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Roland-Garros – Les qualifications, un réel tournoi aux multiples enjeux

Avant le branle-bas de combat que représente un tournoi du Grand Chelem, dont la quinzaine est toujours riche en événements, se déroulent toujours les qualifications. Pour quelqu’un qui ne suit pas le tennis au quotidien et connaît à peine les noms des dix meilleurs joueuses et joueurs mondiaux, qu’est-ce que c’est que les qualifs ? Pour expliquer ça simplement, c’est un tournoi avant le tournoi, où les joueurs classés au-delà de la 100ème place mondiale (à peu près) s’affrontent dans des matchs de haut niveau pour avoir la chance d’accéder au tableau principal et donc de pouvoir dire : « J’ai un jour participé à un tournoi du Grand Chelem. » Pour certains et certaines, c’est la chance d’une vie, qu’ils ne vivront qu’une fois dans leur carrière. Voilà pourquoi les matchs sont parfois accrochés, souvent tendus avec des hommes et des femmes qui sont prêts à tout donner. Nous avons eu la chance d’assister à deux journées de qualifications sur les cinq jouées cette semaine. Nous n’avons pas la prétention de vous parler de tout le tournoi de qualifications, ce qui serait trop long, mais voici ce que nous en avons retenu.

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Les qualifications, un vrai tournoi avant le tournoi

Au même titre que les tournois Challenger et ITF sont aussi intéressants à nos yeux que n’importe quel tournoi ATP ou WTA, les qualifications pour un tournoi du Grand Chelem représentent un temps fort dans une saison tennistique. En effet, l’enjeu est tel que certains joueurs ou joueuses peuvent y jouer leur saison. Rappelez-vous de ce joueur britannique qui s’était extirpé des qualifications à Wimbledon en 2016 et qui avait ensuite eu l’honneur d’affronter le maître Roger Federer sur le Centre Court. Où en est-il maintenant ? Comment il s’appelle déjà ? Marcus Willis (aujourd’hui classé 714ème joueur mondial) est retourné sur le circuit secondaire, et il ne rejouera peut-être jamais dans un tableau principal du Grand Chelem.

DeHS7NzXcAYgUuRPour les 128 joueurs et 96 joueuses présents sur la ligne de départ, ces qualifs étaient donc très importantes. Pourtant, seuls quelques-uns d’entre-eux (16 chez les messieurs, 12 chez les dames) ont obtenu le précieux sésame pour pouvoir entrer dans le grand tableau. Mais quel est le prix à payer pour tout ça ? Il faut gagner trois matchs en quatre jours, et déjà puiser dans ses réserves physiques. Conséquence : ces joueurs et ces joueuses débuteront le premier tour avec un handicap de fatigue, même si d’un autre côté ils auront eu le temps de s’adapter aux conditions (surface, météo etc). Enfin, ce tournoi avant le tournoi peut aussi représenter un enjeu financier pour des hommes et des femmes qui gagnent trop peu sur le circuit secondaire et ont parfois du mal à joindre les deux bouts. En effet, se qualifier pour le premier tour d’un Grand Chelem (même s’il y a une défaite au bout) représente un gain de 40 000 euros. Ce qui est pour certains déjà bien plus que les gains acquis en remportant un titre sur le circuit ITF. En ce qui concerne les points ATP ou WTA, le gain n’est pas négligeable non plus ,et cela peut permettre aux joueurs de rentrer plus facilement dans des tableaux de qualifs de Challenger ou de tournois ATP ou WTA.

L’occasion de voir d’anciens joueurs et de découvrir les espoirs de demain

Ernests GulbisLe tournoi qualificatif permet au public de fins connaisseurs que vous êtes peut-être de revoir des joueurs qui sont retombés au classement, suite à une blessure la plupart du temps. Cette année, nous avons pu voir une ancienne lauréate du tournoi, l’Italienne Francesca Schiavone (n°265), vainqueur en 2010, qui est parvenue à se qualifier. Nous avons aussi pu voir évoluer l’Espagnol Tommy Robredo (n°168), qui fut cinq fois quart de finaliste Porte d’Auteuil et qui a perdu au premier tour des qualifs contre Simone Bolelli (n°130), ou encore le Letton Ernests Gulbis (n°162, photo ci-contre), demi-finaliste en 2014 et qui est parvenu, en sortant les tripes, à s’extirper de ces qualifs. Côté Français, le plus ancien joueur que nous avons eu la chance de voir est Stéphane Robert (n°170), qui n’a pas eu un tirage facile puisqu’il est tombé d’entrée face à Gulbis (7-5, 6-4).

Diane ParryMais les qualifs, c’est aussi l’occasion de découvrir de futurs espoirs du tennis. Ainsi, dans le tableau masculin, nous avons pu voir des joueurs de la Next Gen dont nous vous parlons chaque semaine puisqu’ils sont dans le Top 10 de la « Race to Milan ». Par exemple, le Norvégien Casper Ruud (n°158) a passé les qualifs, en battant notamment le Français Alexandre Muller (n°377) au troisième tour. Mais nous avons aussi pu voir l’Américain Reilly Opelka (n°144), vainqueur récemment du Challenger de Bordeaux, et qui a malheureusement échoué au deuxième tour des qualifs contre le Slovaque Jozef Kovalik (n°147). Chez les dames, ça a été l’occasion de découvrir deux Juniors tricolores, qui avaient reçues une invitation : Clara Burel (n°16 Juniors), qui était trop stressée et a sévèrement perdu dès le premier tour, ainsi que Diane Parry (n°27 Juniors, voir photo), qui a passé un tour avant de perdre au deuxième tour, où elle s’est bien battue (perte du premier set au tie break, elle a ensuite explosé physiquement).

Une ambiance différente

DeCYAO1XkAA86uIL’ambiance du tournoi de qualifications est différente de celle du tournoi à proprement parler. Tout d’abord parce qu’il y a moins de monde. Même si, en ce lundi 21 mai qui était férié, il y avait plus de spectateurs qu’à l’accoutumée. Mais les autres jours, notamment le lendemain, les allées du stade Roland-Garros étaient étrangement vides. Ce qui n’empêche pas le public présent de mettre l’ambiance sur les courts annexes lors des matchs des Frenchies ou des anciens top players présents aux qualifs. L’avantage c’est que pendant les qualifications, on peut flâner et découvrir l’enceinte du stade en se promenant. On ne peut pas aller au-delà du Court Philippe Chatrier, mais on peut aller s’assoir sur le Court Suzanne Lenglen pour voir nos champion(ne)s préféré(e)s s’entraîner et effectuer leurs derniers réglages avant le début du tournoi. Ainsi, nous avons pu voir Rafael Nadal, Richard Gasquet, Tomas Berdych ou encore Karolina Pliskova, Amandine Hesse et Jelena Ostapenko.

Audrey AlbiéLa météo a également déjà son rôle à jouer. Les joueurs et les joueuses ont vite dû s’habituer à des conditions chaudes et orageuses, et ils ont subi dès le mardi 22 mai, deuxième jour des qualifications, la pluie qui a perturbé le programme à partir de 17h. En effet, nous étions sur le Court 7 quand l’orage a éclaté en plein match de la Française Audrey Albié (n°305, photo ci-contre). Elle affrontait la Roumaine Irina Bara (n°161) et ce match du premier tour était très accroché. La Tricolore s’était battue bec et ongles pour remporter la première manche au jeu décisif (7 points à 5) et en avait ensuite payé le prix en prenant 6-1 dans le deuxième set. Mais elle s’était bien repris, menant 3-0 dans l’ultime manche lorsque la pluie a commencé à tomber. La joueuse était dépitée de devoir s’arrêter sur cette bonne dynamique, et le lendemain quand elle est venue terminer cette rencontre, elle n’a marqué qu’un seul petit jeu, laissant son adversaire l’emporter 6-4 au troisième set. Les aléas de la vie sur le circuit, me direz-vous… La seule petite consolation que l’on a pu trouver là-dedans, avant de partir sous la pluie déçus de ne pas voir plus de tennis ce jour-là, c’est la réactivité et le travail des jardiniers de Roland-Garros, qui se sont rapidement occupés du court en dépliant les bâches, un spectacle toujours particulier à voir Porte d’Auteuil.

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Le point sur les Français et les qualifiés

Alexandre Muller (2)Pour finir, nous allons quand même en revenir au jeu en quelques lignes. Du côté des Français, c’est un zéro pointé. Comme en 2006 et 2009, aucun Tricolore, hommes et femmes confondus, ne s’est extirpé des qualifications. Seulement deux d’entre-eux ont atteint le troisième tour : Alexandre Muller (n°377, photo ci-contre), battu par Casper Ruud (6-1, 6-3) et Harmony Tan (n°367), éliminée par Georgina Garcia Perez (6-3, 6-1). Il y avait tout de même trois autres hommes et deux autres femmes au deuxième tour. En effet, Constant Lestienne (n°216) a passé un tour avant de tomber contre Sergiy Stakhosvky (6-7 (5), 7-5, 6-2), tout comme Geoffrey Blancaneaux (n°319) qui a échoué contre Denis Kudla (6-2, 6-1). Enfin, Corentin Denolly (n°427) s’est battu comme un lion au premier tour avant d’échouer face à Guido Andreozzi (7-5, 6-2). Du côté des dames, la jeune Diane Parry (15 ans) a passé un tour avant d’exploser face à Rebecca Sramkova (7-6 (5), 6-0), alors que Margot Yerolymos (n°484) perdait au deuxième tour contre Viktorija Golubic (6-1, 6-3).

Il n’y avait pas que des Français en qualifs, et voici pour vous quelques-uns des plus grands noms qui se sont qualifiés pour le tableau principal de Roland-Garros. Parmi les plus connus chez les hommes, on peut nommer Ernests Gulbis (n°162), Martin Klizan (n°117), Bernard Tomic (n°208) ou encore Santiago Giraldo (n°312). Sans oublier les jeunes loups comme Elias Ymer (n°122), Jaume Muñar (n°155), Ilya Ivashka (n°119) ou encore Casper Ruud (n°158). Enfin, on compte aussi des spécialistes de la terre battue comme Tomaz Bellucci (n°269), Rogerio Dutra Silva (n°132) et Guido Andreozzi (n°109). Chez les femmes, on peut citer parmi les plus connues Francesca Schiavone (n°265), Mariana Duque Mariño (n°113) ou encore Viktorija Golubic (n°110). Sans oublier des joueuses comme Richel Hogenkamp (n°134), Rebecca Peterson (n°96) et Caroline Dolehide (n°126) qui se sont aussi qualifiées pour le grand tableau.

Ce tournoi de qualifications terminé, il ne reste que quelques heures à tous les qualifiés pour récupérer de cette semaine chargée avant d’entamer leur tournoi du Grand Chelem. Pour certains, ils passeront peut-être un ou plusieurs tours, dans l’ombre des courts annexes. Pour d’autres, ils créeront peut-être une surprise ou auront l’honneur d’affronter un(e) grand(e) champion(ne) sur un grand court. Quoiqu’il en soit, ils ne doivent pas s’arrêter sur ces trois victoires et doivent enchaîner, ce qui est peut-être le plus difficile.

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