Reportages

Serena Williams, Victoria Azarenka, Tatjana Maria, Kim Clijsters, Margaret Court : être maman et joueuse de tennis

Si l’un comme l’autre peuvent se blesser, une carrière de joueuse professionnelle peut s’arrêter brusquement pour une raison supplémentaire que ne connaissent pas les hommes. En effet, les femmes peuvent tomber enceinte, ce qui nécessite l’arrêt de la compétition, même si certaines continuent le plus longtemps possible (n’est-ce pas Serena Williams ?). Parfois, elles en profitent pour prendre une retraite bien méritée. Mais d’autres fois, la compétition leur manque et elles reprennent le chemin des courts après avoir donné naissance à leur chérubin. Focus sur ces joueuses qui ont redoublé d’effort pour être à nouveau compétitives après leur accouchement.


  • Margaret Court et Evonne Goolagong, pionnières dans le changement des mentalités.

En 1970, une joueuse de tennis française, Gail Chanfreau, pensait que le tennis féminin était réservé aux célibataires. À cette époque, le tennis devenait alors de plus en plus physique. La joueuse trouvait le tennis trop fatiguant pour convenir à une femme mariée, et elle pensait que le tennis masculin pourrait mieux se développer que le tennis féminin. L’exemple de l’Australienne Margaret Court allait prouver le contraire. Elle allait devenir la première maman de l’ère Open à remporter un tournoi du Grand Chelem. En 1971, elle s’inclinait en finale de Wimbledon, alors qu’elle était enceinte d’un mois. Elle donnerait naissance à son premier enfant, un fils prénommé Daniel, en mars 1972 et retournerait à la compétition en 1973 où elle remporterait trois Grands Chelems (Australian Open, Roland-Garros et US Open) ! En 1974, elle donnait naissance à une fille, Marika, ce qui ne l’empêcha pas de retourner à la compétition une nouvelle fois en 1975 où elle atteignait les demi-finales à Wimbledon et où elle remportait l’US Open en double dames. Elle n’allait prendre sa retraite qu’en 1977, à 35 ans, détenant le record de victoires en Grand Chelem (24).

À la fin des années 1970, la compatriote de Margaret Court, l’Australienne Evonne Goolagong, a suivi le même exemple. Elle aussi est parvenue à allier sa vie de jeune femme avec celle de joueuse de tennis professionnelle. Le 12 mai 1977 naissait son premier enfant, Kelly. Sept mois après avoir donné naissance à sa fille, Evonne Cawley Goolagong s’imposait à l’Australian Open, alors joué en décembre, en ne perdant pas plus de quatre jeux par match. Elle allait rester au sommet jusqu’en 1980, année où elle remportait le titre à Wimbledon pour la deuxième fois. Elle allait s’arrêter à nouveau en 1981 pour donner naissance à son deuxième enfant, un fils prénommé Morgan. Elle tentait de faire un deuxième come-back, sans autant de succès : elle n’allait plus dépasser le troisième tour en Grand Chelem et prendrait sa retraite en juin 1983.

  • Lindsay Davenport et Kim Clijsters : mamans dans les années 2000.

Au début des années 2000, la joueuse américaine Lindsay Davenport a vraisemblablement effectué le retour à la compétition le plus rapide après un accouchement. Le 10 juin 2007, elle accouchait de son premier enfant, Jagger Jonathan. Moins de trois mois plus tard, en septembre, elle s’alignait au tournoi de Bali, qu’elle allait même remporter ! Lauréate trois fois en Grand Chelem entre 1998 et 2000, elle n’allait plus remporter de tournoi Majeur. Fin 2008, elle annonçait même prendre sa retraite, étant enceinte de son deuxième enfant. Elle jouera brièvement en double en 2010 mais depuis 2011, elle s’aligne plutôt lors des tournois des Légendes sur les tournois du Grand Chelem.

Après une carrière de dix ans où elle a remporté l’US Open en 2005 et a été n°1 mondiale, la Belge Kim Clijsters prenait sa retraite le 6 mais 2007 pour donner naissance à sa fille Jada, née le 27 février 2008. Deux ans plus tard, le 10 août 2009, elle revenait sur les courts, et elle allait connaître encore plus de succès ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, quelques jours plus tard, elle remportait l’US Open quatre ans après son premier succès à New-York. Bénéficiaire d’une invitation, elle battait sur son parcours Venus Williams (alors 3ème joueuse mondiale) ainsi que Serena Williams (n°2) en demies et enfin Caroline Wozniacki (n°8) en finale. Ce succès faisait tomber plusieurs records : Clijsters devenait la première mère lauréate d’un Grand Chelem depuis Evonne Goolagong en 1980, la première non classée à remporter l’US Open et elle faisait son retour dans le Top 20 (n°19). Elle allait confirmer l’année suivante en s’imposant notamment à Miami, Cincinnati et aux Masters, mais surtout en conservant son titre à New-York pour remporter son troisième US Open, qui était aussi son troisième Grand Chelem. Ce retour de folie allait prendre fin en 2011, après son premier sacre à l’Australian Open, qui aura été son quatrième et dernier titre du Grand Chelem. Kim Clijsters allait ensuite enchaîner les pépins physique et l’année suivante, en 2012, malgré une demi-finale en Australie, elle allait mettre un terme à cette deuxième carrière en septembre, lors de l’US Open où elle perdait au deuxième tour. 

  • Tatjana Maria et Mandy Minella : les moins connues des mamans.

Plus récemment, le 20 décembre 2013, la joueuse allemande Tatjana Maria devenait maman et donnait naissance à une petite Charlotte. Trois mois et demi plus tard, elle retournait sur les courts, accompagnée de son bébé et de son mari. « C’est une enfant facile. Elle est habituée à voyager. Ça fait partie de sa vie et elle s’amuse », avait alors expliqué Charles-Édouard Maria, le mari français de la joueuse. Tout n’a pas été facile dans ce retour, mais Maria a bien évolué au classement  : 214ème fin 2014, elle terminait l’année 2015 au rang de 68ème mondiale. De plus, elle remportait son deuxième titre en double à Bogota au mois d’avril 2016. Aujourd’hui classée à la 58ème place mondiale, elle a fini l’année 2017 avec son meilleur classement, une place de 46ème mondiale. Preuve que les trentenaires ont la côte, et qu’être maman n’empêche pas d’être compétitive. « J’essaie de m’améliorer chaque jour, on a fait beaucoup de choses en ce sens. Mon mari est toujours positif, ça m’aide beaucoup », déclarait-elle en septembre dernier au journal québécois Le Soleil. Avant d’ajouter : « Ça n’a pas été facile, parce que je devais recommencer à zéro. Je jouais des tournois (ITF) à 10 000 $ ou à 20 000 $. Et avec mon revers, au début, je n’étais pas sûre que cela fonctionne. Mais un an plus tard, j’étais dans le top 100. » La différence entre une joueuse qui est maman et une qui ne l’est pas, c’est que la maman sait où trouver du réconfort après une défaite, comme le disait Tatjana Maria : « Qu’elle me demande une glace et se fiche que j’aie perdu me fait du bien. »

Autre joueuse moins connue mais qui est devenue maman récemment, la Luxembourgeoise Mandy Minella, aujourd’hui âgée de 32 ans. Elle s’est arrêtée après le tournoi de Wimbledon l’an dernier, où elle avait perdu au premier tour contre Francesca Schiavone alors qu’elle était enceinte de… quatre mois et demi ! Le 30 octobre, elle donnait naissance à sa fille Emma. Et elle compte bien faire son retour dans le courant de l’année 2018, comme elle l’a déclaré au quotidien luxembourgeois L’Essentiel : « J’aimerais reprendre en mars ou en avril, mais nous verrons. La priorité sera notre fille. Au début, je jouerai surtout en Europe. Entre les entraînements, on aura du temps pour elle. Plus que certains parents qui ont un travail plus classique. Il y aura de plus en plus de mamans sur le circuit car les joueuses jouent plus longtemps et beaucoup ont prouvé qu’on peut revenir même plus fortes qu’avant. » Mandy Minella a un avantage, c’est que son mari est aussi son entraîneur, donc elle pourra voyager en famille. Avec tout le succès que l’on peut lui souhaiter, elle qui est aujourd’hui classée 271ème mondiale.

  • Victoria Azarenka et Serena Williams : un retour au sommet plus difficile que prévu ?

Lauréate de deux titre du Grand Chelem (Australian Open 2012 et 2013)  et n°1 mondiale en 2012, la Biélorusse Victoria Azarenka est devenue maman le 19 décembre 2016, donnant naissance à un petit garçon prénommé Léo. Soucieuse de marcher sur les pas de Margaret Court, Evonne Goolagong ou Kim Clijsters, elle reprend la compétition en juin 2017. Mais elle n’a malheureusement pas encore connu le même succès que ses modèles. Elle n’a finalement joué que deux tournois : Majorque, où elle a perdu au deuxième tour et Wimbledon, où elle est éliminé en huitièmes de finale par Simona Halep. Depuis, son retour ne cesse d’être repoussé à cause d’une bataille juridique engagée avec le père de son fils pour la garde de ce dernier. En effet, Azarenka s’est séparée de son compagnon après Wimbledon et elle n’a plus le droit de quitter la Californie tant que le procès pour la garde du petit Léo ne sera pas passé. “Mener une carrière n’est facile pour aucun parent. Mais c’est un challenge auquel je dois faire face », déclarait-elle alors.

Serena Williams est certainement la plus connue des mamans du circuit. Considérée comme une des plus grandes joueuses de tous les temps, elle a remporté vingt-trois titres du Grand Chelem et elle est restée n°1 mondiale pendant 319 semaines au total (en faisant la troisième joueuse derrière Steffi Graf et Martina Navratilova). Serena Williams a même remporté son dernier titre du Grand Chelem à ce jour, l’Australian Open 2017, alors qu’elle était déjà enceinte ! Aujourd’hui, l’Américaine semble être une maman heureuse avec des objectifs toujours très élevés. Raison pour laquelle elle a déjà repoussé son retour : elle devait reprendre en début d’année 2018, et pensait être prête pour défendre son titre à Melbourne. Ce qui n’a pas été le cas, mais on devrait la revoir très vite sur les courts, puisqu’elle doit participer au premier tour de Fed Cup qui verra les États-Unis affronter les Pays-Bas les 10 et 11 février prochain. Serena Williams confiait il y a peu avoir vécu un accouchement difficile, ce qui explique peut-être qu’il lui a fallu un peu plus de temps que prévu pour revenir. ce qui est sûr, c’est qu’elle ne reviendra pas pour faire de al figuration, et qu’elle voudra à nouveau gagner des grands titres et figurer au sommet de la hiérarchie mondiale. Y parviendra-t-elle, à l’instar de Margaret Court, Evonne Goolagong et Kim Clisjters avant elle ? C’est tout le mal que l’on peut souhaiter à l’Américaine…


Comme nous l’avons déjà évoqué plus tôt, les joueuses de tennis jouent de plus en plus longtemps, et il est de moins en moins rare de voir des joueuses de plus de trente ans évoluer sur les courts du monde entier. Ce constat amène à une évolution logique : à l’avenir, il pourrait y avoir de plus en plus de mamans qui tenteront d’allier leur vie privée avec leur vie professionnelle. Les joueuses dont nous venons de parler ne sont que des exemples, mais elles ne sont pas les seules (nous pourrions également citer Kateryna Bondarenko, qui a eu un fils en 2013). Voilà pourquoi les joueuses, comme Victoria Azarenka, déplorent le fait qu’il n’y ait pas assez de crèches sur le circuit WTA.

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