Analyses

Peut-on expliquer le renouveau de Lucas Pouille à l’Australian Open par un « effet Mauresmo » ?

Ce mercredi, Lucas Pouille (n°30) s’est qualifié pour sa première demi-finale à l’Australian Open, lui qui n’avait jamais dépassé le premier tour à Melbourne depuis sa première participation en 2014. Le Nordiste se donne ainsi le droit d’affronter ce qui se fait de mieux dans notre sport, le n°1 mondial Novak Djokovic, qui a remporté les deux derniers tournois du Grand Chelem de l’année 2018 (Wimbledon et l’US Open). Après une saison 2018 loin de son potentiel, où il n’a pas fait mieux qu’un troisième tour en Grand Chelem (Roland-Garros et US Open) et où il est largement descendu au classement (14 places de perdues en une saison), le Tricolore revit. Une personne semble en être la cause, même si c’est bien le joueur qui travaille à l’entraînement et joue sur le court. Cette personne, c’est Amélie Mauresmo, qui entraîne Lucas Pouille depuis l’inter-saison. Mais alors, peut-on dire que c’est grâce à l’ancienne n°1 mondiale que le Français connaît un certain renouveau ?

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2018 : de déceptions en déceptions…

Malgré un cinquième titre sur le circuit ATP remporté au tournoi ATP 250 de Montpellier en février 2018, la saison de Lucas Pouille a globalement été en demi-teinte et décevante. Surtout dans les rendez-vous majeurs. Défait au premier tour de l’Australian Open, il n’avait fait guère mieux au Masters 1000 d’Indian Wells, perdant dès son entrée en lice au deuxième tour et déclarant ensuite forfait pour le Masters 1000 de Miami. Une éclaircie était attendue sur terre battue mais hormis sa belle prestation en Coupe Davis au mois d’avril contre l’Italie de Fabio Fognini, le Nordiste avait déçu. Défaites aux premiers tours à Monte-Carlo et Budapest, les choses ne s’arrangeaient guerre pour Lucas qui arrivait en manque de confiance à Roland-Garros. Il parvenait tout de même à rallier le troisième tour, mis il s’inclinait sèchement en trois sets face au Russe Karen Khachanov. La confiance allait revenir sur le gazon de Stuttgart, mais il échouait en demies face à Milos Raonic dans un tournoi où il était tenant du titre. Ce regain de confiance était pourtant fragile : en effet, le Tricolore allait perdre dès le deuxième tour à Wimbledon face à l’Autrichien Dennis Novak. Il n’allait pas connaître un bien meilleur été, conclu par un troisième tour à l’US Open où il échouait contre le Portugais Joao Sousa. Des adversaires à chaque fois à sa portée, et la confiance qui chutait encore… La fin de saison du Français, on la connaît : une défaite cruelle en Coupe Davis où il n’avait pas joué le vendredi mais où il perdait le dimanche le match de la survie face à Marin Cilic (6-7 (3), 3-6, 3-6). Ainsi, le 6 décembre 2018, quelque temps après avoir perdu cette dernière véritable finale de Coupe Davis avec la France, Lucas Pouille annonçait qu’Amélie Mauresmo devenait sa nouvelle coach pour l’année 2019.

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Apprendre à se connaître

En fin de saison 2018, Lucas Pouille avait  glissé du Top 10, où il était entré le 19 mars dernier (n°10), aux portes du Top 30. Il s’est alors tourné vers Amélie Mauresmo, pourtant nommée comme nouvelle capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis. Au début de leur collaboration, il faut avouer que les deux ne se connaissaient pas vraiment. Lui croit en « son expérience en tant que joueuse et entraîneur. » Elle est convaincue par sa « détermination à mettre toutes les chances de son côté pour reprendre son ascension après une période difficile. »

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Pendant l’inter-saison, Pouille et Mauresmo sont partis s’entraîner à Dubaï, où le Français a un pied à terre. L’ancienne n°1 mondiale lui a-t-elle redonné le goût de l’effort, où est-ce un simple discours qui a permis à Pouille de reprendre sa marche en avant ?  Mystère, et on ne peut pas dire que les débuts de leur collaboration fut fructueuse. Lors de la Hopman Cup, à Perth, Lucas a enchaîné trois défaites de rang face à Matthew Ebden, Alexander Zverev et David Ferrer. Pire, il a enchaîné ensuite au tournoi ATP 250 de Sydney par un quatrième revers en perdant d’entrée contre le Russe Andrey Rublev (2-6, 3-6). Autant dire que nous ne misions pas sur lui pour le premier Grand Chelem de la saison ! Souvenez-vous, dans un article consacré aux défaites chroniques du Tricolore et de ses compatriotes féminines Kristina Mladenovic et Caroline Garcia, nous ajoutions qu’il en était à sept défaite de rang depuis la fin de saison 2018. À Sydney, Pouille commentait même : « Je sais que ça ne va pas revenir en claquant des doigts. Il va falloir repasser par des moments compliqués en travaillant et en s’arrachant. » Comment expliquer cette métamorphose qui s’est donc réalisée sur un tournoi, en l’espace d’une dizaine de jours ?

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L’apport mental de Mauresmo et l’importance des mots

Notons tout d’abord cette envie retrouvée, qui avait abandonnée le joueur de 24 ans depuis de longs mois. Tout comme le sérieux qui va avec. « J’avais lâché en termes de rigueur, d’investissement » a-t-il récemment déclaré. « J’allais à l’entraînement mais je n’y étais pas vraiment, le travail n’était pas fait comme il devait. Je ne me sentais pas très bien personnellement et il y avait une fatigue mentale. » Avant d’ajouter : « Quand je suis arrivé à Indian Wells (en mars 2018), je ne pouvais plus voir ni une balle ni une raquette, je n’avais pas envie de jouer. J’ai joué quand même, puis je suis rentré m’entraîner dur pour la Coupe Davis. J’ai donné tout ce que j’avais ce week-end là et après, j’étais un peu perdu. Je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire : m’entraîner, partir en vacances… Je n’appréciais pas vraiment le temps que je passais sur le court. Tu perds un match, un deuxième et ça devient difficile de revenir.  » Il faut ainsi comprendre son choix de faire appel à Amélie Mauresmo comme une volonté ferme de se reprendre en main et de trouver des solutions « pour ne pas revivre une année comme celle-là. » Sur le terrain, Pouille et Mauresmo ont travaillé sur trois points importants : le service, le retour (« trente à quarante minutes par entraînement ») et la justesse dans le jeu. Au service, il s’agit d’avoir un « pourcentage élevé » de premières balles, de travailler la précision et la variation et non de frapper « systématiquement à 210 km/h. » Dans le jeu, l’idée est de devenir « beaucoup plus régulier en fond de court » et d’apprendre à « être patient. »

Mais surtout, à notre avis, l’apport d’Amélie Mauresmo est mental. Et nous ne sommes pas les seuls à penser cela. « Ça m’a rassuré de voir que pour Amélie, ce n’était pas grave, que ça ne changeait rien, qu’elle avait confiance en moi et qu’elle allait continuer. Ça m’a fait du bien », a confié le joueur lui-même. On le sait, Amélie est une personne intelligente, qui sait trouver les mots pour rassurer le Nordiste et lui redonner la confiance qui lui manquait la saison passée. Chassées les « pensées négatives » et la « tête basse ». Comme s’en est réjouit Pouille après sa qualification pour les quarts de finale lundi : « Je m’éclate sur le court, je prends beaucoup de plaisir dans la bagarre. »

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Ce qui lui a encore réussi ce mercredi pour battre Milos Raonic (n°17) en quatre sets 7-6 (4), 6-3, 6-7 (2), 6-4 après à peine plus de trois heures de jeu. Pour finir sur ses mots, qui rendaient honneur à son nouveau coach : « Ils (les autres joueurs) devraient (engager une femme comme entraîneur) ! Elle a le bon état d’esprit, elle sait tout sur le tennis. Il ne s’agit pas d’être une femme ou un homme. Peu importe, vous devez juste savoir ce que vous faites. Et elle le fait. » Une sorte d’hommage et de démonstration qu’il a envie de continuer à avancer et à progresser vers les sommets avec elle.

Crédit photos : @AustralianOpen, @francetvsport, @FFtennis, @UcheAmako

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