Reportages

Destins croisés : Tornado Black et Carlos Boluda, ou comment la passion pour le tennis peut devenir destructrice

Pour ce premier article de la catégorie « Reportages » de notre blog, nous avons voulu nous pencher sur le destin extraordinaire de deux joueurs de tennis inconnus du grand public. Tornado Black et Carlos Boluda, ces noms ne vous disent certainement rien. Pourtant, la première nommée a été n°3 chez les Juniors en 2014, et le second a été vu pendant longtemps comme le futur héritier de Rafael Nadal en Espagne. Mais que leur est-il arrivé ? Découvrez leurs parcours hors du commun à travers les lignes qui suivent.


Tornado Black : une blessure à l’opération coûteuse, qui détruit une carrière.

Black à l'US OPen Jr 2014, n°3 Jr cette année làEn 2013, elle perdait la finale juniors de l’US Open face à Ana Konjuh (aujourd’hui 44ème mondiale). Aujourd’hui, une des joueuses les plus prometteuses de sa génération entraîne une jeune fille de 10 ans, en Floride aux États-Unis. Celle qui était n°3 mondiale  chez les Juniors il y a trois ans a connu bien des galères entre les deux. La faute à une hanche douloureuse, qui a subi des hernies et l’empêche d’évoluer à 100%. « Si elle jouait aujourd’hui, elle aurait un très bon classement », a déclaré Nicole Frankel, une amie de Tornado Black. « Ça me brise le cœur de voir ce qu’elle traverse. » Une opération permettrait de résoudre ce problème, mais Black n’a pas les moyens de se la payer. Même l’argent qu’elle gagne en donnant des cours ne suffit pas… D’autant plus qu’elle aide sa mère et sa sœur Tyra, n°55 juniors. Tornado Black n’a que 19 ans, mais déjà plein de regrets : « C’est difficile de soutenir ma sœur. J’essaie d’économiser de l’argent pour la chirurgie de la hanche, en essayant d’aider à payer le loyer. Parfois, cela peut devenir vraiment écrasant pour moi. Je n’ai que 19 ans. »

merlin-to-scoop-126126806-555267-superJumboSon dernier match en compétition remonte à une défaite au premier tour des qualifications de l’US Open en 2015, lorsque la douleur à la hanche est devenue insoutenable. En juillet 2016, une opération a été recommandée, qui coûterait 16 000 $ à Black. Mais la jeune femme a estimé que cela pourrait lui coûter 40 000 $ le temps de se remettre avec la rééducation et la perte d’argent due au fait qu’elle ne pourrait plus donner de cours. Sa mère, malade elle aussi, ne peut pas l’aider. « Ce qui me fait peur, ajoute Tornado Black, c’est que ça empire et qu’ensuite on ne puisse plus réparer ma hanche. » En attendant, Black passe son temps à donner des cours et à suivre ses élèves en compétition le week-end. « Mon muscle est déchiré est c’est vraiment douloureux, ajoute-t-elle. C’est si difficile parce que je veux me faire opérer, mais je ne peux pas laisser ma famille. Quel genre de personne serais-je si je les laissais à la rue ? » C’est donc un vrai dilemme…

merlin-to-scoop-126126815-505496-superJumboBlack est devenue professionnelle à 13 ans, pour aider à soutenir sa famille. Elle a gagné 47 348 $ en carrière, mais cela a disparu depuis longtemps, de même que les contrats avec les fabricants Penn et Nike, qui lui ont donné des primes de performance et ont également augmenté son envie de jouer, peut-être trop. Maintenant, elle veut protéger sa petite sœur d’un destin similaire. Après tout ce qu’elle a traversé, Tornado Black s’efforce de rester positive : « Heureusement, au moins pour l’instant, j’ai un toit et de quoi manger », dit-elle. Ce qu’elle n’est pas censée faire, c’est donner des leçons à 19 ans. Mais comme elle l’a dit à son petit élève sur le court, elle doit faire avec.

Source : The New York Times

 Carlos Boluda : les difficultés à être un joueur classé hors du Top 150.

boluda-atpCarlos Boluda est Espagnol, il a 24 ans et il est originaire d’Alicante. Il est aujourd’hui classé 353ème joueur mondial, mais la route n’a pas été facile pour lui. Vainqueur de trois tournois Futures ces derniers mois, et six fois finalistes, il n’est même pas professionnel. Interviewé par le site Punto De Break, Carlos Boluda est revenu sur son parcours incroyable, lui qui commence à peine à gagner de quoi vivre grâce à sa passion. Il a tout d’abord expliqué que quand il était plus jeune, il disputait énormément de tournoi, si bien qu’on le voyait un peu comme le successeur de Rafael Nadal dans son pays. Mais il n’a pas eu le même destin que le taureau de Manacor. Qui dit jouer beaucoup, surtout quand on est jeune, dit blessures. Et Carlos Boluda a eu son lot de blessures, qui lui ont coupé les ailes en pleine ascension. « J’ai été blessé au poignet, et ensuite au pied, dit-il. J’ai changé les semelles de mes chaussures avant d’aller jouer au Maroc. » Mais ce n’est pas tout, car Boluda a aussi un problème avec le petit doigt de la main droite. « Ils appellent ça le doigt en ressort. Le doigt ne se baisse pas complètement. Quand je le baisse, alors il ne se lève plus et ça fait mal. Je vais devoir faire des infiltrations pour que l’année prochaine, ça aille mieux. » Mais il fait la part des choses, car quand il voit que Nick Kyrgios se blesse par manque d’entraînement, lui préfère s’entraîner pour progresser. « Il est en train de faire le contraire de ce qui doit être fait, mais il a ce talent qui vous fait aller loin dans chaque tournoi et être top 20 ou plus. »

13029707_10208253009237239_1763047387004205714_oClassé n°599 fin 2016, Carlos Boluda a atteint son meilleur classement, une 344ème place mondiale, le 23 octobre 2017. Un classement qui ne lui permet toujours pas, cependant, de gagner convenablement sa vie. « Bien que je sois prêt du Top 300, si j’arrête de travailler, je perds tout. Ce classement ne me donne toujours pas à manger. Je dois l’améliorer pour gagner plus. » Pour pouvoir vivre du tennis, il estime qu’il devrait être environ 150ème mondial. « Mais cela dépend aussi de comment vous gérez les choses, ajoute-t-il. Si vous voyagez chaque semaine avec un coach, vous gagnerez moins que si vous voyagez seul. Mais je pense qu’avec ces classements (n°150), vous ne perdez pas d’argent. Vous vous payez des Challengers et l’hôtel, mais il vous faut de l’équipement pour jouer au tennis. C’est donc dur d’être seul. » Beaucoup de joueurs sont dans le même cas, et faire six finales ne suffit pas à gagner sa vie, car quand Boluda fait les comptes, à la fin il ne lui reste plus rien. « Vous avez beaucoup de dépenses. Vous devez payer des séances d’entraînement, les repas, les voyages… Pour gagner quelque chose, vous devez faire au minimum demi-finale. Si vous faites un quart de finale, vous ne gagnez rien. »

carlos-boluda-challenger-atpIl y a quelques années, la situation était tellement médiocre pour Boluda qu’il aurait pu laisser tomber le tennis. Il le détestait presque, mais il s’est battu, comme il l’a expliqué : « Je ne voulais pas quitter le tennis vers 18 ou 19 ans. Si je l’avais quitté à cet âge, je m’en serais souvenu en mal. Maintenant, j’ai montré que le travail paye. J’ai gagné de bons matchs et de bons tournois. Le monde du tennis est toujours le même, il ne changera pas. Il n’y a pas beaucoup de gens à qui vous pouvez faire confiance. C’est la réalité. Mais quand vous avez un classement plus élevé, c’est différent. » Et malgré sa passion pour le tennis, le joueur Ibère ne se voit pas recommencer à lutter s’il redescend au classement : « Si l’année prochaine je retombe au 500ème ou 600ème rang mondial, je ne suivrai pas. Je me donne une autre année ou un an et demi pour continuer à essayer et voir ce qu’il se passe. Si je me trompe, je devrai faire autre chose. parce que je joue au tennis pour essayer d’être professionnel. Je ne peux pas voir mes parents dépenser de l’argent pendant encore trois ans sans que je m’améliore. J’ai déjà 24 ans et j’ai perdu beaucoup d’années. » Souhaitons donc à Carlos Boluda de continuer à gagner des tournois et à progresser au classement pour se sortir de difficultés financières qu’il n’est pas le seul à connaître dans ce monde impitoyable qu’est le tennis quand on ne s’appelle ni Nadal, ni Federer.

Source : Punto De Break

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