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Rencontre avec… Rémi Boutillier

Rémi Boutillier est un joueur français de 28 ans, qui évolue depuis quelques années maintenant sur les circuits ITF et Challenger. 235ème mondial à son meilleur en mai 2015, il a connu pas mal de galères physiques qui l’ont fait redescendre au classement depuis. Mais ce n’est pas ce qu’il faut retenir de ce joueur abordable, qui a vite répondu à notre appel lorsque nous avons souhaité l’interviewer. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il a soulevé huit trophées en simple entre 2013 et 2016, ainsi que douze en double et un Challenger (à Blois en 2015, avec Maxime Teixeira). Ce qu’il faut aussi retenir, c’est qu’il vient d’atteindre la finale du tournoi Futures d’Ajaccio ce dimanche, ne perdant que lors du dernier match face au Russe Aslan Karatsev (7-6 (6), 4-6, 6-3). Pour « Jeu, Set Et Match », Rémi Boutillier revient sur sa semaine en Corse, mais aussi sur son parcours et sur son avenir, qui ne se conjuguera pas qu’avec le tennis. Une exclusivité qu’il nous a révélé au cours d’un entretien téléphonique totalement décontracté, qui s’est passé dans la bonne humeur. Partez avec nous à la découverte d’un joueur qui n’est pas en haut de l’affiche mais mérite tout de même d’être reconnu pour sa passion du jeu.

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Bonjour Rémi, pour commencer pouvez-vous nous dire d’où vous venez et quel a été votre parcours chez les jeunes ?

Je suis originaire de Briançon dans les Hautes-Alpes. J’ai commencé le tennis là-bas et j’y suis resté jusqu’à mes 13 ans. Après j’ai bifurqué à Gap pendant trois ans, je m’y suis entraîné tout en continuant ma scolarité. Ensuite j’ai fait deux ans à Grenoble, où j’ai fait ma Première et ma Terminale et je suis parti pendant quatre ans aux États-Unis. J’y ai fait mes études supérieures – j’ai fait une école de commerce là-bas – et j’ai continué à jouer sur le championnat universitaire. Dès que j’ai eu mon diplôme, je suis rentré en France et j’ai commencé à jouer sur le circuit professionnel.

Avec qui vous entraînez-vous au quotidien ? Avez-vous un coach qui vous suit sur les tournois ?

20246280_1803758592985721_769665372417771209_nJe n’ai plus de coach maintenant, non. Quand j’ai commencé à jouer sur le circuit après les États-Unis, je suis allé m’entraîner à Grenoble avec Nicolas Tourque pendant deux ans. Ensuite, je suis allé à Paris et c’était Grégory Caral qui m’entraînait. On a arrêté ensemble et du coup je suis sans entraîneur maintenant. Je suis tout le temps en train de taper avec d’autres mecs, c’est le gros avantage d’être à Paris. Il y a énormément de joueurs qui sont là et de très bons joueurs. Il y a tout le temps quelqu’un qui cherche à taper la balle et c’est facile de trouver un autre joueur.

On parle souvent de la difficulté d’évoluer sur le circuit quand on est classé au-delà du Top 100, comment faites-vous pour vous en sortir financièrement ? N’est-ce pas trop difficile et n’avez-vous pas envie d’abandonner parfois ?

Quand j’ai commencé, je le savais d’avance. Évidemment ce n’est pas simple, mais quand on commence on le sait et c’est une chose à laquelle il faut se préparer. En tant que Français, on a de la chance d’avoir des possibilités de gagner de l’argent avec des matchs par équipe et des tournois français où il y a pas mal d’argent à gagner. C’est quand même une chance, parce qu’il y a d’autres pays qui n’ont pas ça et c’est encore plus dur pour les joueurs. Après si on ne veut jouer que sur le circuit ATP toute l’année, ça coûte très cher mais on a la possibilité de gérer nos finances. C’est ce que j’ai fait en gérant entre ce que je gagnais, en mettant de côté et en jouant des matchs par équipe en France. Et si après on joue mieux sur le circuit ATP, ça permet de voyager un peu plus loin et éventuellement prendre quelqu’un avec soi. On peut gérer, ce qui n’est pas simple si on est tout le temps sur les Futures mais si on passe ce cap et qu’on est sur des Challengers, ça va mieux. Même les Futures c’est déjà mieux avec les nouvelles dotations de l’ITF.

Vous venez d’atteindre la finale du tournoi d’Ajaccio, parlez-nous un peu de votre semaine en Corse ? Que vous a-t-il manqué en finale pour aller jusqu’au bout ?

Sans titreIl ne m’a pas manqué grand chose. J’ai perdu 6-3 au troisième. J’ai plutôt bien joué toute la semaine. J’ai eu un premier tour pas simple, après j’ai mieux joué les tours d’après. J’ai pu gagner des matchs plus facilement et garder un peu de fraîcheur. La demi-finale a été très longue, j’ai gagné 7-6 au troisième et j’ai beaucoup puisé (Rémi a battu un autre Tricolore, Arthur Rinderknech, 7 points à 5 au tie break du troisième set, NDLR). Quand je suis arrivé en finale, j’ai peut-être manqué un petit peu de fraîcheur par rapport à mon adversaire. Après ça s’est joué sur des détails. Je perds le premier set 7-6 mais j’ai eu plus d’occasions que lui, ça me fait mal de le perdre. J’ai réussi à prendre le deuxième set mais au troisième j’ai fait un jeu où je n’ai pas été assez bon et ça lui a suffi à prendre le dessus.

Vous jouez également pas mal en double, notamment avec Hugo Voljacques mais aussi Tom Jomby. Qu’est-ce que cela vous apporte ? Vos partenaires, est-ce que ce sont aussi des amis sur le circuit, avec qui vous partagez votre quotidien ?

Généralement je joue tout le temps avec des potes, des gens que je connais bien et avec qui je m’entends bien. J’ai fait quelques tournois en double depuis janvier, je m’y suis pas mal remis. Comme j’avais été beaucoup blessé, j’avais un petit peu arrêté de faire des doubles pour garder de la fraîcheur. Là, comme ça va beaucoup mieux, j’en ai refait depuis le début de l’année. Ça aide sur un tournoi à s’adapter aux conditions quand on passe plus de temps sur le terrain avec les balles, la surface, le vent etc… Faire le double en plus du simple nous apporte ce petit truc qui nous permet de nous régler et au fil de la semaine, ça aide. Je le fais aussi parce que j’aime ça. J’aime jouer en double et je prends du plaisir à le jouer.

Vous avez remporté huit titres en tournoi Futures, mais plus un seul depuis 2016. Que s’est-il passé depuis deux ans ?

17264324_1485818714775749_5450824557584599896_nIl y a eu un petit effet boule de neige parce que je me suis blessé. Quand j’ai gagné mon dernier titre, en Tunisie en septembre 2016, je me suis blessé sur ce tournoi. Après je me suis arrêté de jouer pendant sept mois. Je suis redescendu au classement et j’ai enchaîné avec les blessures. J’ai dû rejouer cinq ou six mois, j’étais remonté dans les 300 sans remporter de tournoi. Après pendant deux ans, j’ai fait qu’enchaîner les blessures. Je jouais trois mois, je m’arrêtais trois mois, c’était tout le temps comme ça en discontinu. À chaque fois que je reprenais, il y avait un petit temps d’adaptation, j’avais l’impression de redécouvrir les matchs. J’avais plus la gestion des matchs et la gestion des émotions. J’ai complètement perdu le rythme des matchs, et comme je revenais de blessure j’étais jamais à 100%. Je jouais sur la réserve, j’avais peur de me refaire mal. J’étais moins concentré sur le fait de gagner que sur le fait de me dire que le principal c’était de jouer sans douleur. J’étais déjà content de rejouer. Ça m’a beaucoup freiné et pour aller au bout des tournois, c’est ce qui manque, le petit plus de confiance.

Vous avez été classé 235ème à votre meilleur en 2015, puis vous êtes retombé au classement. Aujourd’hui vous êtes très proche de rentrer dans le Top 600, est-ce que vous accordez une réelle importance au classement dans votre vie de joueur professionnel ?

J’y accordais de l’importance. Je jouais pour ça. Mais ces deux dernières années, quand j’ai été blessé, je le regardais un peu moins et j’essayais de me dire que ce n’était pas important. Ça ne reflétait pas forcément mon niveau et si je jouait un peu je savais que ça allait revenir. Depuis le début de l’année j’ai pu jouer normalement mais je n’ai pas eu les résultats que j’espérais. J’ai aussi joué beaucoup plus de tournois, même en étant mal classé. J’ai joué beaucoup plus de gros tournois, comme des Challengers et des tournois en France où les tournois sont beaucoup plus élevés. Avant, j’essayais de plus voyager et d’aller dans les tournois tout seul pour monter au classement. Là, je me suis beaucoup plus concentré sur le fait de faire évoluer mon jeu et de progresser pour gagner des gros matchs dans des gros tournois. Forcément, le classement évolue moins vite. Et si je vous dis que j’y accorde moins d’importance, c’est parce que récemment j’ai décidé de ne plus jouer sur le circuit toute l’année. Je vais continuer à faire quelques tournois, mais je ne vais plus jouer autant. Je vais plus évoluer sur le circuit CNGT en France.

Du coup, avez-vous déjà pensé à votre avenir, à ce que vous voulez faire après votre carrière de joueur de tennis professionnel ?

Remi+Boutillier+Aegon+International+Day+One+keE8k60jEdklJe suis justement en train d’y penser. C’est tout récent, j’ai pris cette décision d’arrêter de jouer toute l’année il y a un mois et demi à peine. Pendant les deux années qui viennent je sais que je vais continuer à jouer un peu quand même mais surtout sur le circuit CNGT. Je pense passer ma formation de B.E. (breveté d’état, NDLR) dans deux ans, puisque maintenant il n’y a une session que tous les deux ans, à Roland-Garros où on peut le faire en accéléré. Je suis aussi en train de me renseigner sur ce que je peux faire et ce que j’aimerais faire après, que ce soit dans le tennis ou complètement en dehors.

Est-ce que vous souhaiteriez devenir coach ?

Pour l’instant, non. Après ça dépendrait de qui coacher et dans quelles circonstances. Mais pour l’instant j’ai du mal à le dire.

Pour finir, pouvez-vous nous donner votre programme pour les semaines à venir ? Quels tournois allez-vous jouer cet été ?

Je suis pas sûr de jouer mon prochain tournoi, mes plans changent tout le temps. Je dois faire des matchs par équipe en Allemagne le week-end prochain et dans une semaine et demie je suis inscrit au Futures de Troyes. Mais je vais peut-être ne pas y aller parce que finalement ils ont encore besoin de moi en Allemagne. J’attends leur réponse pour savoir. Sinon le prochain tournoi que je suis certain de faire, c’est un CNGT en Bretagne.

Merci Rémi d’avoir accepté de répondre à nos questions, ce fut un échange très intéressant ! Bonne chance pour la suite de votre saison et à bientôt.

Propos recueillis par Yannick Giammona pour « Jeu, Set Et Match »

 

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