Analyses

Roland-Garros – De Garcia à Mladenovic, les Françaises n’ont pas été à la fête

Cette année 2019 de Roland-Garros restera, malheureusement, dans les annales pour le tennis féminin français. Pour commencer, c’était la première fois depuis 2016 qu’une seule de nos représentantes figurait parmi les têtes de série. Caroline Garcia (n°22), tête de série n°24, devait se sentir bien seule dès le début du tournoi. Mais il y a eu pire : après le deuxième tour, il ne restait plus aucune tricolore en lice. Cela n’était plus arrivé depuis 1986. Trente-trois ans après cette dernière débâcle, on doit vous avouer qu’on s’en serait bien passé, parce que cela soulève plus d’une interrogation…

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Des déceptions dès le premier tour…

Dès le premier tour de ce Roland-Garros, dans le tableau féminin, il y a eu des désillusions et des déceptions pour les Françaises. À commencer par la défaite d’entrée d’Alizé Cornet (n°48), qui n’a rien pu faire pendant près d’une heure et demie (1h25) face à la Slovaque Viktoria Kuzmova (n°46), qui l’a éliminée en deux sets 6-4, 6-3. La défaite fut plus logique pour Pauline Parmentier (n°66), qui n’avait pas été épargnée par le tirage au sort, qui lui avait réservé la Néerlandaise Kiki Bertens (n°4) . Cette dernière s’est imposée en deux sets 6-3, 6-4 en 1h28. Sans oublier Fiona Ferro (n°82), qui a perdu un duel 100% tricolore face à Kristina Mladenovic (n°53) en deux sets 6-3, 7-6 (3) malgré un bon début de match et un jeu résolument offensif.

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Et puis, il y a eu les wild cards, qui n’ont pas affiché le niveau attendu et qui n’ont pas créé d’exploits. Ainsi, Jessika Ponchet (n°185) s’est inclinée dès le premier tour face à la Suissesse Belinda Bencic (n°15), en deux sets 6-1, 6-4.  De son côté, Audrey Albie (n°289) n’aura pas fait long feu, battue d’entrée par l’Ouzbèke Zarina Diyas (n°99) en deux sets 6-2, 6-2. Harmony Tan (n°265) s’est également inclinée face à la jeune américaine Amanda Anisimova (n°51) en deux sets 6-3, 6-1, alors que Chloé Paquet (n°166) échouait face à la Polonaise Magda Linette (n°87), malgré le gain du premier set, en trois manches 3-6, 6-1, 6-2. Enfin, la jeune Selena Janicijevic, âgée de seulement 16 ans et elle aussi bénéficiaire d’une wild card, n’a rien pu faire pour sa première en Grand Chelem contre une autre joueuse polonaise, Iga Swiatek (n°104), qui l’a dominée en deux sets 6-3, 6-0. Et les mauvaises nouvelles n’allaient pas s’arrêter là.

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Une véritable hécatombe lors du deuxième tour

Il restait alors trois joueuses sur qui tous les espoirs français reposaient. Diane Parry (n°457), âgée de seulement 16 ans, avait réalisé un match plein pour se défaire au premier tour de la Biélorusse Vera Lapko (n°102) en deux sets 6-2, 6-4. Mercredi, elle s’est malheureusement inclinée lors de son deuxième match. La marche était trop haute contre la Belge Élise Mertens (n°20), qui l’a éliminée en deux sets 6-1, 6-3 sur le Court n°14. De son côté, Kristina Mladenovic (n°53) avait battu sa compatriote Fiona Ferro (n°82) en deux sets 6-3, 7-6 (3) au premier tour. Mercredi, elle a été décevante face à la Croate Petra Martic (n°31), qui l’a éliminée en deux sets 6-2, 6-1 sur le Court Suzanne-Lenglen. Enfin, la n°1 française, Caroline Garcia (n°22), avait démarré tambour battant en ne passant qu’une heure et douze minutes sur le court lors de son premier tour face à l’Allemand Mona Barthel (n°86), dominée en deux sets 6-2, 6-4. Ce jeudi, tout semblait bien embarqué sur le Court Philippe-Chatrier pour son deuxième match. Opposée à la Russe Anna Blinkova (n°117), Garcia menait d’un set et un break, puis elle a mené 3-0 dans le troisième set avant de s’effondrer. Elle scellait la débâcle française sur une double faute, s’inclinant en trois sets 6-1, 4-6, 4-6. Que s’est-il donc passé pour que l’on en arrive là ?

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Un constat amer

Dans une édition mettant à l’honneur Simonne Mathieu, sacrée en 1938 et 1939, figure de la Résistance mais reléguée dans l’ombre de la « divine » Suzanne Lenglen, ses héritières font grise mine. En 1986, Alexia Dechaume, Virginie Paquet, Catherine Suire, Pascale Etchemendy, Nathalie Tauziat et Nathalie Herreman n’étaient pas parvenues à rallier le troisième tour Porte d’Auteuil. Cette année, aucune des onze joueuses tricolores qui étaient sur la ligne de départ n’a passé le deuxième tour de Roland-Garros. Un constat amer, qui soulève pas mal de questions sur l’état du tennis féminin en France. Et la sortie de Kristina Mladenovic, qui a répondu à un journaliste en conférence de presse « On est en finale de Fed Cup, la question est déplacée ! », ne suffira pas à apaiser les esprits. Directeur du haut niveau, Thierry Champion a de son côté déclaré : « C’est un bilan triste. C’est une contre-performance pour Caroline (Garcia). Les autres n’étaient pas tête de série. Toutes les wild cards n’ont pas le niveau pour intégrer les qualifications. Hormis Diane Parry qui tire son épingle du jeu. »

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Mais le problème, c’est peut-être le manque de remise en question de certaines des protagonistes, qui ne veulent pas entendre parler d’un problème dans le tennis féminin français. « C’est un truc de journalistes », a ainsi balayé Caroline Garcia en conférence de presse. « Vous et vos chiffres, vous vous y retrouvez. » Pas question pour la n°1 tricolore d’extrapoler après son élimination. « Je suis déçue, comme le public français, de l’absence de Françaises au troisième tour, et probablement plus que lui car moi je suis sur le terrain », a-t-elle ajouté. « Mais, à part ça, je ne sais pas quoi dire sur le sujet. » Avant le début du tournoi, Julien Benneteau, le capitaine de Fed Cup, prévoyait « il y aura deux Françaises au mieux en deuxième semaine », pensant certainement à Garcia et Mladenovic. Lui aussi doit être déçu. « C’est notre niveau actuel dans le tennis féminin », a tranché Thierry Champion. « Aujourd’hui, on n’a plus de joueuses en qualifications pour les tournois du Grand Chelem. C’est une réalité. Et on n’a que cinq joueuses dans le top 100. C’est aussi une réalité. » De son côté, Pierre Cherret (le Directeur Technique National) a remis en cause ses prédécesseurs. « On a perdu une génération ! », a-t-il fustigé. « On a fermé les pôles (France), on a fermé l’Insep. On a gardé quelques joueuses au Centre national d’entraînement (CNE) sans construire un système à côté, et aujourd’hui on récolte ça. » Pour adoucir la note, la FFT met l’accent sur un futur qu’elle espère brillant. Une « génération Paris 2024 » incarnée par Diane Parry ou d’autres jeunes pousses qui percent sur le circuit junior. « Il faut absolument avoir de la densité chez les jeunes pour élever le niveau du tennis français », a martelé le DTN. « Cette densité, on ne l’avait plus depuis très longtemps. » Comble de ce sport formidable, au mois de novembre, les Bleues iront en Australie tenter de remporter leur premier titre en Fed Cup depuis 2003. « On sait que c’est jouable », a assuré Thierry Champion, « donc, forcément, on va là-bas pour gagner. » On appelle cela l’arbre qui cache la forêt.

Crédit photos : @rolandgarros, @FFTennis

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