Analyses

Les clés du match : Comment Novak Djokovic, dans tous ses états, s’est adjugé un huitième titre à l’Australian Open

Novak Djokovic (n°1) est devenu pour la dix-septième fois vainqueur de Grand Chelem ce dimanche. Opposé au double finaliste de Roland-Garros, Dominic Thiem (n°4), le Serbe a connu de multiples phases sur le plan mental. Plusieurs matchs dans le match. Mais il s’en est sorti. Son indicible volonté à renverser l’ordre établi aura fait la différence : jamais  il n’était sorti vainqueur d’une rencontre au meilleur des cinq manches après avoir été mené deux sets à un.


Au commencement de sa carrière, Novak Djokovic (n°1) était remarqué pour sa jovialité communicative. Mais il fut à cette époque, le souffre douleur des deux mastodontes, Roger Federer (n°3) et Rafael Nadal (n°2) Rieur, taquin mais rarement sur la plus haute marche du podium. Telle était la destinée du Serbe. Or, lors de la finale de la Coupe Davis en 2010, le joyeux Novak s’est mué en cyborg Djokovic et deviendra le meilleur joueur de la décennie (16 titres du Grand Chelem depuis 2011).

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Novak Djokovic s’est présenté ce dimanche sur la Rod Laver Arena avec le statut de favori. Jamais il n’était reparti bredouille d’une finale à l’Australian Open. Sept qualifications à ce stade de la compétition, pour sept victoires. Implacable. Dès lors, c’est dans cette optique qu’il débute cette finale. Collé à sa ligne de fond, il distribue en jouant le plus tendu possible. Son ratio de 80% de secondes balles au service témoigne d’une confiance quasi inébranlable dans ce secteur du jeu. Ce coup lui permet d’asseoir sa domination dans l’échange, tandis que sa qualité de retour met en péril le déploiement du jeu de Dominic Thiem (n°4). Le Serbe rate peu, joue long tout en étant agressif. Le cocktail parfait pour s’installer dans une rencontre. D’ailleurs, Djokovic n’utilise que très peu le slice en début de match, inhérent à sa volonté perpétuelle d’agression. Au contraire de l’Autrichien, qui par l’utilisation fréquente du slice de revers, cherche à calmer la frénésie adverse et gêne durablement le Serbe, très peu à son aise sur des coups lents. Nous le verrons plus tard mais l’utilisation de cet effet par le droitier aux mèches blondes sera l’une des raisons majeures de sa prise de pouvoir dans cette rencontre.

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La qualité de retour de Djokovic est telle qu’il oblige son adversaire à tutoyer les lignes pour le faire vaciller. Il astreint Thiem à l’aléatoire sur son service, au risque de commettre des doubles fautes comme lors du point final du set inaugural. La double faute fatale qui installe l’Autrichien dans une délicate posture : après le gain du premier set, Djokovic a perdu trois matchs en Grand Chelem sur dur pour 130 victoires. Le Serbe rugit, il sait qu’il a bâti les fondations de son huitième monument.  La seconde manche s’ouvre sous le signe de la variation, de hauteur et de longueur pour Djokovic, d’effet et de longueur pour Thiem. Quelques revers long de ligne de part et d’autres font basculer la rencontre en exhibition de puristes. Mais l’information majeure à retenir est la baisse en intensité de Djokovic. Il laisse davantage de latitude à Thiem pour déployer sa panoplie de jeu qu’il arbore depuis l’arrivée de Nicolas Massú. Mais à la moindre demi-ouverture donnée, le Serbe s’engouffre et punit. Toutefois, un sentiment d’agacement naissant commence à poindre chez Djokovic. Envers son box, envers les décisions des juges de ligne et évidemment envers lui-même. Cependant, elle prend une dimension burlesque quand deux dépassements de temps consécutifs infligés par l’arbitre de chaise Damien Dumusois au n°2 mondial entraîne la chute de Djokovic dans les profondeurs de l’absurdité. Certainement touché physiquement, il se sert des décisions discutables de l’arbitre pour se morfondre devant l’injustice qu’il a subie. Ses gestes d’humeur trahissent une nervosité rédhibitoire dans un tel événement.

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Lessivé, amorphe, plus concerné. Djokovic n’est que l’ombre de lui-même dans la troisième manche, rappelant cette baisse en régime inexpliquée au deuxième set en finale du dernier Wimbledon. Serait-il de moins en moins capable de batailler sur cinq sets comme  lors de la finale de 2012 ? Cet agacement caractériel ne révèle-t-il pas son impuissance devant un début (certes relatif) de déclin physique ? La question est posée, elle est peut-être présomptueuse mais mérite d’être élucidée au détriment d’être éludée.  Secteur du jeu en nette dégradation au regard de la première manche, la vitesse de second service moyen est en chute libre : 166 km/h de moyenne en début de match, elle descend à 150 km/h jusqu’à la fin de la rencontre. De plus, ses montées à la volée sont souvent infructueuses. Il lui est même arrivé de se rendre au filet en marchant après une seconde balle à la vitesse famélique. Le langage corporel est criant de léthargie. Son utilisation excessive des amorties montre son impuissance quant à l’utilisation de la balle. 

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À deux sets à un en faveur de Dominic Thiem, difficile d’imaginer un tel Djokovic renverser la vapeur dans cette finale. Surtout qu’il n’a jamais remporté une finale de Grand Chelem en étant mené de la sorte (0/7 finales).  Le début de la quatrième manche ne montre pas un Djokovic revigoré. Il y a du mieux, certes, mais loin de la sérénité affichée lors de la première manche. Il est malgré tout plus consistant au service, récoltant bien plus de points gratuits et Thiem se met à commettre plus de fautes, rassurant certainement Djokovic dans sa quête de rédemption. À mesure que le match avance, Djokovic retrouve un tennis plus structuré et surtout une qualité de service sur première et deuxième balle. Il semble dès lors sorti de sa mauvaise passe et fait appel à des ressources rarement exploitées pour remporter cette finale. Lors de la cinquième manche, il remporte 80% de points derrière sa  première balle avec une vitesse moyenne de 193 km/h. Le tournant du match intervient au milieu du cinquième set, quand Djokovic sauve une balle de break contre lui. « Après avoir sauvé cette balle de break, j’ai retrouvé de l’énergie, j’ai pu à nouveau servir plus vite et le match a changé », a raconté le Serbe en conférence de presse. Forcer son destin. Une qualité appartenant aux champions qui aura fait la différence dans cette fin de rencontre. Mais alors comment expliquer ce revirement de situation ? Outre un meilleur niveau de jeu, Djokovic ose faire un parallèle historique qui rappelle de quel bois il est fait. « J’ai grandi dans la Serbie des années 1990, où il fallait se battre pour avoir des biens de première nécessité comme du pain, du lait ou de l’eau. Je pense que cette enfance difficile m’a rendu plus fort, a fait croître cette soif de succès. »

Hadrien Hubert
Crédit photos : @AustralianOpen, @FFTennis

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