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Daniil Medvedev, Johanna Konta et consorts : pourquoi ont-ils choisi des entraîneurs français ?

Gilles Cervara, Dimitri Zavialoff, Thomas Drouet… Ces noms ne vous disent peut-être rien. Et pourtant, il s’agit là d’entraîneurs français qui ont la cote auprès de joueuses ou de joueurs étrangers. Pourquoi ? Explications.


Originaire de Colmar, Dimitri Zavialoff (photo ci-dessous) a un nom Russe. Pourtant, il est bien Français et symbolise à lui seul l’excellence à la française. Cet entraîneur de renom a été celui qui a emmené les Suisses Stan Wawrinka et Timea Bacsinzsky vers les sommets. Il a même mené ses deux joueurs, dont il s’occupait en même temps, vers le Top 10 lors de la même saison. C’était en 2016, et depuis octobre 2018, il s’occupe désormais de la Britannique Johanna Konta (n°11). Avec Zavialoff, la Britannique s’est hissée pour la première fois en demi-finales d’un Grand Chelem à Roland-Garros cette saison, alors qu’elle avait échoué quatre fois de suite au premier tour entre 2015 et 2018. Konta, qui a la réputation de changer souvent d’entraîneur, a donc décidé d’investir dans du solide pour tenter d’avoir un peu plus de solidité. Et le choix du Français n’est pas anodin. C’est un vrai bosseur, qui s’est fait un nom au fil des années, même si au départ il a ramé dans ce monde cruel des coachs de tennis.

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Et son exemple illustre une tendance. De plus en plus, les joueuses et les joueurs étrangers font appel aux services d’entraîneurs venant de l’hexagone. Lors du dernier US Open, quatre des huit quarts de finaliste féminines étaient accompagnées par des coachs français. Outre Zavaialoff et Konta, la Chinoise Qiang Wang (n°29) avait Thomas Drouet, 36 ans, à ses côtés. L’éternelle Serena Williams (n°9) était encore et toujours accompagnée par le célèbre Patrick Mouratoglou, alors que la Canadienne Bianca Andreescu (n°4) illustre le succès de Tennis Canada, modèle 100% français exporté par Louis Borfiga, ex-DTN tricolore. Et cette tendance ne se voit pas que dans le tennis féminin. Du côté des hommes, l’exemple le plus probant est celui du Russe Daniil Medvedev (n°4), entraîné par le Tricolore Gilles Cervara (photo ci-dessous). Sans l’aide de son coach, le Russe aurait eu plus de mal à pousser Rafael Nadal (n°2) aux cinq sets lors de la dernière finale de l’US Open. Enfin, notez que la jeune Cori Gauff (n°69), qui a éclaté aux yeux du monde entier en 2019, est également entraînée par un frenchy, Jean-Christophe Faurel. Mais alors, pourquoi ces coachs français ont-ils tant de succès ?

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Si on y regarde de plus près, ils ont tous deux points communs : ils sont jeunes (moins de 40 ans) et ils n’ont pas eu une grande carrière de joueur. Drouet et Cervara, par exemple, n’ont jamais été première série. Pour Drouet, cela n’est pourtant pas un inconvénient : « Aucun de nous n’a été au niveau de ceux que l’on entraîne, c’est vrai », a-t-il déclaré dans des propos relayés par L’Equipe. « Paradoxalement, je pense que cela s’est transformé en bénéfice. Cela nous a servi par la suite pour mieux exploiter leur potentiel. » Mais qu’est-ce qui fait que des joueurs qui ont la côte choisissent des entraîneurs pourtant inconnus quelques mois plus tôt ? Responsable des 19 ans et plus à la FFT, Olivier Malcor a bien sa petite idée : « Depuis quelques années, on constate le développement d’académies de tennis en France, comme celle de Jean-René Lisnard ou de Thierry Ascione. Dans cette entité, des joueurs de pays qui ne disposent pas comme nous de structures type club, Ligue, Fédé, savent qu’ils pourront structurer leur projet. C’est un argument béton pour un étranger. » Pour Arnaud Di Pasquale, le modèle français est reconnu à l’étranger. Patrick Mouratoglou ou encore Sam Sumyk, qui ont obtenus de bons résultats en tant que coachs, ont été des pionniers et ont ouvert la voie à leurs compatriotes.

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Par ailleurs, ces entraîneurs sont de vrais travailleurs. Gilles Cervara a expliqué comment il travaille avec son poulain, déclarant : « Daniil avait des comportements qui allaient le freiner. Il en était conscient.Ce qu’il exprimait dans ses énervements sur le terrain était la partie visible de ses limites. Je suis allé chercher profondément ce qui pouvait l’aider à s’améliorer sur le plan mental et nous avons trouvé tous les deux des débuts de solution. » La gestion d’un match et la préparation d’avant-match, voilà ce sur quoi ces coachs semblent se concentrer. Et c’est ce qui marche. On est alors en droit de se demander pourquoi les joueurs français ne font pas appel à ces coachs qui ont la côte. Jean-René Lisnard (photo ci-dessus), qui a créé un centre d’entraînement (Elite Center) à l’ASLM Cannes, détient un élément de réponse. « Les joueurs français ont du mal à quitter Paris », explique-t-il. « C’est une grosse limite. La plupart choisissent des gens qu’ils ont déjà fréquentés, et souvent préfèrent un bon camarade à un vrai entraîneur. Il y a aussi du réseau. Avec Gilles Cervera, on ne fait pas de lobbying, on ne démarche jamais un joueur ni ses parents sur un tournoi. On n’appelle pas non plus la FFT ou je ne sais qui pour qu’ils nous envoient des joueurs et on ne fait pas de gratuité. Forcément il faut vraiment que le mec ait envie de venir chez nous pour y atterrir. » Pour Di Pasquale, « il ne s’agit pas de remettre en cause la qualité des entraîneurs français qui travaillent avec des joueurs tricolores. » Notons que des entraîneurs comme Emmanuel Planque (demandé par Stan Wawrinka ou encore David Goffin) et Loïc Courteau (courtisé par Svetlana Kuznetsova) ont refusé des offres. Ils ont encore la fibre patriotique, pourrait-on même dire. Ce qui pourrait être la prochaine étape pour Lisnard, qui a déclaré : « Quand un joueur nous fait confiance, qu’il soit malgache ou argentin n’a strictement aucune importance pour nous. Mais on est français, donc si un jour on pouvait plus apporter au tennis français qu’au tennis étranger, forcément on serait ravis. »

Crédit photos : @toisports, @JJlovesTennis, @tiebreaktens, @1965Caligula

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