Reportages

La chronique de Lou Adler #6 : la fin de la réforme de l’ITF et ma rencontre avec Venus Williams

Chers Lecteurs, voici rien que pour vous la sixième chronique de la joueuse française Lou Adler (n°578). Depuis le début de la saison, Lou écrit régulièrement sur notre blog pour vous livrer le quotidien d’une joueuse professionnelle, loin du strass et des paillettes du Top 100. N’hésitez pas à réagir à cette chronique ou à envoyer tous vos encouragements à Lou, qui prend beaucoup de plaisir à partager sa vie de joueuse de tennis avec vous !

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Comme vous le savez sans doute, le circuit secondaire de tennis est victime d’une réforme drastique depuis le début de l’année 2019. Les réclamations des joueurs mécontents, appuyées par quelques grands noms du tennis mondial, ont eu raison de l’ITF ! Il y a quelques jours, celle-ci a partagé un communiqué de presse (disponible en cliquant ICI) annonçant un retour sur la réforme mise en place depuis maintenant cinq mois.

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Le message est clair : dorénavant, l’ITF et la WTA fonctionnent ensemble pour assurer une meilleure organisation du circuit secondaire. Une difficulté majeure jusqu’à présent est que l’ITF est en charge des tournois de catégories inférieures (des 15 000 $ aux 125 000 $), ainsi que des tournois du Grand Chelem et la Fed Cup, tandis que la WTA, quant à elle, organise ses propres tournois (WTA 125, International Events tels que Strasbourg ou Shenzhen et Premiers Events tels que Indian Wells ou Madrid). Ces deux entités fonctionnant séparément et sans communication apparente, les intérêts des joueuses ne sont pas servis au mieux. Après concertation entre l’ITF et la WTA, il a donc été décidé de revenir à l’ancien fonctionnement du circuit secondaire. À partir du mois d’août, tous les tournois ITF (y compris les 15 000 $ donc) rapporteront des points comptant pour le classement WTA. Les joueuses auront de nouveau un seul classement – au lieu des deux actuels. Si les « détails » n’ont pas été encore annoncés – un ou deux matches par jour en qualifications, retour du troisième set à la place du super-tiebreak -, cela ne devrait plus tarder.

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À l’annonce de la nouvelle, beaucoup de proches de mon entourage tennistique se sont manifestés : quelle bonne nouvelle ! Une belle victoire remportée par cette communauté de joueurs et joueuses qui a su s’unir dans cette période délicate. Certes ! Une très belle nouvelle même, puisque désormais toute joueuse aura le droit de tenter sa chance sur le circuit, et ne sera plus obligée de passer par le circuit junior pour évoluer en senior. Cependant, comme exprimé précédemment, certains points de la réforme étaient, du moins sur le papier, intéressants. Terminée l’idée séduisante de mieux gagner sa vie en étant joueuse professionnelle ! Envolée la possibilité d’aller au bout d’un 15 000 $ et de participer aux qualifications d’un 25 000 $ la semaine d’après. Dommage. De plus, à titre personnel, je vais me retrouver une nouvelle fois pénalisée au niveau de mon classement (après avoir déjà perdu quasiment 100 places en janvier). Et donc terriblement frustrée par cette réforme et par la manière dont nous sommes informées de ces nombreux changements. Le manque de considération envers les joueuses est désolant.

Déjà l’année dernière, nous étions dans le flou, jusqu’à la sortie officielle du nouveau règlement en janvier, très peu d’informations avaient été communiquées. Principalement des ouï-dire, des rumeurs, sans cesse contredites. Impossible de savoir quelle stratégie adopter en terme de programmation. Lorsque la nouvelle tombe en janvier, beaucoup sont prises de court, les changements étant beaucoup plus impactant que prévus. Certaines décident même de mettre fin à leur carrière. D’autres continuent de jouer des 15 000 $, et tant pis pour le classement WTA. Enfin, d’autres, dont je fais partie, s’accrochent et font leur maximum pour se retrouver du bon côté de la barrière. Je choisis de jouer des 25 000 $. Mon début de saison est difficile. Je me déplace loin pour pouvoir avoir une chance d’être acceptée quelque part. Parfois, pour un seul tournoi. Cela représente des frais de déplacement importants, de la fatigue, du stress inutile. Je gagne peu de matches. Sans avoir à rougir puisque je joue systématiquement dès le premier tour contre des adversaires ad minima au même classement que moi, et parfois même bien plus fortes sur le papier. J’enchaîne peu de matches. La confiance est dure à trouver mais je m’accroche. Puis j’apprends il y a quelques jours que tous les points gagnés sur les 15 000 $ depuis août 2018 seront rétroactivement pris en compte dans le nouveau classement… Décidément la nouvelle n’est pas si bonne que ça.

Le mois de mai, synonyme de Roland-Garros pour tous les cadors du circuit, est la période des matches par équipe interclubs pour tous les passionnés de la petite balle jaune… Et pour une bonne partie des joueuses évoluant sur le circuit secondaire. Les matches par équipe peuvent constituer une source de revenus non négligeable, beaucoup font le choix de s’entraîner pendant cette période, de représenter leur club et ainsi, de financer quelques futurs déplacements à l’étranger. Le club dans lequel j’évolue depuis de nombreuses années a réalisé une belle saison, puisqu’avec mon équipe nous avons terminé premières de notre poule, après cinq rencontres acharnées ! Nous évoluerons dans la catégorie supérieure, en nationale 1B, l’année prochaine.

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Pour finir, je voudrais partager avec vous la très belle rencontre que j’ai faite il y a quelques jours. En effet, j’ai eu l’opportunité de m’entraîner avec Venus Williams (n°53) ! Une immense championne qu’il n’est pas nécessaire de présenter, tant ses nom, aura et palmarès sont connus de tous. Suite à son élimination à Roland-Garros, elle est restée quelques jours à Paris, et avait besoin de partenaires d’entrainement, avant de s’envoler en Angleterre pour y retrouver le gazon. Je n’avais encore jamais eu l’occasion de jouer avec quelqu’un de ce niveau. J’ai affronté par le passé d’excellentes joueuses, dont certaines font aujourd’hui partie de l’élite mondiale (Kasatkina, Mertens, Bacszinsky), mais aucune n’était à ce niveau au moment où je les ai jouées. Si je rencontre maintenant régulièrement des joueuses disputant les qualifications des tournois du Grand Chelem, pour le moment, en match officiel, je n’ai joué (et accroché !) qu’une seule membre du Top 100 il y a de cela quelques mois. Partager deux séances d’entraînement avec Venus a été pour moi très formateur, en plus d’être un pur moment de bonheur. Si sur le terrain Venus est impressionnante de rigueur et d’engagement, j’ai été frappée par sa gentillesse et son humilité dès que l’échange prend fin. J’espère que l’expérience se renouvellera !

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En attendant, c’est reparti pour un enchaînement de quelques tournois. Je suis en ce moment même dans l’avion en direction de Tel Aviv. Prête à affronter la chaleur tout autant que mes futures adversaires !

Lou Adler

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