Reportages

Après la légende Roger Federer, le défi de la relève suisse s’annonce très difficile

Bientôt, Roger Federer (n°3) prendra sa retraite. C’est inéluctable. La Suisse sera alors confrontée à un problème générationnel, à l’heure où il faudra prendre la relève de l’un des plus grands joueurs de l’histoire du jeu, si ce n’est le plus grand…


Le week-end dernier, la Laver Cup a fait salle comble à Genève, en Suisse. Cela n’a pu se réaliser que grâce à l’immense succès de Roger Federer (n°3), l’enfant du pays qui a tout gagné ou presque. Avec son agent Tony Godsick, l’Helvète a créé une compétition (ou exhibition, comme vous voulez) au succès immense, jusqu’à remplir une arène de 17 000 places en Suisse. « Honnêtement, je n’ai jamais rien entendu de plus fort dans ma vie que lorsque Roger est entré sur le terrain », a déclaré Dominic Thiem, l’un des coéquipiers de Federer dans la Team Europe.

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La popularité de Federer est une chose. Son héritage en Suisse en est une autre. Il n’est pas aussi facile de lui trouver un successeur, car lui-même termine sa carrière d’une manière phénoménale : il reste le n°3 au classement mondial à 38 ans et, en juillet dernier, il était sur le point de remporter un autre titre du Grand Chelem à Wimbledon. Aucun athlète suisse, toutes époques confondues, n’a atteint un tel niveau de réussite au niveau mondial, et il reste le Suisse le plus célèbre encore en vie. « On n’est même pas proche d’avoir un successeur à Federer », a déclaré Nicolas Bideau, responsable de Presence Switzerland, organisation gouvernementale en charge de la promotion de l’image du pays à l’international. Mais de manière surprenante, avec tous les succès de longue date de Federer et l’énorme augmentation de la couverture médiatique du tennis en Suisse, ce sport manque pour le moment de successeurs pour un pays qui compte 8,42 millions d’habitants.

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Sur le circuit masculin, Federer a remporté un record de 20 titres en simple en Grand Chelem. Son compatriote Stan Wawrinka (n°21), âgé de 34 ans, en a remporté trois, tout en restant plongé dans l’ombre considérable de son compatriote. Federer et Wawrinka restent les seuls Suisses à être présents dans le Top 100 chez les messieurs. Seuls trois autres joueurs font partie des 500 premiers, et aucun n’a moins de 23 ans. « J’espère qu’après ma retraite et le départ de Stan, une nouvelle génération forte arrivera, mais je pense que dans un petit pays, nous devons être un peu réalistes », a déclaré Roger Federer. « Ce n’est pas si facile de produire tout le temps de grands joueurs. Mais je pense que l’objectif doit être qu’au moins nous ayons un bon groupe de gars classés entre 1 et 300. Nous n’en avons pas assez, en toute honnêteté, et il faut y remédier. » Il n’y a pas eu un essor spectaculaire en Suisse pendant les années Federer, qui a emboîté le pas à la remarquable performance de Martina Hingis, qui avait été n°1 mondiale chez les dames à la fin des années 90. « Après avoir remporté plusieurs fois Wimbledon, je n’ai jamais senti que des gars ramassaient des raquettes à gauche et à droite et partaient jouer au tennis ici en Suisse », a ajouté le n°3 mondial. « À ce jour, je ne sais toujours pas ce que les chiffres disent. »

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Les chiffres sont restés relativement stables, ce que René Stambach, président de Swiss Tennis, l’instance dirigeante nationale, considère comme une victoire. En 2003, année où Federer remportait son premier titre à Wimbledon, la Suisse comptait 50 843 licenciés. En 2018, elle en comptait 51 490. Ce chiffre ne comprend que ceux qui participent à des tournois officiels. Mais le nombre de juniors licenciés a complètement chuté au cours de cette période, passant de 13 108 à 11 712. Le nombre de garçons juniors est tombé à 8 791 en 2018, après un pic de 10 776 en 2011, et le nombre de filles juniors a chuté de 65%, passant de 4 824 en 2004 à 2 921 l’année dernière. Le tennis féminin suisse a cependant un talent de classe mondiale avec Belinda Bencic (n°10), 22 ans, qui a longtemps été entraînée par la mère de Martina Hingis, Melanie Molitor, et qui a atteint les demi-finales de l’US Open cette année. Mais la baisse de la participation des filles reflète une tendance à l’échelle européenne, selon Yves Allegro, entraîneur-chef des joueurs de moins de 23 ans pour Swiss Tennis. « Vous pensez qu’avec Roger et Martina, nous aurions gagné beaucoup de joueurs », a-t-il déclaré. Allegro et Federer ont été parmi les premiers arrivés au centre en tant que joueurs juniors. Allegro avait 18 ans, Federer venait d’avoir 16 ans. Ils partageaient leur chambre, puis ont joué ensemble en Coupe Davis et sont restés amis. Allegro a dîné avec Federer au début du mois pour le tenir au courant des projets de la fédération et des progrès réalisés par les jeunes joueurs. « Nous avons perdu une génération de joueurs », a déclaré Allegro. « Lorsque vous avez des joueurs au sommet, comme Roger, vous avez tendance à vous concentrer uniquement sur cela et à oublier de construire la prochaine génération. Mais nous avons un très bon groupe de juniors à venir. Nous pourrions avoir cinq garçons à l’Australian Open Juniors l’année prochaine. »

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En juillet dernier, Federer perdait en finale de Wimbledon face à Novak Djokovic (n°1), match qui a eu un grand impact en Suisse. « Pendant une semaine, ce match a été le sujet principal en Suisse« , a déclaré Allegro. Pourtant, la fièvre Federer reste une affaire de moindre importance en Suisse par rapport à ce que cela aurait pu être s’il avait été Italien ou Américain. Le culte des célébrités n’a pas sa place en Suisse. « La Suisse est un des rares pays où Roger n’a pas besoin de sécurité et où les gens lui cèdent sa place », a déclaré son agent Tony Godsick. Pour Federer, l’ambiance généralement détendue est l’une des clés de sa longévité. « Je sens vraiment que je peux revenir en Suisse et décompresser », a-t-il déclaré. De plus, il reste fermement ancré en Suisse avec son épouse Mirka et leurs quatre enfants. Ils ont un appartement à Zurich, mais leur base principale est une propriété située près de Lenzerheide, dans les Alpes, à l’est du pays, près de Saint-Moritz. Personnage mondial avec un calendrier surchargé, Federer a déclaré qu’il souhaitait rester plus souvent en Suisse dans la prochaine phase de sa vie. Bien qu’il invite déjà régulièrement de jeunes joueurs suisses prometteurs à s’entraîner avec lui, il souhaite contribuer davantage au développement de la prochaine génération. « Dans un rôle de mentor », a-t-il déclaré, « en m’assurant qu’ils obtiennent le gène gagnant. »

Crédit photos : @le10sport, @ATP_Tour, @ITF_Tennis, @FeedSportNews

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