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Pour Behind The Racquet, Alizé Cornet raconte l’enfer vécu dans l’affaire des « no-shows »…

Pour Behind The Racquet, la Française Alizé Cornet (n°59) a accepté de revenir sur les six mois de sa vie qui ont certainement été les pires pour elle au niveau professionnel. Focus sur cette sombre histoire…


Ce n’est pas la première fois que nous évoquons le compte Instagram Behind The Racquet, lancé par le joueur Noah Rubin (n°212), dont nous ne pouvons qu’apprécier la démarche. Ainsi, en juin dernier, nous avions relayé l’histoire de la joueuse française Alizé Lim (n°538), qui avait partagé son expérience personnelle. Plus récemment, le Polonais Hubert Hurkacz (n°37) a évoqué ses doutes, ou encore le Britannique Jamie Murray (n°23 en double) a parlé de ses difficultés à être le frère d’un certain Andy… Cependant, l’histoire qui nous intéresse ce vendredi concerne une autre joueuse tricolore : Alizé Cornet (n°59), qui n’a pas hésité à revenir sur l’affaire des « no-shows » qui aurait pu lui valoir sa carrière…

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“In 2018 I received my final ‘no show’ with the Tennis Anti-Doping Programme, which ended up being the toughest six months of my life. I didn’t know if I would be able to continue my career. The first no show was in November of 2016. I remember I had an early flight where I had to be at the airport around 6:30 and I forgot to change my appointment with the doping control officer. They came to my house when I was already on my way to the airport. I then asked them if I could turn and come home but they said I would be too late and they couldn’t count it. I knew that was my first no show. It happened exactly the same way for my second no show in July of 2017. I had an early flight in the morning to go to the States where I had to be at the airport at 6:00 or 6:30 and I forgot to change it again. They called me while I was at the airport and I was like, ‘Oh my god, this is not possible.’ I asked them to come to the airport to test here but of course they didn't want to move. I tried to explain to the ITF my situation and that it wasn't bad intentions but just bad luck that I forgot to change the times. I sent them all my plane tickets and the proof that I was actually going to the airport for my flight. I tried to appeal many times, but they didn't want to hear me out, so there was my second no show. Then started my constant fear of getting my third and final no show. I felt this weight on my shoulder that they could appear at any moment and if i got my third no show everything would be over. It was getting so bad that even my mother would have nightmares thinking they were ringing her doorbell in the middle of the night. This was traumatic for the whole family, not just myself. Now it’s October and I get a notification from the ITF telling me that I had a third no show. I remember reading this email and not understanding a single word they were telling me. I was in shock because I did everything possible to make sure this didn’t happen. I was home each time I said I would be and made no mistakes…” @alizecornet Read full story at behindtheracquet.com (link in bio) @behindtheracquet

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Derrière la raquette se trouve un être humain, une femme intègre. Voilà ce que l’on apprend à la lecture des mots écrits par Alizé Cornet pour le blog lancé par le joueur Noah Rubin. L’histoire est récente mais elle a tout de même accepté de la raconter. « En 2018, j’ai reçu mon dernier ‘no-show’ au programme de lutte contre le dopage, ce qui s’est avéré être les six mois les plus difficiles de ma vie. Je ne savais pas si je pourrais continuer ma carrière », a-t-elle commencé par raconter. Cependant, pour comprendre toute cette histoire, il faut remonter à 2016. « Le premier ‘no-show’ a eu lieu en novembre 2016″, a poursuivi la Niçoise. « Je me souviens avoir eu un vol tôt le matin où je devais être à l’aéroport vers 6h30 et j’ai oublié de changer mon rendez-vous avec l’agent de contrôle du dopage. Ils sont venus chez moi alors que j’étais déjà en route pour l’aéroport. Je leur ai alors demandé si je pouvais rentrer à la maison, mais ils ont dit que ce serait trop tard et qu’ils ne pouvaient pas m’attendre. Je savais que c’était mon premier ‘no-show‘. C’est arrivé exactement de la même façon pour mon deuxième ‘no-show’ en juillet 2017. J’ai eu un vol tôt le matin pour aller aux États-Unis où je devais être à l’aéroport à 6h ou 6h30 et j’ai oublié de changer encore. Ils m’ont appelé pendant que j’étais à l’aéroport et je me suis dit : ‘Oh mon dieu, ce n’est pas possible.’ Je leur ai demandé de venir à l’aéroport pour tester ici, mais bien sûr, ils ne voulaient pas bouger. J’ai essayé d’expliquer à l’ITF ma situation et que ce n’était pas de mauvaises intentions mais juste de la malchance que j’avais oublié de changer le rendez-vous. Je leur ai envoyé tous mes billets d’avion et la preuve que j’allais effectivement à l’aéroport pour mon vol. J’ai essayé de faire appel à plusieurs reprises, mais ils ne voulaient pas m’entendre, donc j’ai eu un deuxième ‘no-show’. »

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Comment agir alors ? Que faire quand on sait que le troisième « no-show » peut être fatale et peut vous coûter votre carrière ? Sans parler de l’image que cela donne aux spectateurs… « Là a commencé ma peur constante d’obtenir mon troisième et dernier ‘no-show’. J’ai senti ce poids sur mon épaule, qu’ils pouvaient apparaître à tout moment et si j’obtenais mon troisième ‘no-show’, tout serait fini. Ça devenait si mauvais que même ma mère avait des cauchemars en pensant qu’on sonnait à ma porte au milieu de la nuit. C’était traumatisant pour toute la famille, pas seulement pour moi. » Et fatalement, ce qui devait arriver arriva. « Maintenant, nous sommes en octobre et je reçois une notification de l’ITF m’informant que j’ai eu un troisième ‘no-show’. Je me souviens d’avoir lu cet e-mail et de ne pas avoir compris un seul mot de ce qu’ils me disaient. J’étais sous le choc parce que j’ai fait tout mon possible pour m’assurer que cela ne se produise pas. J’étais à la maison chaque fois que je le disais et je n’ai fait aucune erreur. Cet e-mail est sorti de nulle part et je ne savais pas comment il était possible que j’obtienne ce troisième ‘no-show’. Mon monde s’est effondré. Je me souviens avoir appelé mon frère pour lui dire : ‘Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je promets que j’ai tout fait correctement.’ Je me souviens que mon frère m’a dit de ne pas paniquer et que nous ferions appel après avoir obtenu un avocat et que tout irait bien parce que je n’avais rien fait de mal. Il n’arrêtait pas de me dire de ne pas m’inquiéter, que nous avions toutes les preuves. J’ai commencé à comprendre que l’ITF ne me faisait pas confiance et ne voulait pas du tout entendre ma version de l’histoire. J’ai reçu le message que cela allait aller devant les tribunaux, six mois plus tard, le premier mai. En attendant, je devais continuer à jouer et à faire mon travail avec l’idée que tout pourrait se terminer le premier mai. Ils ont le droit de retirer tous mes points et mon argent, pendant ces six mois, s’ils me jugent coupable, et me suspendre également pour deux ans. Je me suis retrouvée à pleurer la nuit dans mon lit en pensant que je faisais tout ça pour rien. J’ai senti le jugement dans les yeux de mes camarades de tennis même s’ils ne savaient pas vraiment ce qui s’était passé. Comme beaucoup de gens ne connaissent pas le programme anti-dopage, il y avait beaucoup de confusion sur les faits. Ce fut l’un des pires moments de ma vie. J’ai fait de mon mieux pour laisser mon tennis me distraire et aussi garder une vie aussi normale que possible. Je me souviens que juste avant le début de l’Open d’Australie, j’ai reçu une notification de l’ITF me rappelant qu’ils pouvaient prendre mon prix en argent et mes points pour ce tournoi, qui gardait en tête l’idée de ‘tout faire pour rien’. Même avec tout ce qui se passait, je jouais très bien. J’utilisais ce temps comme une opportunité pour leur montrer que je n’avais pas peur parce que la vérité était de mon côté. Je n’avais rien à cacher. »

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Jouer avec ce couperet au-dessus de la tête n’a pas dû être facile pour Alizé Cornet mais le pire, d’après ce qu’elle raconte, a été la façon dont elle a appris comment ce troisième « no-show » a pu arriver. Au bout du compte, elle a fini par comprendre. « J’ai finalement appris comment le troisième ‘no-show’ s’était produit », a-t-elle écrit ensuite. « Le contrôleur anti-dopage a dit qu’il était venu chez moi, avait sonné à ma porte et que je n’ai pas répondu. Il est ensuite retourné à sa voiture, a attendu une heure devant ma maison puis est parti. Je n’avais aucune idée de tout ça. Je n’ai entendu aucune sonnette, je n’ai eu aucun appel manqué sur mon téléphone, rien. L’ITF a continué de me faire taire alors qu’elle disait que nous avions des informations selon lesquelles tout cela s’était produit. Vous pouvez leur donner une preuve, peu importe. C’était vraiment ma première interaction avec l’ITF. Je ne savais pas vraiment comment ils fonctionnaient, mais maintenant je le sais. Ils sont censés être là pour aider les joueurs mais il semble que l’idée se perd parfois. Je comprends que cela pourrait être difficile, mais ils ont mieux fait de réaliser que ce n’est pas toujours le joueur qui fait l’erreur, le contrôleur est également humain. Il était impossible de parler à l’ITF lorsque la plupart du temps je recevais des e-mails automatisés, pas même d’une vraie personne. Je pense que l’ITF doit trouver un meilleur équilibre entre être assez dur pour lutter contre le dopage mais avoir cet aspect humain pour être parfois compatissant envers le joueur. Ils m’ont fait me sentir désespéré. Il est vraiment difficile pendant 12 ans de leur faire savoir où vous êtes chaque jour de votre vie, il est normal que des erreurs soient commises. Je me sentais constamment anxieuse et en colère. J’étais quelqu’un qui ne prenait même pas de paracétamol quand j’avais mal à la tête et là j’étais confrontée à une suspension pour dopage. »

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Honnête, la Française semble l’avoir été à cent pour cent. Pourtant, que retirer de cette mauvaise expérience ? « J’ai fait ce que j’ai pu pour en retirer du bien », a-t-elle conclu. « J’avais en fait une nouvelle perspective parce que je vivais jour après jour sans regarder vers l’avenir. Je ne pouvais pas me protéger plus loin que le premier mai, donc je ne l’ai pas fait. Le plus ironique, c’est à quel point j’ai commencé à bien jouer, avec mon pire état d’esprit. Je me souviens avoir reçu des nouvelles de mon avocat disant que j’avais été acquittée ; ce fut l’un des plus beaux jours de ma vie. J’ai enfin eu la chance de me débarrasser de cette histoire. Ma famille et moi pouvions enfin revenir à la normale. Ils ont finalement entendu mon histoire, m’ont cru et m’ont déclarée non coupable. Je me suis sentie tellement soulagée le mois suivant et j’ai joué comme si j’avais une autre vie, que tout est maintenant du bonus. J’ai trouvé drôle que seulement quelques mois plus tard, cela soit revenu à la normale. Vous pensez que quelque chose d’aussi douloureux que cette situation vous changera pour toujours mais en réalité, il ne suffit pas de tout changer. Toutes les vieilles habitudes sont revenues, comme me mettre en colère sur le court. Je me suis occupée des blessures mentales après cela. Il m’a fallu attendre 2019 pour vraiment surmonter tout ce qui s’est passé. Je suis enfin plus détendue, comprenant que si les choses se passaient différemment, tout serait fini. » Merci Alizé Cornet pour ce témoignage poignant, qui nous permet de mieux comprendre l’horreur vécue et de ne pas juger à la hâte les joueuses et les joueurs quand il leur arrive une telle situation.

Crédit photos : @BehindTRacquet, @WeAreTennisFR, @JJLovesTennis

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