Interviews

Julie Gervais : « J’essaye de passer des bons moments avec les personnes avec qui je me sens bien, c’est important »

Si vous ne connaissez pas Julie Gervais (n°377), c’est que vous n’avez pas lu l’interview que nous avions réalisée avec la joueuse française en juin 2018. Elle venait alors d’atteindre une finale sur le circuit ITF, et elle a dû attendre presque un an et demi avant de décrocher un titre. Ce qui est désormais chose faite après sa victoire au 15 000 $ de Stockholm, en Suède, ce dimanche. Ce nouveau trophée arrive après trois années de diète, sur lesquelles Julie a accepté de revenir. Sans langue de bois, elle a abordé avec nous d’autres sujets : son quotidien de joueuse professionnelle, les messages de parieurs qu’elle ne cesse de recevoir, ainsi que sa joie de voyager grâce au tennis.


Bonjour Julie, vous venez de remporter un titre au 15 000 $ de Stockholm, parlez-nous de vos émotions après la balle de match finale.

Bonjour, alors j’étais déjà très soulagée dans un premier temps car j’ai eu deux balles de match à 5-1, que je n’ai pas concrétisées, du coup j’ai dû aller chercher le match et c’était un soulagement de conclure. Ensuite, beaucoup d’émotions sont arrivées, ce titre fait énormément de bien pour le moral et ça confirme ma forme du moment donc c’est génial. C’est une superbe récompense pour moi avec tous les sacrifices que ça demande mais c’est aussi une récompense pour ma famille, mon équipe et mes sponsors qui me soutiennent beaucoup.

Vous avez été intraitable tout au long de la semaine, ne perdant pas un seul set. Comment vous sentiez-vous au fil des matches ?

Oui, je suis très contente de la manière. Ne pas perdre un set, ce n’est pas si facile, j’ai dû augmenter mon niveau de jeu au fil des matches et plus le tournoi avançait, plus je me sentais bien sur le terrain.

Sans titre

Vous étiez seulement deux joueuses françaises présentes en Suède. Quand on sait que vous êtes amie avec certaines joueuses tricolores, ne vous êtes-vous pas sentie trop seule cette semaine ?

De temps en temps, se retrouver seule avec soi-même ça a aussi ses bons côtés. Mais je ne me suis pas sentie trop seule cette semaine, il y avait une amie suisse qui était aussi sur le tournoi et puis on fait de nouvelles rencontre,s comme la jeune joueuse française que je ne connaissais pas. Mais je ne suis jamais sans nouvelle de mes amies, même si elles ne sont pas sur les mêmes tournois que moi.

Ce titre vient plus de trois ans après le dernier, que vous aviez remporté en 2016, en Grèce. Qu’est-ce qui vous a manqué pendant ces trois années pour aller chercher d’autres trophées ?

J’ai été de nouveau blessée après mon dernier titre en 2016, où j’ai eu du mal à revenir, ça a pris un peu de temps. Mes saisons étaient donc inconstantes mais depuis maintenant presque deux ans, je n’ai plus du tout de blessure et ça change beaucoup. Je peux enchaîner les tournois et jouer plus de matches donc la confiance revient avec, forcément.

Ce titre devrait encore vous faire progresser au classement, avez-vous désormais envie de tenter votre chance plus souvent sur des 25 000 $ ?

Je n’avais pas joué de 15 000 $ depuis août 2018, je n’ai joué que des 25 000 $ et plus cette saison. Ce titre me permet de défendre mes points jusqu’à la fin de l’année, donc je ne vais pas beaucoup bouger au classement. Je vais donc continuer sur les 25 000 $ et plus pour cette fin d’année et l’année prochaine.

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D’ailleurs, au classement WTA, vous êtes entrée dans le Top 400 il y a peu. Vous semblez attacher une petite importance au classement, et voir cela comme un résultat de votre travail quotidien. Sommes-nous dans le vrai ?

Le classement reflète le niveau de jeu, donc ça fait toujours plaisir de voir son évolution et de savoir où on en est.

Ce classement est le meilleur de votre carrière, vous sentez-vous capable d’aller plus haut ? Pensez-vous pouvoir aller chercher le Top 300, voire même le Top 200 pour vous assurer une présence dans des qualifications de Grand Chelem ?

Oui, c’est le meilleur classement de ma carrière et j’aimerais continuer de progresser et aller chercher le Top 300. En être capable est une chose mais y arriver en est une autre. En tout cas on va bosser et se donner les moyens d’y arriver, ensuite on verra où ça me mènera.

Nous savons que vous êtes plutôt active sur les réseaux sociaux. Vous avez d’ailleurs partagé, suite à votre victoire à Stockholm, des messages reçus de la part de parieurs. En recevez-vous toujours régulièrement ? Continuez-vous à essayer d’alerter les instances du tennis sur ce fléau ?

Oh oui, j’en reçois à chaque tournoi, souvent après les défaites mais aussi après les victoires comme dimanche. Ils parient sur des jeux ou sur un break et quand ça ne va pas dans leur sens, ils nous insultent comme si nous étions des machines sans état d’âme et que tout était écrit avant un match. C’est malheureusement devenu notre quotidien, alors que ça ne devrait pas l’être. Je ne signale pas toujours les messages que je reçois parce que pour moi ça ne sert pas à grand-chose. Je ne vois pas comment ils peuvent retrouver tous les parieurs, qui utilisent d’ailleurs souvent des faux comptes pour nous insulter. Chaque joueur et joueuse reçoit ce genre de messages sur chaque tournoi, donc ça fait énormément de parieurs à retrouver. Tant qu’on pourra parier sur nos matches, on ne pourra pas empêcher ces gens-là de nous insulter sur les réseaux sociaux.

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Qui vous accompagne au quotidien sur les tournois ? Avez-vous un entraîneur avec vous, ou des proches qui viennent vous soutenir ?

Je voyage souvent seule, je n’ai pas d’entraîneur. Je me débrouille toute seule avec mon père, qui n’est pas issu du monde du tennis et des sparrings. De temps en temps, quand je joue en France ou pas trop loin en Europe, mes parents essayent de me suivre pour me soutenir. J’ai beaucoup de chance de les avoir.

Finissons sur une note un peu plus personnelle. Rencontrez-vous parfois des difficultés dans votre métier de joueur professionnel (financières, humaines ou autres) ?

On rencontre des difficultés chaque semaine sur le circuit. On doit s’adapter chaque semaine, car chaque tournoi est différent avec des conditions différentes. Le côté financier joue énormément, aussi il faut tout calculer pour ne pas être trop en déficit, essayer de partager les frais d’hôtel avec d’autres joueuses etc. C’est ce qui rend le circuit excitant, si c’était toujours la même chose, on s’ennuierait.

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Comment gérez-vous votre vie au quotidien ? N’est-il pas trop lourd de voyager tout le temps ? Est-il facile de se faire des amies, de créer des liens avec les gens qui vous entourent sur le circuit ?

C’est génial de pouvoir voyager et de découvrir d’autres façons de fonctionner, de nouvelles cultures et de rencontrer de nouvelles personnes grâce au tennis. Il y a forcément des moments où c’est un peu plus difficile de partir mais c’est tellement enrichissant. Pour ma part, j’essaye de passer des bons moments avec les personnes avec qui je me sens bien, c’est important. J’ai mes amies sur le circuit et on essaye de faire les mêmes tournois pour passer du temps ensemble. Parfois on fait des tournois différents et on se retrouve seule mais ça n’a jamais fait de mal à personne.

Pour finir, quelles sont vos craintes en tant que joueuse professionnelle ? Et quelles seraient vos envies ?

La pire crainte est bien sur la grosse blessure, qui arrêterait ma carrière alors que je n’ai pas choisi d’y mettre un terme. Ma plus grosse envie, c’est bien évidemment les qualifications d’un ou plusieurs tournois du Grand Chelem.

Encore merci d’avoir accepté de nous répondre, nous vous souhaitons le meilleur pour la fin de la saison !

Propos recueillis par Yannick Giammona pour Jeu, Set Et Match

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