Interviews

Rencontre avec… Jade Suvrijn

Peut-être ne connaissez-vous pas, ou peu, Jade Suvrijn (n°775). Pourtant, cette joueuse française aux origines néerlandaises fait partie du paysage du tennis tricolore depuis plusieurs années, puisqu’elle est pro depuis 2009. Âgée de 24 ans, elle a remporté un titre sur le circuit ITF cette année, au 15 000 $ de Dijon. Cela faisait six saisons qu’elle n’avait plus soulevé de trophée, depuis ses quatre titres glanés en 2013, atteignant l’année suivante son meilleur classement (345ème mondiale). Mais des blessures sont passées par là et depuis, Jade remonte doucement la pente. Rencontre avec une joueuse passionnée, qui malgré les embûches aime toujours autant le tennis !


Bonjour Jade, pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? D’où venez-vous et à quel âge avez-vous commencé le tennis ?

Bonjour, je m’appelle Jade Suvrijn, j’ai 24 ans. Je suis née aux Pays Bas. Mon père est néerlandais, ma mère est française. J’ai les deux nationalités, des cultures un peu différentes. J’ai vécu mes deux premières années là-bas, avant que l’on déménage dans le Sud de la France, vers Montpellier. J’ai passé mon enfance et une partie de mon adolescence dans un petit hameau en pleine nature. C’est sur deux courts en dur, dans le village où j’allais à l’école, que j’ai tapé mes premières balles à l’âge de 6 ans. À partir de mes 10 ans, j’ai changé de club pour aller à l’ASCH Montpellier.

Êtes-vous suivie par un entraîneur sur les tournois que vous jouez ? Si tel n’est pas le cas, avec qui vous entraînez-vous sur place, d’autres joueuses françaises ?

J’ai été suivie à temps plein par un entraîneur privé, Julien Gillet, de mes 10
ans à mes 18 ans. Depuis trois ans, j’ai une nouvelle équipe qui m’aide pour le suivi, l’entraînement tennis et physique. Je voyage seule depuis l’année dernière, avec mon copain sur quelques semaines. Quand je suis seule en tournoi, je m’entraîne avec d’autres joueuses, françaises ou étrangères.

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Parlez-nous un peu de votre jeu, vos points forts et vos faiblesses, quels sont-ils ? Quelle est votre surface préférée ?

Je ne suis pas très grande, je n’ai pas un énorme service et je ne peux pas jouer en deux ou trois frappes. Donc c’est assez simple, je dois compenser par un très bon déplacement et trouver une façon de contrer la majorité des joueuses qui sont plus puissantes. Depuis mes 10 ans, on a beaucoup travaillé ma main, savoir faire tous les coups du tennis. La volée, le slice, l’amortie, les différences d’effets… Cela peut être un avantage sur beaucoup de joueuses qui ne sont pas habituées à ce style, mais c’est parfois un désavantage car je réfléchis beaucoup et ça m’arrive de m’y perdre. Je préfère la terre battue car c’est la surface sur laquelle j’ai grandi. J’arrive plus facilement à trouver mes repères dessus. Mais quand je commence à prendre confiance sur dur j’aime beaucoup aussi, ça convient bien à mon revers plus à plat, aux montées au filet, un peu moins le temps à la réflexion aussi…

En 2019, vous avez remporté un titre à Dijon, en septembre. Quel bilan tirez-vous de cette saison ?

Je crois que, mentalement, c’est la saison la plus dure que j’ai vécue. Malgré tout, je pense avoir grandi et appris quelques leçons. J’ai eu une grosse accumulation de blessures, beaucoup de choses à régler aussi en dehors du terrain. Donc en réalité, même si j’ai sans cesse lutté pour revenir, j’ai été un peu déconnectée du tennis, qui est passé quelques semaines en second plan car la priorité était ailleurs. Paradoxalement, je pense avoir tout de même beaucoup progressé. Malgré la coupure de huit mois (précédée par une grosse préparation foncière et beaucoup de travail technique) et le manque certain d’entraînement, j’ai retrouvé un très bon niveau sur plusieurs matches. J’ai regagné un 15 000 $ en vivant des émotions extrêmes.

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Vous n’aviez plus remporté de titre depuis 2013, année où vous en aviez enchaîné plusieurs, notamment en fin de saison. Que s’est-il passé pour vous pendant ce laps de temps ?

Effectivement, j’étais à mon meilleur classement (345 WTA) quand j’ai été arrêtée pendant deux ans et demie par une blessure et un état de surentraînement. J’ai essayé beaucoup de traitements, sans trouver ce qui marchait. Quand j’ai finalement pu reprendre, je repartais de loin au classement (900 WTA), mais plus encore au niveau des repères et de ma forme. J’étais blessée au pied, je ne pouvais quasiment rien faire pendant ce laps de temps. J’ai recommencé en jouant dix minutes par jour, en augmentant petit à petit les doses mais je ne dépassais jamais une heure trente de tennis par jour, même après plusieurs mois. À ce moment-là, j’ai décidé d’essayer un nouveau système. J’ai embauché mon kiné, Paul Saint-Germain, à temps plein sur les tournois. J’ai complété l’équipe avec Julien Picot en tant qu’entraîneur tennis et Fabien Lefaucheux en préparation physique. Je suis remontée aux alentours des 400 WTA. Jusqu’au retour des blessures. J’ai dû de nouveau stopper presque huit mois, de décembre 2018 à juillet cette année.

Au classement WTA, vous terminez l’année à la 775ème place, assez loin donc de votre meilleur classement (n°345). Le classement, est-ce une chose à laquelle vous prêtez régulièrement attention ?

Vu mon classement actuel, j’essaye de ne pas trop y prêter attention ! Même si bien sûr, je préférerais être 500 que 800, en réalité ça ne change pas grand chose. On joue plus ou moins les mêmes catégories de tournois, avec les mêmes galères. Je pense que si j’ai vraiment envie de bien remonter au classement (et que j’arrive à jouer une saison entière), j’y arriverai. Pour résumer, il y a plusieurs « repères ». Quand on a assez de points, on peut aller jouer des 15 000 $ à peu près où on veut. Puis on peut mixer avec des plus gros ITF. À partir des 250 WTA, on peut aller jouer les qualifs des Grands Chelems, ce qui est déjà un bel objectif. Quand on parle du Top 100, on sait qu’on gagne très bien notre vie et qu’on peut jouer tous les plus grands tournois du monde.

Toute joueuse de tennis doit rêver de Grand Chelem quand elle est petite… Si vous ne deviez en disputer qu’un seul, ce serait lequel ? Pourquoi ?

Roland-Garros a toujours été le Grand Chelem qui m’a fait le plus rêver parce que c’est en France, sur terre battue, et j’ai suivi beaucoup de matches à la télé quand j’étais petite. J’ai déjà joué deux fois à Roland-Garros en qualifs et une fois en double. Ce sont des souvenirs que je garderai pour toujours. Je trouve que chaque Grand Chelem a véritablement sa propre ambiance, sa propre signature, c’est aussi ce qui me plaît.

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Nous savons qu’il n’est pas toujours facile de vivre (voire même survivre) financièrement sur le circuit professionnel. Comment parvenez-vous à gérer les contraintes financières au quotidien ?

J’ai dû adapter ma team, je pars souvent seule sur les tournois, ce qui limite déjà les frais. Il faut bien sûr comparer pour chaque tournoi les prix des transports, des hôtels etc…Je mixe les ITF avec des CNGT ou des tournois français, pour rembourser une partie des tournois ITF. Je joue également les matches par équipe en France avec l’ASPTT Montpellier, et à l’étranger quand c’est possible. Mais c’est vrai que ce n’est pas si évident, c’est un stress en plus, de la fatigue nerveuse.

Parlons un peu de la saison prochaine. Comment préparez-vous l’exercice 2020, où et avec qui ?

Dans un premier temps, je poursuis les tournois jusqu’à début janvier. J’ai eu l’habitude de faire des grosses préparations foncières pendant l’hiver, et j’ai eu beaucoup de blessures à cette période. Donc changement de stratégie, je pars en vacances avec mon copain en Thaïlande pendant trois semaines. Je n’amène pas de raquettes, j’en profiterai pour réellement couper, ce qui n’arrive que très rarement au tennis. Je ferai par contre du physique, j’essayerai des sports différents : du snorkeling, des randonnées, de l’escalade, du muay-thai, du yoga… J’aime bien découvrir d’autres disciplines. En rentrant, je m’entraîne tennis/physique et je ré-attaque les tournois certainement fin février ou mars.

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Quels sont vos objectifs pour la nouvelle saison ? Qu’avez-vous envie d’accomplir, quelle serait la saison idéale pour vous ?

Honnêtement, je ne sais pas encore exactement comment l’année prochaine va se passer. J’aimerais déjà faire une saison pleine en mixant plus les tournois français et ITF. De cette façon, on verra quel niveau de jeu j’atteindrai. Cette année, je m’occuperai entièrement de ma programmation.

Finissons sur une note un peu plus personnelle. N’est-il pas trop lourd de voyager tout le temps ? Est-il facile de se faire des amies, de créer des liens avec les gens qui vous entourent sur le circuit ?

Oui, c’est vrai qu’il y a plein de moments où personnellement, je suis en plein doute. Il y a des moments difficiles à passer. Voyager seule ne m’enchante plus trop. En sachant que ce ne sont pas les conditions des WTA. Le tennis est une vraie montagne russe émotionnelle. Mais en même temps, je l’ai choisi donc je ne vais pas me plaindre. Les conditions autour sont ce qu’elles sont, mais j’adore toujours jouer au tennis. J’aime le jeu et créer. En général, même si encore deux minutes avant le match je n’ai vraiment pas envie, une fois sur le terrain, l’instinct reprend le dessus. J’ai de très bonnes amies sur le circuit, françaises ou étrangères d’ailleurs. Mais c’est très difficile de les voir, ce qui est un peu frustrant. J’ai rencontré des personnes vraiment sympa. Mais c’est vrai qu’il y a quand même cette atmosphère de rivalité. Et le fait que beaucoup mettent un masque ou une carapace. Souvent pour se protéger.

Merci Jade d’avoir accepté de répondre à nos questions, nous vous souhaitons de bonnes vacances et une saison pleine, sans blessures, pour 2020 !

Propos recueillis par Yannick Giammona pour Jeu, Set Et Match

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