons donc aucune rentrée liée aux prize money pendant cette période. Aucune dépense liée à notre participation aux tournois non plus. Quant à la reprise, c’est dur de se projeter si loin car il y a trop de paramètres que nous ne contrôlons pas. L’organisation du circuit est complètement bouleversée. Il y aura des annulations, des reports, des concessions à faire… Les instances devront à mon sens énormément communiquer pour rebondir. C’est une situation inédite que nous vivons au jour le jour. En tout cas ce qui est certain, c’est qu’il faudra être indulgent sur son niveau de jeu à la reprise ! Je souhaite bon courage à tout le monde. »

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On le voit, les sportifs sont à l’arrêt et certains prennent cela avec philosophie. De toute façon, ils ne peuvent rien y faire et feront de leur mieux pour ne pas trop pâtir de cette situation. Cependant, le plus important pour eux comme pour tout le monde – le message est clair – est de rester chez soi, respecter les consignes et prendre soin de sa santé et de de celle de ses proches.

Crédit photos : @OracleChallngrs, @LeSportixx, @LigueOccTennis

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4 réflexions au sujet de “Julie Gervais, Alexandre Müller, Grégoire Barrère : ces Français réagissent à la crise liée au Coronavirus”

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