Reportages

Bryan, Murray, Zverev, Williams : quand le tennis se joue en famille

Après avoir réalisé un reportage sur les joueuses devenues mamans sur le circuit WTA, nous allons ici nous intéresser aux fratries. En effet, depuis de nombreuses années, des frères et des sœurs évoluent au plus haut niveau dans le tennis. Parfois rivaux, parfois partenaires de double, ils nous montrent que le tennis est souvent une affaire de famille. Et que l’on soit jumeaux comme les frères Bryan ou que l’on ait une dizaine d’années d’écart comme les frères Zverev, peu importe : l’amour du jeu prend toujours le dessus. Et vous, connaissez-vous bien ces fratries qui ont évolué ou évoluent encore sur le circuit professionnel ?


  • Quand ton frère (ou ta sœur) devient ton (ou ta) partenaire de double.

BryansWinUSOpen4Comment ne pas commencer par parler des frères Bob et Mike Bryan, les jumeaux américains de 39 ans qui ont tout gagné. Leur palmarès est vertigineux : 114 titres dont 16 tournois du Grand Chelem et 4 Masters. Ils ont remporté six fois l’Australian Open, deux fois Roland-Garros, trois fois Wimbledon et cinq fois l’US Open. Ils ont été n°1 mondiaux en fin d’année de 2005 à 2007 et de 2009 à 2014. Impressionnant. En Coupe Davis, ils comptent 23 victoires pour seulement… 4 défaites. Qui dit mieux ? Pourtant, en simple, leur carrière a vite été écourtée. Mike et Bob Bryan ont joué leur premier tournoi en simple en 1997, mais la carrière de Bob a été plus prolifique à ce niveau-là. En 2003, à seulement 25 ans, Mike décide de se consacrer au double. Bob jouera une année de plus avant de prendre la même décision que son frère jumeau. Bien leur en a fait, quand on regarde leur palmarès. Le plus impressionnant, c’est qu’à presque 40 ans (ils les auront le 29 avril), ils jouent encore sur le circuit et sont actuellement classés 15ème en double. Au mois d’octobre 2017, ils participaient encore aux Masters (ce qui était leur quinzième participation, un autre record).

gullikson-tom+timD’autres jumeaux ont joué ensemble sur le circuit ATP, ce sont les frères américains Tim et Tom Gullikson. On pourrait comparer ce duo aux frères Bryan, car là aussi il était composé d’un droitier (Tim) et d’un gaucher (Tom). En simple, ils ont eu une carrière honorable dans les années 70-80 : en effet, Tim Gullikson a remporté sept titres et joué cinq autres finales, tandis que Tom Gullikson remportait un titre pour quatre autres finales jouées. En double, ils ont été plus performants. Ensemble, ils ont remporté dix titres pour un total de vingt finales. Ce n’est pas rien, mais on peut regretter qu’ils n’aient jamais remporté le moindre tournoi du Grand Chelem (Tom a cependant remporté l’US Open en double mixte en 1984, associé à Manuela Maleeva). Malheureusement décédé le 3 mai 1996, Tim Gullikson a aussi fait parlé de lui en tant que coach de Pete Sampras, le menant à la place de n°1 mondial et lui faisant remporter ses premiers tournois du Grand chelem.

10PATRICK4-master675D’autres frères et sœurs ont joué ensemble en double, tout en privilégiant leur carrière de simple. Les plus connus sont peut-être les Américains John et Patrick McEnroe. On connaît le palmarès de John McEnroe (sept titres du Grand Chelem en simple, neuf en double et un en double mixte) mais on connaît moins bien celui de Patrick (un titre du Grand Chelem et une finale en double messieurs, une finale en double mixte). Ce que l’on sait peu également, c’est que les deux frères ont remporté ensemble deux titres en double : ils ont triomphé en 1984 à Richmond, aux États-unis, et en 1992 en France lors du tournoi de Paris-Bercy. Ils sont moins connus, mais n’oublions pas les frères belges Olivier et Christophe Rochus, qui ont évolué sur le circuit au début des années 2000. Ils sont plus connus pour avoir joué en simple, sur quelques ATP 250 mais surtout sur le circuit Challenger. Les deux frères ont très peu joué ensemble en double, mais ils ont tout de même fait deux finales sur le circuit : ils les ont cependant toutes deux perdues, à Kitzbühel en 2005 et Doha en 2006. Comment ne pas citer les trois sœurs Maleeva, Manuela Maleeva, Katerina Maleeva et la cadette Magdalena Maleeva. Ponctuellement, l’aînée Manuela s’est associée en double avec ses frangines : avec Katerina, elles ont remporté un titre (Indianapolis en 1985) et perdu deux autres finales (Tokyo en 1986 et 1987). Avec Magdalena, elles ont perdu deux finales (à Osaka et Barcelone en 1993). Katerina et Magdalena Maleeva n’ont en revanche jamais fait équipe en double. En simple, elles ont aussi fait leurs preuves : dix-neuf titres pour Manuela (entre 1984 et 1994), onze titres pour Katerina (entre 1985 et 1994) et dix titres pour Magdalena (entre 1992 et 2003). Ces résultats font que les sœurs Maleeva ont marqué le tennis féminin de leur empreinte sur trois décennies, fait inédit !

 

2012+Australian+Open+Day+5+W9jb4ZmGdfbxPlus près de nous, on peut aussi évoquer les sœurs australiennes Anastasia et Arina Rodionova. La plus jeune, Arina, est aujourd’hui 131ème en simple (83ème en double), alors que sa grande sœur est 415ème en simple (40ème en double). Comme les frères Rochus, elles jouent très peu ensemble en double mais ont cependant joué et perdu deux finales sur le circuit WTA à Kuala Lumpur en 2010 et Monterrey en 2015. Ces deux joueuses sont encore en activité, et à bientôt 36 et 29 ans, il y a peu de chances de les voir encore évoluer ensemble en double. Autres sœurs encore en activité qui ont joué ensemble et gagné des titres en double : Alona et Kateryna Bondarenko (33 et 31 ans). Les deux Ukrainiennes ont remporté trois titres ensemble dont un Grand Chelem (Istanbul en 2006 et Paris en 2008, mais aussi l’Australian Open en 2008). Elles ont aussi perdu deux finales (Hobart et Budapest en 2009). En simple, elles sont plus discrètes, Alona ne remportant que deux titres (Luxembourg en 2006 et Hobart en 2010), tout comme Kateryna (Birmingham en 2006 et Tashkent en 2017). Kateryna joue encore sur le circuit WTA, mais Alona a pris sa retraite depuis peu.

s4uwbaEnfin, on peut aussi citer les frères britanniques Ken et Neal Skupski, qui viennent de remporter leur premier titre en semble à l’Open Sud de France de Montpellier il y a quelques jours. Ils avaient joué une autre finale ensemble auparavant, à Moscou en 2013, mais ils avaient alors perdu. Il faut croire que ces deux frères ne jouent pas souvent ensemble, ce qui est peut-être dû à leur différence d’âge : Ken a 34 ans alors que Neal en a 28. D’ailleurs, Ken Skupski a remporté trois autres titres avec deux autres partenaires : Metz et Saint-Pétersbourg en 2009 avec Colin Fleming et Marseille en 2011 avec Robin Haase. À noter que s’ils ne jouent jamais en simple, ils ont tout de même atteint ensemble les quarts de finale du tableau de double à Wimbledon en 2017. Et n’oublions pas la fratrie zimbabwéenne Black, qui se compose de deux frères, Byron et Wayne, et d’une sœur, Cara. Les deux frères ont remporté un titre ensemble à Chennai en 2001. Mais ils ont surtout connu le succès avec d’autres partenaires. Byron Black a remporté 22 titres en double messieurs dont un Grand Chelem à Roland-Garros en 1994 (avec Jonathan Stark), alors que Wayne Black a remporté 18 titres dont deux tournois du Grand Chelem à l’US Open en 2001 et à l’Australian Open en 2005 (avec Kevin Ullyett). Et la petite sœur dans tout ça ? Elle compte 60 titres en double dames, dont cinq victoires en Grand Chelem (une avec Rennae Stubbs et quatre avec Liezel Huber) mais surtout elle a remporté deux titres du Grand Chelem en double mixte avec son frère Wayne (Roland-Garros en 2002 et Wimbledon en 2004) et fait une autre finale (à Roland-Garros en 2004, finale perdue contre… Richard Gasquet et Tatiana Golovin !).

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  • Quand ton frère (ou ta sœur) devient un(e) adversaire potentiel ou ne joue pas dans la même catégorie.

049022.jpg.galleryD’autres frères et sœurs, qui peuvent jouer ensemble très ponctuellement, sont surtout adversaires en simple (bien qu’il y ait souvent une grosse différence de niveau) ou ne se croisent jamais parce que l’un joue en simple et l’autre en double. Dans ce dernier cas, on peut penser aux frères Andy et Jamie Murray : le premier joue très rarement en double (hors Coupe Davis, et encore) et le second consacre sa carrière exclusivement au double. Ceci dit, les frères Murray ont tout de même réalisé une sorte d’exploit : être n°1 de leur discipline à peu près en même temps, en 2016.

Pour ce qui est des fratries où on peut se retrouver adversaire en simple, on peut compter plusieurs frères et sœurs qui évoluent sur le circuit : parmi les plus connues sur le circuit WTA, on retrouve Agnieszka et Urszula Radwanska, ainsi que Karolina et Krystina Pliskova. Dans les deux cas, il y a une grosse différence de niveau et de classement entre les deux sœurs. Agnieszka Radwanska a été n°2 mondiale à son meilleur, et Karolina Pliskova a été n°1. Les sœurs, Urszula et Krystina, ont en revanche beaucoup plus de mal à être régulières et à s’installer durablement dans le Top 100. Du côté des hommes, on peut évoquer Marcel et Gerard Granollers, ainsi que Jurgen et Gerald Melzer. Dans les deux cas, un des deux frères s’est hissé dans le Top 20 et aurait pu jouer les premiers rôles dans le tennis mondial, mais des pépins physiques sont venus leur mettre des bâtons dans les roues. En effet, Marcel Granollers a été 19ème mondial à son meilleur, alors que Jurgen Melzer a fait une incursion dans le Top 10 en étant 8ème à son meilleur. Aujourd’hui, tant chez les Granollers que chez les Melzer, les deux joueurs évoluent sur le circuit secondaire, la plupart du temps en Challenger. Autres frères, avec là une différence d’âge notoire, ce sont les frères Alexander (20 ans) et Mischa (30 ans) Zverev. Avec leurs dix ans d’écart, les deux frères n’évoluent pas ensemble depuis longtemps sur le circuit. Mais si Mischa a toujours eu du mal à se maintenir dans le Top 50 (25ème à son meilleur en juillet 2017, il est aujourd’hui 53ème), il a été dépassé par son petit frère (n°5 mondial) depuis quelques mois. Alexander qui a pris exemple sur son frère et qui est souvent décrit comme un futur n°1 mondial.

 

Pour finir, il y a le cas où le frère et la sœur ne peuvent jamais se rencontrer (tout est dit dans la phrase). La grande championne américaine Tracy Austin, n°1 mondiale en 1980 et vainqueur de deux tournois du Grand Chelem, avait un frère, John Austin, qui évoluait chez les hommes. Il était plus âgé qu’elle et il n’a pas eu le même palmarès : il n’a joué qu’une finale en simple sur le circuit, et il a remporté un Grand Chelem en double mixte (Wimbledon 1980), justement avec sa petite sœur. Le Néerlandais Richard Krajicek, qui a aujourd’hui 46 ans, a été n°4 mondial à son meilleur en 1999. Il a remporté 17 titres sur le circuit ATP, dont un tournoi du Grand Chelem à Wimbledon en 1996. Saviez-vous que le joueur des Pays-Bas a une petite sœur, Michaella, qui a 15 ans de moins que lui ? En effet, Michaella Kracijek a aujourd’hui 29 ans et elle évolue encore sur le circuit féminin. Elle n’a pas connu le même succès que son grand frère, remportant trois titres en 2005 et 2006 (plus rien depuis). Trentième joueuse mondiale à son meilleur en 2008, elle est aujourd’hui au-delà des 900 et évolue principalement sur le circuit ITF. Enfin, comment ne pas évoquer ici le frère et la sœur les plus connus dans le monde du tennis ? Nous voulons bien sûr parler de Marat Safin et Dinara Safina. Les deux ont été n°1 mondiaux en simple, même si seul Marat a triomphé en Grand Chelem (ce qu’il a assez reproché à sa sœur !). Professionnel entre 1997 et 2009, le beau gosse russe a remporté 15 titres dont deux tournois du Grand Chelem (US Open 2000 et Australian Open 2005). Il a été n°1 mondial en 2000 et a remporté deux fois la Coupe Davis avec la Russie (en 2002 et 2006). Dinara Safina, de son côté, a été joueuse professionnelle de 2000 à 2011. Elle a remporté 12 titres en simple et a été trois fois finaliste en Grand Chelem (Roland-Garros 2008 et 2009 et Australian Open 2009). Elle a par ailleurs été n°1 mondiale en 2009 et a été médaillée d’argent aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008. Les deux russes ont cependant joué quelques tournois en double mixte, atteignant même une finale à Perth en 2009.

 

  • Un cas à part : les sœurs Williams.

Les-soeurs-rivales-2-3-Venus-et-Serena-WilliamsComment ne pas parler de Serena et de Venus Williams dans cet article ? Depuis qu’elles ont débarqué sur le circuit à la fin des années 90, elles ont fait parler d’elles par leur lien de parenté. Parfois adversaires dans les plus grands événements, elles ont aussi triomphé ensemble en double, remportant les plus grands titres. Petit tour d’horizon des faits d’armes des sœurs Williams. Venus et Serena se sont rencontrées à 28 reprises, et c’est la cadette qui mène 17-11 dans leurs face-à-face. Leur première rencontre professionnelle a eu lieu à l’Australian Open en 1998, quand Venus s’est imposée en deux sets 7-6 (4), 6-1 au deuxième tour. Pour les voir s’affronter en finale pour la première fois, il faut attendre le tournoi de Miami en 1999. Là encore, c’est Venus qui s’impose en trois sets 6-1, 4-6, 6-4. En Grand Chelem, elles se sont rencontrées neuf fois en finale, pour sept victoires de Serena. La première finale disputée en Grand Chelem aura été celle de l’US Open en 2001, remportée par Venus. Ensuite, Serena s’est imposée sept fois contre sa sœur, ne perdant qu’en finale de Wimbledon en 2008. Sinon, Serena Williams a triomphé de Venus à l’Australian Open 2003 et 2017, à Roland-Garros en 2002, à Wimbledon en 2002, 2003 et 2009 et à l’US Open 2002.

Venus et Serena Williams ont également beaucoup joué en double ensemble. Elles comptent un total de 22 titres, dont 14 en Grand Chelem, ce qui fait d’elles la deuxième paire la plus titrée de l’ère open en Grand Chelem (ex-æquo avec Natasha Zvereva et Gigi Fernández). Les sœurs Williams ont remporté quatre fois l’Australian Open (2001, 2003, 2009 et 2010), deux fois Roland-Garros (1999 et 2010), six fois Wimbledon (2000, 2002, 2008, 2009, 2012 et 2016) et deux fois l’US Open (1999 et 2009). En 2009, elles ont donc remporté le petit Chelem. On peut rajouter à cela trois médailles d’or aux Jeux Olympiques : à Sydney en 2000, à Pékin en 2008 et à Londres en 2012. Ce palmarès est faramineux, à vous en donner le vertige ! Surtout quand on sait qu’associées ensemble, Venus et Serena n’ont perdu qu’une seule fois en finale en double : à San Diego en 1999, à une autre époque…


Vous ne les connaissiez peut-être pas toutes et tous, mais vous avez pu vous rendre compte qu’il n’est pas rare de rencontrer des fratries (nous cherchons toujours un équivalent féminin) sur le circuit professionnel. Le tennis a souvent été une affaire de famille : on s’entraîne en famille, on joue en famille, parfois on gagne ou on perd en famille. En simple, pas d’équivoque : les frères et sœurs sont des adversaires comme les autres. En double, en revanche, les sentiments peuvent réapparaître quand la victoire est au bout. Et c’est là que tout le monde est heureux de vivre de belles émotions grâce à notre sport.

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