Reportages

Les circuits Challenger et ITF en pleine mutation, même Federer et Nadal en sont passés par là

Sur notre blog, nous faisons le point toutes les semaines sur les résultats des Françaises et des Français dans toutes les catégories de tournois. Mais savez-vous vraiment pourquoi il existe des tournois ATP et WTA, des tournois Challenger et des tournois ITF ? Nous allons tenter ici de vous expliquer les différences entre ces trois niveaux de tournois, en vous détaillant aussi les changements qui vont arriver dès 2019 pour les tournois des circuits Challenger et ITF. Par ailleurs, nous verrons dans ce reportage que quasiment tous les joueurs passent par toutes les catégories de tournois dans leur carrière, car c’est un passage presque obligé pour faire la transition entre le circuit Juniors et le monde professionnel. Imaginez-vous que même des champions qui ont tout gagné, comme Roger Federer et Rafael Nadal, ont un jour joué sur le circuit Challenger ! Mais ce n’est pas un sinécure et il arrive parfois que des joueurs aient du mal à joindre les deux bouts en restant coincés dans les méandres de cette jungle tennistique. Voilà aussi pourquoi l’ATP, la WTA et l’ITF ont travaillé ensemble pour modifier ces circuits secondaires et laisser une chance aux jeunes de se faire une place parmi les meilleur(e)s. Focus sur ces circuits dits secondaires, où les joueuses et les joueurs de talent ne manquent pas.


Le circuit Challenger et le circuit ITF : kesako ?

Challenger, ITF, ATP… Vous vous y perdez peut-être parfois avec tous ces noms barbares et ces sigles ! Ce qu’il faut savoir, c’est que le circuit masculin est divisé en trois catégories : les tournois du circuit ATP (avec là encore des catégories de tournois selon les points qu’ils rapportent au vainqueur), les tournois Challenger et les tournois ITF, aussi appelé circuit Futures. C’est bon, vous suivez ? C’est trois catégories ne sont pas destinées à tous les joueurs, bien que potentiellement ils peuvent tous y participer. En fait, c’est le classement d’un joueur qui va le pousser à jouer dans telle ou telle catégorie. Les tournois ATP seront donc réservés aux meilleurs joueurs mondiaux. Ensuite, les tournois Challenger regroupent des joueurs classés autour de la 100ème place, jusqu’à la 250ème place mondiale (on peut parfois même y trouver des joueurs classés entre la 50ème et la 100ème place mondiale, tout dépend des tournois). Enfin, vous l’aurez compris, les tournois Futures sont plutôt joués par des joueurs classés au-delà de la 250ème place mondiale. Voilà pour l’organigramme des tournois professionnels au niveau masculin. Chez les dames, il y a peu de différences. On retrouve le circuit principal, avec les tournois WTA, un tout petit circuit Challenger (qui correspond aux tournois WTA 125k, pour des tournois dotés de 125 000 dollars, qui est assez peu développé pour l’instant) et enfin la catégorie des tournois ITF. Ce qu’il faut savoir désormais, c’est que le circuit Challenger masculin (dirigé par l’ATP) et le circuit ITF vont connaître quelques évolutions dès la saison prochaine.

Dixt7zgX0AAlKLJ

Le but des changements au sein du circuit Challenger est, pour le patron de l’ATP Chris Kermode, « d’améliorer le parcours des joueurs, la viabilité du tennis professionnel aux niveaux inférieurs. Ce sont des changements significatifs qui conduiront à une réelle amélioration de l’ATP Challenger Tour. Nous cherchons à offrir plus de possibilités de gains aux joueurs. Ces modifications représentent un pas important et qui va dans la bonne direction pour notre sport. » Voici donc les principales modifications qui seront mises en place dès la saison prochaine : les tableaux des tournois Challenger passeront de 32 à 48 joueurs avec des qualifications à 4 joueurs avec seulement 2 qualifiés pour le tableau principal. Par ailleurs, les tournois se dérouleront sur sept jours, du lundi au dimanche, y compris les qualifications, afin d’éviter les chevauchements entre les tournois. Tous les tournois proposeront l’hospitalité (le fameux +H) et tous les joueurs des tableaux principaux toucheront un prize-money. Enfin, cinq catégories de Challenger vont être crées, qui correspondent aux points attribués au classement ATP : ATP Challenger 70, 80, 95, 110 et 125. Les joueurs auront ainsi de meilleures conditions d’accueil, avec un accès aux soins ou encore plus de terrains d’entraînement disponibles.

DMoi1lEWAAEOBkY.jpg

 

En ce qui concerne le circuit ITF, il va également subir quelques changements en 2019.  Le classement ATP rassemble de nombreux joueurs qui ont réussi à gagner au moins un point (c’est-à-dire un match dans un tournoi Futures). Ainsi, il est de plus en plus difficile pour les jeunes de faire la transition vers le niveau professionnel, de gagner plus d’argent et de rivaliser pour atteindre un classement plus élevé. L’ITF a effectué une recherche et les résultats sont dévastateurs, prouvant qu’environ 600 hommes et femmes seulement pouvaient atteindre l’équilibre financier, sans tenir compte des coûts d’entraînement ! Ils ont dû réagir et proposer une solution qui permettrait aux juniors et aux joueurs un peu plus âgés d’atteindre plus facilement les meilleures positions sur les listes ATP et WTA et d’augmenter leurs gains. En mars 2017, l’ITF avait dévoilé les premières lignes de ce qui allait devenir un circuit de transition (le Transition Tour) en 2019. Tout d’abord, la nouvelle structure aura un caractère localisé, réduisant les dépenses des joueurs et des organisateurs. En outre, l’ITF réfléchit à la situation mondiale en s’efforçant de faire connaître le tennis professionnel aux quatre coins de la planète. Les trois organismes gouvernementaux (ITF, ATP et WTA) se sont mis d’accord sur la nouvelle structure qui débutera à partir de la saison prochaine. L’objectif principal est de réduire le nombre de joueurs professionnels à environ 1500, 750 dans les catégories hommes et femmes au niveau des 25 000 $ ou au-dessus. Les joueurs gagneront des points d’entrée ITF et les utiliseront pour gagner plus facilement leur place dans les tirages au sort professionnels. Le World Tennis Tour de l’ITF, comme il sera nommé, débutera la première semaine de la nouvelle saison avec des épreuves masculines de 25 000 $ à Hong Kong et à Los Angeles. Il devrait être intéressant de voir comment tout fonctionnera, car l’ITF a veillé à sécuriser les changements cruciaux qui donneront aux jeunes la possibilité de prouver leur qualité et de participer ensuite aux tournois Challenger et ATP.

Repasser par la case Challenger quand on a été blessé ou quand on est en manque de résultats

En 2018, les exemples de joueurs ayant été blessés et qui sont redescendus au classement n’ont pas manqué. Pour se refaire une santé, pour reprendre le rythme de la compétition ou pour glaner de précieux points afin de remonter au classement ATP, ces joueurs qui ont été au top n’hésitent pas à repasser par la case Challenger. Au mois de janvier, le Japonais Kei Nishikori en est passé par là. Il a joué deux tournois Challenger, s’imposant même lors de son deuxième tournoi à Dallas ! Cela lui a permis de se remettre dans le bain après une longue blessure et il a ensuite atteint les demi-finales du tournoi ATP 250 de New-York. Il est ensuite reparti du bon pied et il est aujourd’hui remonté à la onzième place mondiale. L’Australien Bernard Tomic, retombé dans les affres du classement après de nombreux déboires, tant physiques que mentaux, a écumé cette année le circuit Challenger, s’imposant à Mallorca au début du mois de septembre. Cela lui a permis de reprendre de la confiance et il a même enchaîné avec une victoire au tournoi ATP 250 de Chengdu quelques semaines plus tard ! Tomic est aujourd’hui revenu dans le Top 100 à la 83ème place mondiale. On pourrait aussi citer le Français Gaël Monfils, qui n’a pas hésité à aller jouer au mois de septembre le Challenger de Kaohsiung, qu’il a remporté pour lancer sa tournée asiatique, ou encore Jo-Wilfried Tsonga, redescendu au-delà du Top 100 et qui  devait jouer le Challenger d’Orléans avant de retourner sur le circuit ATP. Enfin, des vétérans comme l’Espagnol David Ferrer ou le Croate Ivo Karlovic, en manque de sensations et qui sont eux aussi redescendus au classement, ont l’humilité de rejouer sur ce circuit secondaire, eux qui ont connu jadis la gloire des plus grands courts du monde entier.

DVMXLfuU8AACNbz.jpg

Si on remonte dans le temps, on pourrait trouver d’autres exemples. En 2009, le Français Richard Gasquet était contrôlé positif à la cocaïne lors du tournoi de Miami. Et même s’il a toujours nié en avoir pris, mettant en cause une jeune fille qu’il fréquentait à l’époque (nous n’allons pas revenir sur cet épisode douloureux) et s’il a ensuite été blanchi par le TAS, il n’empêche qu’il avait écopé de deux mois et demi de suspension et qu’il était retombé au classement ATP. Classé 7ème mondial avant cette affaire, il n’était plus dans le Top 50 à son retour à la compétition. Le Tricolore avait eu du mal à repartir de l’avant, cette affaire le touchant plus moralement que tennistiquement. En 2010, il n’avait donc pas hésité à retourner sur le circuit Challenger pour refaire ses armes et grappiller des points qui lui ont permis par la suite de remonter au classement et de se refaire une place parmi les meilleurs. Même chose en septembre 2017, quand Gasquet a remporté le tournoi de Szczecin, en Pologne, pour se refaire une petite santé mentale et physique.

DJ8YzwWX0AEWcPJ.jpg

 

La même chose se passe, à un niveau moindre, sur le circuit ITF. Des joueurs qui sont retombés encore plus loin au classement, qui avaient pour habitude d’écumer les tournois ATP 250 ou même les tournois Challenger, vont repartir sur le circuit ITF suite à une blessure ou à toute autre raison pouvant expliquer une chute au classement. Quand un joueur professionnel se blesse, il est parfois difficile de retrouver tout de suite la confiance et d’être à son meilleur niveau dès son retour sur les terrains. Voilà pourquoi l’humilité est un aspect important de la personnalité du joueur, qui lui permettra d’être clairvoyant et d’accepter de jouer sur l’un ou l’autre des circuits secondaires. Nous pourrions encore multiplier les exemples, mais nous pensons que vous avez compris le principe. Le circuit secondaire, que ce soit les tournois Futures ou les tournois Challenger, sont aussi l’occasion pour de jeunes joueurs de se faire connaître et de progresser petit à petit dans le monde professionnel, avant de rêver un jour pouvoir affronter les plus grands joueurs sur les plus grands courts…

Le circuit secondaire, un passage difficile mais obligé pour atteindre le plus haut niveau

Le 24 septembre 2001 restera à jamais une date importante pour le n°1 mondial Rafael Nadal. Alors âgé de seulement 15 ans, le Majorquin marquait ses premiers points ATP après avoir remporté son premier match dans un Challenger à Séville, en Espagne. À ses débuts sur le circuit professionnel en 1998, Roger Federer (n°3) est lui aussi passé par la case Challenger. Il a même remporté son premier tournoi dans cette catégorie en France, à Brest, au mois d’octobre 1999. Cela montre bien que les jeunes joueurs doivent forcément passer par ces tournois des circuits secondaires pour progresser dans le monde professionnel. Au sortir de leurs parcours chez les Juniors, les joueurs commencent par disputer des tournois sur le circuit ITF, où ils vont se frotter à des joueurs classés au-delà de la 250ème place mondiale. Puis, quand ils vont progresser, ils pourront se frotter au circuit Challenger, où ils joueront des joueurs classés entre la 250ème et parfois jusqu’à la 50ème place mondiale. Ce n’est pas une étape facile car le fossé entre le circuit Juniors et le circuit professionnel est grand. Le Serbe Novak Djokovic en a récemment parlé.

BVzDD_OIUAAGApA

Lors d’une récente conférence de presse, Novak Djokovic (n°2) a révélé ce qui était le plus difficile à surmonter lors de cette transition du circuit Juniors au circuit professionnel. « Il est vraiment très difficile de passer du du circuit Juniors au circuit professionnel, car il faut passer par ce brise-glace, comme on peut l’appeler : les Futures et les Challengers, le niveau inférieur des tournois professionnels où tu n’as pas la chance de jouer dans de très beaux endroits, tu n’as pas les meilleures conditions », a admis le Serbe. « Mais vous devez passer par là. Cela vous rend beaucoup plus fort. C’est là, je suppose, que vous développez également votre mentalité. Vous devenez plus fort mentalement. Si vous parvenez à franchir cette étape, il vous suffit de vous classer parmi les cent premiers. Je pense qu’aujourd’hui, c’est plus difficile qu’il y a peut-être cinq ou dix ans. » Parlant des différences entre le passé et le présent, en particulier de la nature exigeante de ce sport, Djokovic a par ailleurs déclaré : « C’est beaucoup plus physique que ça ne l’était et tout le monde travaille très dur. La technologie a également beaucoup évolué. Vous avez de bonnes raquettes, de bons cordages. Il y a de bons frappeurs. Vous devez être au top de votre forme et vous devez être très investis pour être l’un des meilleurs. »

Crédit photos : @ATPChallenger, @LesoirSports, @sports_fr, @MichalSamulski, @davidjnadal

À LIRE AUSSI :

Karen Khachanov, la naissance d’un nouveau tsar à Paris ?

Une semaine en Challenger : Antoine Hoang ouvre son compteur alors que Jordan Thompson enchaîne

3 réflexions au sujet de “Les circuits Challenger et ITF en pleine mutation, même Federer et Nadal en sont passés par là”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s