Analyses

La Laver Cup de Roger Federer : exhibition ou compétition sérieuse ?

Quand on voit la joie de la Team Europe (composée entre autres de Roger Federer et Novak Djokovic) au moment de soulever cet immense trophée créé spécialement pour la Laver Cup, une question nous brûle les lèvres. On se met à se demander si cette exhibition, qui n’apporte aucun point à l’ATP mais un chèque bien fourni, en est vraiment une pour les joueurs. Jouent-ils un rôle pour amuser le public ou se laissent-ils prendre au jeu ? Parfois sérieux sur le court, parfois cantonnés au rôle de faire-valoir ou de supporter numéro un de l’acteur principal de la rencontre en cours, nous ne savons plus trop où placer cette compétition. Qui en est bien une, avec des règles bien définies bien que différentes des tournois traditionnels. Alors, qu’en pensez-vous ? Roger Federer a-t-il créé un théâtre où les joueurs peuvent exprimer tous leurs talents de comédien, ou est-ce une compétition à part entière qui finira par s’ancrer dans le calendrier ?

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Un format inhabituel qui s’éloigne des tournois traditionnels

Quand on jette un œil attentif au format de la Laver Cup, on se rend compte tout de suite que cela n’a rien à voir avec un tournoi traditionnel. La compétition, qui s’étend sur trois jours, du vendredi au dimanche, est censée monter en intensité. Pour cela, les matchs ne rapportent pas le même nombre de points. Ainsi, le vendredi – avec trois simples et un double -, chaque rencontre gagnée rapporte un point à son équipe. Le samedi – toujours trois simples suivis d’un double -, chaque rencontre rapporte cette fois deux points. Enfin, le dimanche doit être le point d’orgue du tournoi, le jour où tout peut basculer. En effet, il y a encore une fois quatre rencontres, mais on débute par le double et ensuite les trois simples (si besoin est). Chaque rencontre rapporte là trois points, et la première équipe arrivée à 13 points sur le total des trois jours remporte le trophée. Ainsi, comme ce fut le cas cette année, le tournoi peut se terminer avant le quatrième match du dimanche. En effet, ce dimanche la Team Europe a atteint les 13 points avant même le match 12 qui devait opposer Novak Djokovic à Nick Kyrgios. Nous espérons ne pas vous avoir perdu avec ces quelques détails techniques…

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Par ailleurs, on peut noter que les meilleurs joueurs de chaque équipe ou les plus spectaculaires en terme de spectacle sont censés jouer le samedi et le dimanche, pour assurer le spectacle. Ainsi, Grigor Dimitrov, David Goffin et Kyle Edmund n’ont joué en simple qu’un seul match, le vendredi. Tout comme, du côté de la Team World, Frances Tiafoe, Jack Sock et Diego Schwartzman. Certes, tout le monde joue mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. En effet, les joueurs les mieux classés ou les plus spectaculaires étaient censés jouer deux matchs en simple, le samedi et le dimanche. Parmi eux Roger Federer, Alexander Zverev et Novak Djokovic (qui n’a joué qu’une fois puisque le match 12 ne s’est pas disputé) du côté des bleus, ainsi que John Isner, Kevin Anderson et Nick Kyrgios (même chose que Djokovic, il n’a pas disputé le match 12) du côté des rouges. Comme par hasard, le dernier match, qui aurait pu être décisif et décider du sort de cette Laver Cup 2018, était censé opposer l’homme en forme du moment à celui qui est le plus fantasque du circuit masculin ! Si ce n’est pas un premier signe que cette compétition est prise au sérieux par les protagonistes eux-mêmes…

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Des joueurs aussi sérieux que dans une grande compétition officielle

Si nous avons pu voir des coups spectaculaires ou encore des joueurs jouer un rôle sur le banc de touche quand ils supportaient leurs petits copains, nous avons aussi vu des joueurs sérieux, voire très sérieux sur le court. Prenez l’exemple d’Alexander Zverev. Certes, l’Allemand n’est pas le plus expressif sur un court. Pourtant, nous avons pu le voir aussi sérieux que lorsqu’il dispute un Masters 1000 ou un match en Grand Chelem. Il n’y a qu’à voir sa joie lors de sa victoire face à Kevin Anderson (6-7 (3), 7-5, 10/7), qui donnait les trois points décisifs à la Team Europe ce dimanche.

Même chose pour Roger Federer, qui a tout de même sauvé deux balles de match dimanche contre John Isner avant de s’en sortir au super tie break du troisième set (6-7 (5), 7-6 (6), 10/7) ! Et que dire de l’altercation entre Nick Kyrgios / John McEnroe (le capitaine de la Team World) et l’arbitre sur une erreur (certes énorme) de ce dernier en faveur des bleus ? Encore une fois, on se demande si les joueurs et l’ancienne gloire du tennis américain ne jouaient pas un rôle. Mais ils avaient l’air tellement à fond et tellement touchés par cette erreur de jugement ! Comme à ses plus grandes heures, McEnroe a élevé la voix pour faire comprendre à l’arbitre de chaise qu’il n’était pas d’accord. À voir son air boudeur pendant les minutes qui ont suivies, dur de croire qu’il jouait complètement un rôle… Dernier élément, le rôle des uns et des autres sur le banc de touche. Pendant les différents matchs, on a pu voir Federer se muer en coach. Il n’a cessé de conseiller ses rivaux habituels, comme Djokovic ou Zverev. Preuve qu’il voulait les booster et les voir gagner. De l’autre côté, c’est Kyrgios qui s’est mué en partenaire idéal. En plus de distiller quelques conseils, il n’a pas hésité à porter sa bouteille d’eau à John Isner, par exemple.

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Alors, les joueurs se laisseraient-ils prendre au jeu ou considèrent-ils encore qu’ils jouent une exhibition ? Là encore, il y a deux sons de cloche. D’un côté, nous avons la Team World, composée de beaucoup de jeunes joueurs comme Jack Sock (26 ans), Frances Tiafoe (20 ans), Nick Kyrgios (23 ans) ou encore Diego Schwartzman (26 ans). John Isner (33 ans) et Kevin Anderson (32 ans) sont plus âgés mais ils n’étaient pas, et pour cause, les plus indisciplinés. Non, ce sont surtout les jeunes pousses qui ont assuré le spectacle sur le banc, réagissant comme des joueurs de basket (ça tombe bien, la Laver Cup se jouait dans l’antre des Chicago Bulls cette année) à chaque gros point remporté par un membre de leur équipe. De ce côté-là, on peut dire que nous étions en pleine exhibition. Pourtant, cela a pu jouer en défaveur des rouges. En effet, un joueur comme Nick Kyrgios a semble-t-il été gêné par le fait de jouer dans une enceinte aussi grande, où le brouhaha du public était quasi incessant. L’Australien, battu 6-3, 6-2 par Federer samedi, a ainsi déclaré : « Sur le moment, cela a semblé être une grosse affaire mais maintenant, toute l’émotion a disparu. » Il a pourtant semblé gêné par ce public, lui qui adore ce genre de compétition. Il les préfère même aux tournois traditionnels, car comme il l’a dit lui-même : « Je ne vais pas vous mentir, c’est extrêmement difficile pour moi personnellement. » Entendez par là qu’il lui sera difficile e retourner sur le circuit après un week-end pareil…

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De l’autre côté, nous avons une Team Europe plus expérimentée, avec plusieurs vainqueurs de Grand Chelem et des joueurs plus âgés. Alexander Zverev (21 ans) est le plus jeune, mais c’est un espoir du tennis mondial qui a déjà atteint la 3ème place mondiale et a remporté plusieurs Masters 1000. À ses côtés se trouvent tout de même Roger Federer (37 ans), l’homme aux 20 tournois du Grand Chelem et Novak Djokovic (31 ans), qui en compte 14. Grigor Dimitrov (27 ans) et David Goffin (27 ans) commencent eux aussi à avoir de la bouteille et si Kyle Edmund (23 ans) était plus jeune et moins expérimenté, il n’a pas montré le même engouement que ses camarades de la Team World. Les bleus étaient donc plus calmes, ce qu’a d’ailleurs critiqué Nick Kyrgios, disant que cette équipe s’était montrée ennuyeuse l’an passé (il y avait en plus Rafael Nadal, Marin Cilic et Tomas Berdych, trois joueurs trentenaires ou presque et plus calmes il est vrai). Federer ne s’est pas gêné pour réagir à ce scud lancé par l’Australien, déclarant : « Ils avaient une équipe beaucoup plus jeune l’an dernier, soyons honnêtes aussi. Ce week-end était un marathon, pas un sprint. Ils l’ont pris comme un sprint. Ils étaient tous dehors et c’était très amusant à regarder. Je souriais parfois. Je pense que ça a été très intense. Je suis vraiment excité de voir ce qu’ils vont faire. » Ça, c’était avant le début de ce nouveau week-end de Laver Cup. Chacun semble avoir mis de l’eau dans son vin. Les rouges ont été moins fantasques qu’en 2017 et les bleus peut-être un tantinet plus expressifs, notamment grâce à Novak Djokovic et Jérémy Chardy, remplaçant exemplaire. Ce qui semble acquis, du côté des joueurs en tout cas, c’est que même si c’est l’occasion de s’amuser, ils sont là pour gagner. Et c’est le créateur de la Laver Cup lui-même, Roger Federer, qui en a parlé : « Nous savons comment gérer leurs pitreries, vous savez. Mais honnêtement, c’est de la camaraderie après tout. Nous verrons ce que nous ferons ou pas. Mais je pense que nous sommes là pour gagner, pour être honnête. » La sentence est tombée, les joueurs ne sont pas là que pour rigoler…

Crédit photos : @LaverCup, @tennis_shots


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