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Vasek Pospisil monte au créneau et appelle au changement

Le Canadien Vasek Pospisil (n°203) n’a pas la langue dans sa poche. La semaine dernière, il ne s’est pas gêné pour exprimer son point de vue sur la structure de gouvernance actuelle du tennis masculin, qu’il a dénoncée.


Le tennis masculin a été dans l’œil du cyclone ces derniers mois, à cause de problèmes extra-sportifs. L’aspect politique a provoqué une tornade qui a tout bouleversé, impliquant les meilleurs joueurs du monde dans une guerre ouverte qui, semble-t-il, est loin d’être terminée. D’une part, la phrase prononcée par Justin Gimelstob, ce qui l’a obligé à stopper tout contact avec le Conseil des joueurs de l’ATP ; de l’autre, le feu croisé entre les joueurs de tennis. Ce dernier élément ayant provoqué la démission de plusieurs membres du Conseil des joueurs (comme Jamie Murray ou Sergiy Stakhovsky) après la dernière réunion. Mais alors que les choses semblaient s’être calmées, un des membres les plus actifs du Conseil des joueurs a décidé de parler de ce qu’il considère comme une injustice. Dans un article qu’il a lui-même signé dans le Globe and Mail le 2 août dernier, Vasek Pospisil (n°203) a écrit ce que beaucoup n’osent pas dire : le tennis a besoin de changements, d’une réforme en profondeur qui aspire à rétablir la transparence et l’intégrité. Ainsi, le Canadien évoque en détail plusieurs questions qui impliquent directement l’ATP. Cependant, pour comprendre les aspirations du joueur canadien, nous devons revenir sur sa propre expérience antérieure au circuit, car nous parlons d’un joueur qui sait ce que c’est que de se sacrifier pour ce sport.

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« Quand j’avais 14 ans, mon père a vendu notre maison dans la ville où j’ai grandi », a-t-il ainsi écrit dans le Globe and Mail. « Et notre famille de cinq personnes avec deux chiens a déménagé dans un appartement d’une chambre à coucher afin que je puisse poursuivre mon rêve dans un environnement plus propice au tennis. Mon père a quitté son travail pour voyager avec moi, avec un budget très limité, sur des tournois et des compétitions en Amérique du Nord et en Europe. Nous avons principalement traversé le continent, de tournoi en tournoi, en dormant dans des motels bon marché, chez des amis et même sur des aires de repos. Sans les grands sacrifices consentis par ma famille, il aurait été presque impossible pour moi de réussir dans ce sport. » Le voyage de Pospisil a fini par l’emmener sur le circuit ATP, dans les tournois qu’il souhaitait jouer quand il était enfant. C’était un moment à savourer, mais avec une certaine responsabilité: « Après ma première année sur le circuit ATP, j’ai redonné de l’argent à mes parents pour les remercier de tout ce qu’ils avaient fait pour moi. (…) Le changement fut brutal, après avoir été dans les ghettos de Mexico ou quand j’ai joué au Nicaragua au milieu d’émeutes. » À mesure que le Canadien a mûri, il s’est rendu compte que quelque chose n’allait pas. Il n’y avait pas un bon équilibre entre le pouvoir qu’ont les vrais protagonistes, c’est-à-dire les joueurs de tennis, et la position qu’occupent les tournoi. « Les joueurs les plus expérimentés du circuit ont commencé à parler de cupidité, de puissance et du contrôle total que les grands tournois ont sur les joueurs. J’ai commencé à voir les choses sous un angle différent et j’ai réalisé les réunions de travail et les secrets des gros contrats qui se passaient en coulisses. » Abasourdi par ce qu’il se passait, Pospisil savait clairement quelle position adopter. Il a présenté sa candidature au Conseil des joueurs, il a finalement réussi à y entrer, pour finir par occuper une place de choix dans les réunions. Cependant, ce qu’il a trouvé… n’était pas vraiment ce à quoi il s’attendait. « Je ne pouvais pas croire ce que j’entendais », a-t-il ajouté. « Je voulais essayer de changer les choses, j’étais fâché du manque d’informations lors des réunions du Conseil des joueurs. Je voulais surtout savoir pourquoi les tournois du Grand Chelem ne reversaient que 14% de leurs revenus (7% aux hommes et 7% aux femmes) aux joueurs, alors que la grande majorité des autres dimensions sportives en reversent 50% ou plus. Le tennis a la plus faible part des profits de tous les sports qui sont mondialement connus. »

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Dans un même temps, le joueur canadien était conscient du fait qu’il faisait partie du groupe des plus chanceux, ceux qui ont une position assez confortable pour pouvoir vivre du sport qu’ils pratiquent. Les joueurs qui se battent sur les Challengers et les Futures n’ont aucune voix ni aucun vote pour l’avenir de ce sport et reçoivent en même temps un pourcentage lamentable des profits. « Sur le Top 100, lorsque vous ajoutez les frais de votre équipe de travail et que vous voyagez pendant 30 à 35 semaines, la majorités des joueurs rentrent à peine dans leurs frais ou perdent de l’argent. L’argent au tennis est là, les joueurs le méritent, mais ils ne l’ont pas. Une des raisons à cela est la structure de gouvernance de l’ATP. » Vasek Pospisil se montre clairement critique à l’encontre d’une structure qui, selon lui, ne laisse aucune place au progrès. « Le conseil de l’ATP – l’organe qui gouverne le tennis masculin, à l’exception des quatre tournois du Grand Chelem – est composé de trois représentants des tournois et trois représentants des joueurs. Une fois que toutes les questions principales soumises au vote se terminent par une égalité de trois voix contre trois, rien ne change et les tournois sont toujours en charge car ce sont eux qui font le spectacle. Aujourd’hui, c’est un outil très utile pour que les tournois conservent leur monopole et leur contrôle total sur l’ATP, les joueurs disposant de très peu de pouvoir décisionnel sur les problèmes qui affectent leur vie. »

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La solution pour faire face à ce pouvoir illimité, selon les termes du Canadien, est très claire : créer une union de joueurs, comme dans des associations telles que l’Euroligue de basketball et plusieurs autres sports, défendant les intérêts des joueurs de tennis. Cependant, il explique en détail les menaces et les obstacles inhérents à cette proposition. « L’une des menaces utilisées par l’ATP – notre propre organisation – consiste à faire taire toute tentative de formation d’un syndicat, c’est-à-dire que nous sommes des travailleurs indépendants et nous ne pouvons pas nous unir légalement sans la menace d’être poursuivis. Techniquement, il est vrai que nous pourrions être poursuivis si nous étions indépendants. Mais le sommes-nous vraiment ? Selon les statuts de l’ATP, oui, mais tout dépend de la façon dont un juge verrait l’affaire. Les joueurs pourraient-ils gagner les mêmes sommes d’argent en dehors de l’ATP ou sommes-nous des travailleurs dépendants dont le gagne-pain dépend des événements de l’ATP et des Grands Chelem ? Je préfère parier sur ce dernier. De plus, nous avons des obligations envers l’ATP et nous sommes pénalisés si nous ne jouons pas les tournois les plus importants. J’oserais donc parier qu’un juge accepterait la version des joueurs et réduirait l’autre argument en cendres. À ce moment-là, une union de joueurs pourrait être formée et un pas vers la justice et l’égalité serait franchi. » Vasek Pospisil fournit également d’autres exemples illustrant le manque de transparence de l’ATP, notamment la signature d’un contrat très lucratif dans lequel les représentants du Conseil ont été exclus de la négociation. Pour lui, la fin de son allégation est plus que claire. « Ce que je veux vraiment et ce sur quoi je travaille est parvenir à un équilibre des forces des deux côtés, afin qu’une négociation puisse avoir lieu. Je voudrais que les joueurs et les tournois s’assoient, expliquent leurs raisons et concluent des accords avantageux pour les deux parties. Je souhaite la transparence et l’égalité, rien de plus. Il est important que le tennis se développe au-delà de la petite élite des grands joueurs. Il est important de partager les bases du travail acharné des grands joueurs qui aiment le tennis. Le tennis a besoin d’un changement. »

Crédit photos : @TVASports, @TennisCanada, @theprovince, @CoupeRogers

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