Interviews

Rencontre avec… Lou Brouleau

À 23 ans, Lou Brouleau a remporté il y a quelques jours le titre le plus important de sa carrière. C’était au tournoi ITF de Monastir (Tunisie, W15, dur extérieur). Auparavant, elle n’avait remporté que des 10 000 $, quand ces tournois existaient encore sur un circuit secondaire en pleine mutation aujourd’hui. Nous avons profité de cette occasion pour interviewer cette joueuse trop inconnue du grand public, qui a les idées bien en place malgré quelques doutes parfois. Avec elle, nous avons évoqué son récent titre, son parcours, son avis sur les affaires de matches truqués et sur l’évolution du circuit ITF. Partez avec nous à la rencontre de Lou Brouleau.

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Bonjour Lou, vous avez remporté votre septième titre ITF à Monastir dimanche dernier, le premier dans un 15 000 $, qu’avez-vous ressenti au moment de la victoire ?

Je suis très heureuse et fière d’avoir remporté ce septième titre. C’est mon premier 15 000 $, oui. Mais plus parce qu’il n’existe plus de 10 000 $ à ce jour. J’ai bien travaillé cet hiver, alors j’étais surtout satisfaite que mon travail paye déjà.

En demies et en finale, vous avez affronté des joueuses françaises, est-ce plus difficile que de jouer contre une autre joueuse ? Avez-vous réussi à contrôler vos émotions ?

C’est toujours délicat de jouer une joueuse que l’on connaît, avec qui souvent, on est amies mais ça fait partie du jeu aussi. On s’est retrouvées à partir des demi-finales donc je ne crois pas que ce soit vraiment gênant.

La semaine suivante, vous avez encore joué le même tournoi en Tunisie, faites-vous cela pour avoir moins de frais ? N’est-il pas difficile de recommencer à jouer le même tournoi après l’avoir remporté ?

51616990_2314734788545223_4216665407924207616_nJ’ai décidé d’enchaîner car les conditions ici me permettaient de ne pas changer de repères. Je sors de plusieurs semaines d’entraînement alors je voulais jouer des matches. C’est jamais évident de se relancer quand on a gagné mais on a aussi de la confiance accumulée. Il faut simplement tourner la page et se mettre en tête que c’est un nouveau tournoi qui commence. Question frais, ça nous revient cher de rester dans des all inclusives si on ne joue pas très bien mais sinon je dirais que c’est plus une question de facilité.

Quel regard portez-vous sur les changements qui se sont opérés cette année sur le circuit ITF avec le Transition Tour ? Cela simplifie-t-il la vie des joueuses ou est-ce le contraire ?

C’est assez compliqué. On a eu beaucoup de changements mais surtout ils ont été très soudains. Pour le moment, tout le monde est un peu surpris. On n’a pas vraiment eu ce temps de transition qui aurait fait du bien à tout le monde. Je pense que s’il y a des changements, c’est que le système avait besoin d’évoluer. Il y a forcément des aspects à revoir mais je ne me pose pas trop de questions. Je joue ce que je peux jouer. Changement de règlement ou pas.

De par ces changements, vous devez composer avec deux classements (ITF et WTA). Vous êtes pas loin des 100 à l’ITF, et 646ème à la WTA. Savez-vous à partir de quel classement vous pouvez commencer à jouer des 25 000 $ ? Cette progression avec deux classements vous convient-elle ?

Je suis actuellement Top 100 ITF avec les derniers résultats et 680 à la WTA. Vu que je ne joue pas de 25 000 $, mon classement chute. Il faudrait être dans les 30 meilleures joueuses ITF pour espérer pouvoir rentrer dans les tableaux des 25 000 $. Le fait qu’il y ait deux classements n’est pas absurde. Le seul problème est qu’il resserre beaucoup trop les niveaux et qu’il est un peu radical.

Vous sentez-vous prête à passer à la catégorie supérieure dans les mois à venir et à tenter votre chance sur des 25 000 $, où la concurrence est d’autant plus rude avec cette réforme ?

53563796_271610663734524_5391121315912482816_nLa concurrence est devenue plus rude due à la réforme oui, sans l’ombre d’un doute. Je pense que gagner un 15 000 $ va vraiment être une référence. Pour le moment, le fait d’être tête de série ou non ne veut pas forcément dire que vous êtes protégés. J’espère bien jouer en 15 000 $ pour me donner la possibilité de partir vers mi-mai sur des 25 000 $. Pour le moment, je ne rentre pas en étant 680 WTA mais peut-être que l’été laissera de bonnes surprises et que ce dernier classement me permettra d’intégrer les qualifications.

Avec qui vous entraînez-vous ? Avez-vous un entraîneur qui vous suit au quotidien sur les tournois, ou vous entraînez-vous avec d’autres joueuses (françaises ou étrangères) sur place ?

Je m’entraîne en Espagne avec Axel Tabarot. Il ne me suit pas toujours en tournoi et encore moins cette année mais on essaye tous les deux de trouver des moyens financiers pour qu’il puisse me suivre. Je m’entraîne seule dans un grand club, mais par chance il y a beaucoup de joueurs et joueuses à Madrid, ce qui me permet de souvent jouer avec quelqu’un d’autre.

Il y a quelques semaines, une affaire a fait grand bruit dans le tennis français : les matches truqués. Avez-vous déjà été approchée, et si tel est le cas, comment avez-vous réagi ? Que pensez-vous du fait que certains joueurs puissent craquer et se laisser prendre dans les filets des parieurs ?

J’ai forcément eu écho de cette affaire. Je n’ai jamais été approchée en tant que joueuse pour truquer mon match mais je connais beaucoup de joueurs qui l’ont été. Je peux comprendre que des joueurs craquent. Pour ma part, je ne m’y retrouverais pas en tant que joueuse, sauf que les offres sont souvent ridiculement plus élevées que ce qu’on peut gagner. Je pense que le problème vient des paris et du peu d’argent que l’on gagne.

Finissons sur une note un peu plus personnelle. Rencontrez-vous parfois des difficultés dans votre métier de joueuse professionnelle (financières, humaines ou autres) ?

Je pense que le métier de joueuse de tennis professionnelle est très solitaire. Surtout au niveau actuel, auquel je suis. C’est beaucoup de sacrifices car financièrement peu d’oxygène et donc je voyage toute l’année seule, je me remets en question seule, je mange seule, etc. Il faut essayer d’y voir les bons côtés et de toujours garder ses objectifs en tête.

Comment gérez-vous votre vie au quotidien ? N’est-il pas trop lourd de voyager tout le temps et d’être loin de chez soi une grande partie de l’année ? Est-il facile de se faire des amies, de créer des liens avec les gens qui vous entourent sur le circuit ?

53357787_303682926963177_3245220625354063872_nC’est une bonne question. Il y a quelques mois, j’ai voulu tout arrêter. La solitude me pesait, mon compte bancaire était à sec, mes parents ne pouvaient plus m’aider et puis je me suis dit que je ne pouvais pas arrêter sans avoir essayé cette année de changements. Je ne pouvais pas m’arrêter alors que je me sentais de mieux en mieux tennistiquement et j’ai décidé, en accord avec mes parents, de partir sur une année entière. J’ai donc par ailleurs décidé de partir dans des endroits où j’avais plus ou moins des amies avec qui on puisse partager les voyages, les entraînements, les matches. Je pense que le lien avec les autres joueuses dépend surtout de son caractère. Je pense être assez tranquille et j’essaye de m’entourer du mieux que je peux tout en ayant conscience que je dois aussi penser à moi en priorité, car ce sport est on ne peut plus individuel.

Pour finir, quelles sont vos craintes en tant que joueuse professionnelle ? Et quelles seraient vos envies ?

Au fil du temps, je n’ai plus vraiment de craintes. Aujourd’hui, le côté financier est ce qui me préoccupe le plus. J’aimerais pouvoir payer mon loyer, débarrasser le poids de mes parents à épargner pour moi et non dans une maison. J’aimerais pouvoir voyager avec mon entraîneur et m’assurer que je pourrai encore jouer l’année prochaine. Tous ces aspects me font grandir, me font gagner en maturité. J’essaye de faire de mon mieux pour être tranquille sur le terrain et je me sens plutôt bien en ce début d’année. Je n’ai jamais aimé la facilité mais il est vrai que des sponsors m’aideraient dans ma carrière et dans ma vie de jeune femme.

Merci Lou d’avoir accepté de répondre à nos questions, nous vous souhaitons le meilleur pour la saison 2019 !

Propos recueillis par Yannick Giammona pour « Jeu, Set Et Match »

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