Analyses

Roland-Garros – L’heure du bilan : Rafael Nadal toujours au sommet et la consécration de Simona Halep

Cette édition 2018 de Roland-Garros s’est achevée par les victoires en simple des deux n°1 mondiaux, Rafael Nadal et Simona Halep. Cela n’était plus arrivé depuis 26 ans, soit en 1992. Mais à l’heure du bilan, on constate vite qu’il y a une différence entre l’hégémonie Porte d’Auteuil de Nadal et le premier titre d’Halep. L’Espagnol est chez lui à Paris, où il vient de remporter son onzième titre, un record. Au contraire, la Roumaine n’a soulevé que son premier trophée en Grand Chelem, dans un tennis féminin toujours très ouvert. Derrière le Majorquin, chez les hommes, Dominic Thiem semble de plus en plus s’imposer comme son dauphin sur terre battue, meêm si Alexander Zverev n’est jamais loin (mais il bloque toujours en Grand Chelem). Chez les dames, en revanche, elles sont pas moins de cinq joueuses à avoir remporté les tournois les plus importants de la saison sur ocre. Difficile de dire dans ce contexte que Simona Halep est une n°1 incontestable, même si sur l’ensemble d’une saison, c’est bien elle la plus régulière pour l’instant. Retour sur ce que nous ont appris ces semaines où la planète tennis s’est arrêtée sur terre, avant de se mettre au vert lors de la saison sur gazon.


Rafael Nadal, plus que jamais n°1 mondial sur terre battue

DfWGA-kWAAASZ1dAvec une seule défaite lors de toute la saison sur terre battue, l’Espagnol Rafael Nadal reste le maître incontesté de l’ocre. Il vient de remporter son onzième titre à Roland-Garros pour autant de finales. C’est monstrueux, et personne ne peut venir contester son hégémonie sur terre battue. En somme, en un peu plus d’un mois et demi de compétition, le Majorquin a remporté vingt-quatre victoires pour une défaite. Soit un ratio de 96% de victoires, une statistique astronomique ! Pire, avant sa défaite face à Dominic Thiem en quarts de finale à Madrid, le n°1 mondial n’avait pas perdu un seul set, en remportant vingt-quatre de rang depuis son premier match à Monte-Carlo. Au total, il n’a perdu que cinq sets pour cinquante-cinq remportés (le ratio est là aussi pharaonique : 92% de sets gagnés). En moins de deux mois, Rafael Nadal a donc glané quatre titres supplémentaires en cinq tournois joués, et surtout il a soulevé son dix-septième titre du Grand Chelem, le onzième Porte d’Auteuil. Il a ainsi conservé sa place de n°1 mondial, remise en jeu à chaque tournoi qu’il a disputé de Monte-Carlo à Roland-Garros, en passant par Barcelone, Madrid et Rome. Mais il ne faut pas croire que tout a été facile pour le taureau de Manacor, comme il l’a expliqué en conférence d’après-match dimanche. Blessé en fin de saison dernière et en tout début d’année (il avait dû abandonner en quarts de finale de l’Australian Open), il est revenu de loin : « C’est difficile à expliquer. S’il est vrai que j’ai accompli beaucoup plus de choses que ce dont j’ai toujours rêvé, je suis aussi passé par beaucoup de moments difficiles, notamment ces derniers mois. En Australie, j’étais à la lutte, puis je me suis blessé à Acapulco, ce qui m’a empêché de jouer. A Miami, je suis arrivé à quelques doutes sur ma capacité à briller sur terre battue. Avoir réussi à revenir de ces longs mois, puis gagner à Monte-Carlo, à Rome, à Barcelone, et maintenant à Paris, c’est très émouvant. Ces applaudissements spontanés de la foule, à la fin du match, pendant deux minutes… C’est vraiment difficile de décrire ce que j’ai ressenti à ce moment. »

DfV4pZ-XkAAyxlgPourra-t-il continuer sur le même rythme sur gazon ? Ce qui est sûr, c’est qu’on ne connaît pas encore le programme de Nadal pour les semaines à venir. S’il a dit ne pas savoir quel tournoi y jouera, il devrait commencer par le Queen’s la semaine prochaine. De là à être aussi performant à Wimbledon qu’à Roland-Garros, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Comme l’a déclaré l’intéressé lui-même : « C’est difficile à dire. Ma saison sur terre était longue et usante. De retour de blessure, j’ai joué tous les matches possibles. Les deux derniers mois ont été difficiles et exigeants. L’an passé, j’ai eu l’impression de bien jouer sur gazon, de faire des bons matches contre des gros adversaires. Ma préparation s’était vraiment bien passée. Mais là, je vais surtout faire ce qui est le mieux pour moi. Je dois en parler avec mon équipe et faire ce qui est le mieux pour mon corps. J’aimerais pouvoir jouer dans le plus de villes possibles, d’autant que le changement de la terre au gazon est significatif. Quand j’étais plus jeune, je pouvais enchainer plus rapidement. Mais là, j’ai besoin de prendre un peu de temps, et voir comment je me sentirai dans quelques jours. » À 32 ans, l’Espagnol veut prendre soin de son corps et éviter de nouvelles blessures, et on le comprend !

Dominic Thiem en digne héritier de l’Espagnol

DfLCJQtW0AA-n0OLà non plus il n’y a plus aucun doute : l’Autrichien Dominic Thiem se place juste derrière Rafael Nadal sur terre battue. Après avoir échoué deux fois en demi-finales Porte d’Auteuil, il a franchi un cap supplémentaire en atteignant la finale pour lapremière fois en Grand Chelem. Et même s’il a perdu le combat physique face à l’Espagnol, personne d’autre n’a su l’arrêter avant. Son bilan lors de la saison sur terre battue, n’est pas aussi pharaonique que celui de Nadal, mais tout même. Dix-huit victoires pour cinq défaites, soit un ratio de 78% de victoires. Certes, Alexander Zverev fait mieux (vingt victoires pour trois défaites, soit un ratio de 87% de victoires). Mais il a encore coincé en Grand Chelem, alors que l’Autrichien progresse dans ces tournois. On pourrait donc conclure par cette phrase : à Roland-Garros, c’est Dominic Thiem qui se place juste derrière Nadal, alors que sur l’ensemble de la saison sur terre, ce serait plutôt Alexander Zverev.

DfV9Q9vW0AAHxRbCe qui est sûr en tout cas, c’est qu’on reverra l’Autrichien en finale sur le Court Philippe Chatrier. Il a l’esprit de compétition et la finale pliée, il a émis le souhait de revenir et soulever le trophée : « Jouer ma première finale de Grand Chelem était un moment forcément particulier, mais j’ai réussi à rester plutôt calme. J’ai abordé cette finale comme n’importe quel autre match, et c’était la bonne approche. Laisser trop de place à mes émotions n’aurait pas aidé mon jeu. J’ai réussi à tenir tête à Nadal pendant plusieurs jeux en début de match. C’est la première fois que je l’affronte à Roland et que je réussis à en faire un vrai combat. A 5-4, j’ai fait un très mauvais jeu qui m’a fait perdre le premier set : je n’ai fait que des bons choix, mais je n’ai pas réussi à les appliquer. Je ne pense pas que c’était un tournant : j’estime que je me suis battu, de la première à la dernière balle. Je sais que ça ne sera pas ma dernière finale, et mon plus grand but est désormais de faire mieux lors de la prochaine. Je me souviens avoir vu Nadal gagner ses quatre ou cinq premiers Roland-Garros à la télévision. » Thiem a même reconnu la supériorité de Rafael Nadal, ce qui est une preuve d’humilité et un apprentissage dont il saura tirer parti. Comme il l’a déclaré : « Ce qu’il vient de faire en gagnant onze fois Roland-Garros est l’un des plus grands accomplissements de l’histoire du sport. C’est exceptionnel. Il faut un talent et une éthique de travail hors-norme pour réussir ça. Cela ne m’a pas surpris qu’il craque comme ça au moment de recevoir le trophée. Je ne peux pas imaginer ce que ça fait, de gagner onze fois le même Grand Chelem. Personne ne peut. »

DexJhQkWkAYlyoIDerrière, mis à part la belle saison de Zverev ponctuée par un nouveau faux-pas en Grand Chelem, il n’y a pas eu de gros coup d’éclat. Si Juan Martin Del Potro s’est hissé en demi-finales à Roland-Garros, il a très peu joué auparavant. Il n’a débuté sa saison sur terre qu’à Madrid, où il a perdu dès son deuxième match au troisième tour face à Dusan Lajovic. À Rome, il s’est aussi arrêté en huitièmes, où il avait dû abandonner contre David Goffin. Grigor Dimitrov n’a pas brillé malgré sa demi-finale à Monte-Carlo (il s’est arrêté au troisième tour Porte d’Auteuil) et Marin Cilic a fait un tout petit peu mieux (demies à Rome et quarts à Roland-Garros). David Goffin a lui aussi fait une demi-finale à Barcelone, mais Porte d’Auteuil il a été très décevant lors de sa défaite en huitièmes de finale face à la révélation italienne Marco Cecchinato (il était il est vrai épuisé après son marathon contre Gaël Monfils au tour précédent). Cecchinato, c’est bien lui par ailleurs la sensation de ce Roland-Garros : pour son premier Grand Chelem où il passait enfin un tour, il a réussi à se hisser jusqu’en demi-finales, battant au passage Goffin en huitièmes et Novak Djokovic en quarts de finale. Enfin, Novak Djokovic était en pleine reconstruction lors de cette saison sur terre battue et on a parfois pu voir du mieux.  Huitième de finaliste à Monte-Carlo, il s’est hissé en demies à Rome (seulement battu par le roi de l’ocre Rafael Nadal) et en quarts de finale Porte d’Auteuil. Si son parcours s’est brutalement arrêté, il n’a pas eu des matchs faciles et sa reconstruction reste fragile. Nous avons hâte de voir comment son jeu va évoluer au fil des mois.

Simona Halep enfin couronnée : une n°1 légitime ?

Ça y est, après trois échecs en finale d’un tournoi du Grand Chelem, Simona Halep (n°1) a été couronnée Porte d’Auteuil ! Mais est-ce que ce titre fait vraiment d’elle la n°1 mondiale incontestée ? Dans un tennis féminin toujours aussi ouvert, on est en droit de se poser la question. Car si sur ce Roland-Garros la Roumaine a bien été la plus forte, sur l’ensemble de la saison sur terre battue, elles sont plusieurs à avoir réalisé de belles performances.

DfQ5WbKWsAAK_bDEn effet, avant son triomphe à Paris, Simona Halep n’a pas remporté d’autre titre sur ocre. Si elle a atteint la finale du tournoi de Rome juste avant le Grand Chelem parisien, elle a été battue lors de ce match par Elina Svitolina (n°5). Mais auparavant, elle s’était arrêtée en quarts de finale à Stuttgart pour son deuxième match (éliminée par l’Américaine Coco Vandewghe) et Karolina Pliskova l’avait dominée en quarts également à Madrid, où elle était tenante du titre. Huit victoires pour trois défaites en trois tournois joués, ce n’était pas ridicule mais on aurait pu attendre mieux de la n°1 mondiale. Là où elle a su être forte, c’est qu’une fois arrivée à Paris, elle a fait tomber tour à tour toutes ses adversaires, en perdant seulement trois sets en sept matchs. Le premier set perdu est survenu au premier tour, alors que la Roumaine manquait de repères. Elle n’a ensuite plus perdu un set jusqu’en quarts de finale, quand Angelique Kerber a réussi cet exploit (remportant le premier set au jeu décisif). Mais l’Allemande allait le payer, ne marquant plus que cinq jeux. En finale, Sloane Stephens aurait pu l’emporter après le gain du premier set, mais il était écrit que cette fois, Halep remonterait et reprendrait le dessus pour soulever la Coupe Suzanne Lenglen.

DeqEFMVWsAAbFajLors de cette saison sur terre battue printanière, la Hollandaise Kiki Bertens (n°21) avait auparavant ouvert le bal en s’imposant lors du Premier Event de Charleston, et en atteignant ensuite la finale à Madrid. Karolina Pliskova (n°7) avait également fait fort en remportant le tournoi indoor de Stuttgart. En réalisant le doublé Prague-Madrid, c’est une autre Tchèque, Petra Kvitova (n°8), qui s’était fait une place parmi les favorites pour Roland-Garros. Enfin, comme on l’a déjà évoqué, l’Ukrainienne Elina Svitolina (n°5) s’est imposée à Rome, entrant elle aussi parmi les favorites Porte d’Auteuil. On constate ainsi qu’elles étaient quatre joueuses à avoir remporté les plus importants tournois sur terre battue et qu’aucune d’elle n’est allée au bout Porte d’Auteuil. Halep était une cinquième favorite en tant que finaliste sortante et toujours en chasse de son premier Grand Chelem.

DfGid-PX4AAPka0Mais alors, qu’est-il arrivé pour qu’aucune des quatre autres têtes d’affiche, hormis la n°1 mondiale, n’atteigne les huitièmes de finale à Paris ? Les plus en confiances étaient peut-être Kvitova et Svitolina, mais elles ont respectivement perdu au troisième tour face à Anett Kontaveit (n°25) et Mihaela Buzarnescu (n°31). Deux contre-performances pour des joueuses qui peuvent être injouables quand elles évoluent à leur meilleur niveau. Pour Bertens et Pliskova, ce fut moins une surprise car elles n’ont pas eu d’excellents résultats après leurs coups d’éclat du début de saison sur terre. Pourtant, la Hollandaise a perdu face à Angelique Kerber (n°12), qui n’avait pas eu non plus de résultats probants, et la Tchèque a été éliminée par une Maria Sharapova (n°30) sur le retour et toujours dangereuse quand elle est dans un bon jour. Finalement, les surprises seront venues des Américaines Sloane Stephens (n°10) et Madison Keys (n°13), qui s’étaient fait discrètes jusqu’à Roland-Garros. Pourtant, la première a atteint la finale, et la deuxième les demies. Tout comme Garbiñe Muguruza (n°3), lauréate en 2016, qui semblait à sa place en demi-finales mais n’avait pas eu de gros résultat lors des tournois de préparation. On le voit tout au long de l’année sur le circuit féminin, il n’y a pas de vraie leader même si Halep semble la plus régulière puisqu’elle est n°1 mondiale. Mais tour à tour, plusieurs joueuses remportent les tournois les plus importants. Pour preuve, sur les sept derniers tournois du Grand Chelem, ce sont sept joueuses différentes qui ont soulevé le trophée, alors que dans le même temps, seulement sept joueurs se sont partagés les cinquante-deux derniers tournois du Grand Chelem chez les hommes…

Crédit photos : @rolandgarros

 

À LIRE AUSSI :

Mahut, Herbert, Houdet et Peifer titrés à Roland-Garros, Jérémy Chardy vainqueur en Challenger, Jules Okala et Yannick Jankovits qui gagnent en ITF : la quinzaine des Français

 

La date de reprise de Federer, Norman de retour avec Wawrinka, Murray encore absent et le décès de Bueno : les infos de la semaine

4 réflexions au sujet de “Roland-Garros – L’heure du bilan : Rafael Nadal toujours au sommet et la consécration de Simona Halep”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s